QUATRIÈME FIGURE
LE SUBSTITUT, à la veuve.
11 faut pourtant bien satisfaire ses passions.
LA VEUVE
Ce doit être très agréable, mais c'est défendu.
LE SUBSTITUT
C'est d'ailleurs le meilleur moyen de les faire taire.
LA VEUVE
Oui! Mais les grands principes de la morale?
LE SUBSTITUT, à la femme mariée.
Ouand pourrais-je enfin vous voir seule un moment?
LA FEMME MARIÉE
Je résiste tant que je peux.
LE SUBSTITUT
Vous avez bien assez résisté.
LA FEMME MARIÉE
Ohl taisez-vous! taisez-vous!
LE SUBSTITUT, à la veuve.
La morale, ce n'est qu'une manière de voir.
LA VEUVE
Je vous trouve tout à fait scandaleux pour un magisrat.
22 LE QUADRILLE DLS LANCIEllS
LE SUBSTITUT
Moi! Ce n'est rien. Je suis du Parquet. Si vous entenùi. / des magistrats assis!
LA VEUVE
Oh! vous les flattez.
LE MARI, à la jeune fille.
Le vrai bonheur est dans la paix de l'âme.
LA JEU. NE EILLE
La paix de ràiue! C'est toujours la môme chose.
LE MARI
C'est pour cela qu elle est immuable.
LA JEUNE FILLE
J'aimerais mieux m'amuser.
LE MARI, à la femme mariée.
Vous causez beaucoup trop avec ce substitut.
LA FEMME MARIÉE
Vous m'ennuyez : laissez-moi tranquille.
LE MARI
Je vous assure que vous vous faites remarquer.
LA FEMME MARIÉE
Oh! pas de scène : attendez que nous soyons dans la voiture.
LE MARI, à la jeune fille.
Laites- vous du pastel?
LA JEUNE FILLE
11 n'y a pas de danger.
LE MARI
C'est un très joli art d'agrément.
Lt; OIADRILLE DES LANCIERS '23
LA JEU. NE FILLE
Votre conversation est d'une banalité déplorable.
L OFl'ir 1ER, à la femme mariée.
Je saurais vous aimer d'une façon si respectueuse.
LA FEMME MARIEE.
Oïl! ce n'est plus la même chose.
l'officier.
L'ne tendresse sans bornes! un dévouement à toute épreuve!
LA FEMME MARIÉE
Oui. Cela peut servir tout de môme.
l'officier, à \a jeune lille.
Cousine, vous avez l'air tout triste.
LA jeune fille.
On ne m'y reprendra pas, à danser avec des gens déjà mariés.
l'officier.
Aussi, pourquoi m'avez-vous refusé?
LA' JEU.NE FILLE
(^est maman qui n'a pas voulu, parce que vous me serrez trop.
l'officier, à la femme rauriee.
Avez-vous des bahys'^
LA FEMME MARIÉE
Pas pour le moment.
l'officier.
C'est dommage. Je les aurais fait sauter sur mes genoux.
LA femme MARIÉE.
Ma's j'ai de petites nièces : je vous les prêterai.
LE PHILOSOPHE, à la vieille demoiselle.
Je n'ai pas de prétentions à la beauté.
LA VIEILLE DEMOISELLE
^'ous avez une physionomie ravissante.
LE PHILOSOPHE
Je suis d'ailleurs affligé de plusieurs maladies.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Mais pas du tout. Vous êtes dans toute la force de la jeunesse.
LE PHILOSOPHE, à la jeune fille.
Comme c'est joli, une jeune fille en blanc.
LA JEUNE FILLE
Vous êtes bien poli, monsieur.
LE PHILOSOPHE
Dire que toutes les vieilles demoiselles ont commencé parla.
LA JEUNE FILLE
Merci du pronostic.
LE PHILOSOPHE, à la vieille demoiselle.
Et puis j'ai un très mauvais caractère.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Je suis sûre que vous êtes charmant dans l'intimité.
LE PHILOSOPHE
Je n'ai jamais pu vivre avec personne.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Oh! si l'on savait s'y prendre!
aVAXT LiA CINQUIEME FIGURE.
LA MAITRESSE DE LA MAISON'
La musique de Gluck me passionne.
LE MONSIEUR AGE
Cette dinde truffée était excellente.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Elle me fait rêver.
LE MONSIEUR ÂGÉ
Moi, elle m'émoustille plutôt.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
C'est assurément ce qu'on a fait de mieux.
LE MONSIEUR AGE
Avec du vin de Champagne, c'est délicieux.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Elle a quelque chose de magistral.
LE MONSIEUR AGE
On reconnaît bien qu'elle vient du Périgord.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Gluck était de Périgueux?
LE MONSIEUR AGE
Non. La dinde.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Pourquoi parlez-vous de dinde?
LE MONSIEUR AGE
Que disiez-vous donc de Gluck?