TROISIÈME FIGURE
LE SUBSTITUT, à la veuve.
Le veuvage, c'est le vigile jeûne des secondes noces.
LA VEUVE
C'est bien un carême tout entier.
LE SUBSTITUT, àla jeune fille.
Vous êtes fille unique, mademoiselle?
LA JEUNE FILLE
Oui, monsieur, et j'ai deux tantes.
LE SUBSTITUT
Elles sont très âgées?
LA JEUNE FILLE, en faisant le salut.
Pas très âgées, mais une si mauvaise santé !
LE SUBSTITUT, à la veuve.
Cette jeune fille est fort bien.
LA VEUVE
Elle a 995,000 francs de dot.
LA JEUNE FILLE, à la veuve.
Chère madame, comme vous avez une jolie robe!
LA V E L \" i: .
Faites attention. Mon danseur raffole de vous.
LE SL'BSTITUT, à la jeune fille.
Aimez-vous la province, mademoiselle?
LA JEUNE FILLE
Oli! mon Dieu ! je m'y ferais.
LE SUBSTITUT, à la veuve.
995,000 fr. de dot! Et pas de centimes?
Ohl pour les centimes, on s'arrangerait.
LE MARI, à la jeune fiUo.
J'ai un frère, qui est marin.
LA JEUNE FILLE
C'est comme si vous n'en aviez pas.
LE MARI, à la veuve.
Ce substitut a le faciès vicieux.
LA VEUVE
Ce n'est pas laid.
LE MARI
Si j'avais une figure pareille, je ne sortirais pas.
LA VEUVE, en faisant le salut.
Vilain jaloux !
LE MARI, à la jeune fille.
Vous n'aimez donc pas les voyages?
LA JEUNE FILLE
Je les aime quand c'est moi qui les lais.
LE OL'âDRILLE des LANCIERS 17
LA VEUVE, à la jeune fille.
C'est un jeune homme de beaucoup d'avenir.
LA JEUNE FILLE
Dites-lui que je fais mes robes moi-même.
LE MARI, à la v^uve.
Si je suis jaloux, c'est de le voir danser avec vous.
LA VEUVE
Mauvais sujet! je le dirai à votre femme.
LE MARI, à la jeune fille.
Ce qui me plait dans les voyages, c'est qu'on ne voit personne.
LA JEUNE FILLE
Moi, c'est qu'on fait des rencontres.
l'officier, à la femme mariée.
Moraliser les classes ouvrières, voilà la plus belle victoire qu'un soldat puisse remporter.
LA FEMME MARIÉE
Je trouve qu'on moralise beaucoup.
l'officier, à la vieille demoiselle.
Avez-vous toujours votre joli épagneul?
LA vieille demoiselle.
Toujours. Je l'ai fait empailler.
l'officier.
Vous avez eu raison. Cela se conserve bien plus longtemps.
LA vieille demoiselle, en faisant le salut,
Et puis cela n'a pas d'odeur.
18 LE ÔL'ADRILLE DES LANCIERS
l'officier, à la femme mariée.
Il n'y a rien de touchant comme de prêcher eu uniforme.
LA FEMME MARIÉE
Et de se battre en soutane.
LA VIEILLE DEMOISELLE, à la femme mariée.
Prenez garde à ce jeune officier, il est très compromettant.
LA FEMME MARIÉE
Comme c'est aimable à vous de me prévenir!
l"0FFICIER, à la vieille demoiselle.
Vous avez aussi des oiseaux vivants ?
LA VIELLE DEMOISELLE
Venez donc me voir un de ces jours.
l'officier, à la femme mariée.
Cette vieille demoiselle m'invite à l'aller voir.
la femme MARIÉE.
C'est une pécore.
LE PHILOSOPHE, à la viftille demoisello.
Pourquoi voulez -vous que je me marie?
LA VIEILLE DEMOISELLE
C'est le vœu de la nature.
LE PHILOSOPHE, à la femme mariée.
Regardez donc ce monsieur qui danse avec la jeune fille.
LA FEMME MARIÉE
Eh bien?
LE PHILOSOPHE
Quelle jolie tète de crétia !
LA KE.M.ME MARIÉE, en taisant le salut.
C'est mon mari.
LE PHILOSOPHE, à la vieille den.oisello.
La nature aime la diversité.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Moi, je n'aimerai qu'une fois.
LA FEMME MARIÉE, à la vieille demoiselle.
Vous perdez votre natte.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Ah I mon Dieu! (a part.) Péronnelle, va.
LE PHILOSOPHE, à la femme mariée.
Je l'avais mal vu, il est très bien.
la FEMME MARIÉE.
Oh! n'ayez pas peur: cela m'est égal!
LE PHILOSOPHE, à la vieille demoiselle.
Je ne comprends le mariage que pour le peuple.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Mais il faut bien lui donner l'exemple.
AVA:¥T liA QUATRIEME FIGURE.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
C'est la seconde fois que je vous vois.
LE MONSIEUR AGE
N'avons-nous pas dansé ensemble au sacre de Charles X?
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Non, monsieur, je n'étais pas née.
LE MONSIEUR ÂGÉ
Ah! c'est vrai... je confondais avec madame...
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Ma grand'mère.
LE MONSIEUR AGE
Non. Madame... madame... Elle demeurait dans cette rue... Le nom va me revenir.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Ah! oui.
LE MONSIEUR ÂGÉ
Je me rappelle avec une précision étonnante les choses de ma jeunesse.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Qu'est-ce que vous avez fait le soir de l'assassinat du duc de Berry?
LE MONSIEUR AGE
Ah! attendez, cela va me revenir.