PROLOGUE
le chapitre qui est parole de Dieu, ou la langue ne la plume de homme mortel ne peut actaindre. Et je, meu de compassion, pour ramener a mémoire Testât de nostre infelicitéet achascun ramentevoir ce qui lui en touche, ay composé ce petit traictié que je appelle Oiiadrilogiic, pour ce que 3 en quatre personnages est ceste oeuvre comprise, et est dit iiivecfif en tant qu'il procède par manière d'envaïssement de paroles et par forme de reprendre. Si ne vueille aucun lire l'une partie sans l'autre, afin que l'en ne cuide que tout le bhsme soit mis sur ung estât. Mais s'aucune chose y a 10 digne de lecture, si vaille pour attrait a donner aucune espace de temps a visiter et lire le sourplus.
Incipit Qiiadnlogiiim invcctivmn et comicnm ad moriim Gallicoriwi correctionem.
L Acteur commence : '5
Environ l'aube du jour, lors que la première clarté du soleil et nature contente du repos de la nuit nous rappellent aux mondains labours, n'a gaires me trouvay soudainement esveillié et, ainsi que a l'entendement | après repos se pre- >° sente ce que l'en a plus a cuer, me vint en ymaginacion la 2° douloureuse fortune et le piteux estât de la haulte seigneurie et glorieuse maison de France, qui entre destruction et ressource chancelle douloureusement soubz la main de Dieu, ainsi que la divine puissance l'a souffert. Et comme je Recueillisse en ma souvenance la puissance et diligence des 25 ennemis, la dcsloiaulté de plusieurs subgiez et la perte des princes et chevallerie, dont Dieu, par maleureuse bataille, a laissié ce royaume desgarny, qui me fait durement ressongnier l'issue de ceste infortune, je contrepensoye et pensoye a l'encontre la grandeur et distance des parties de ce 3o
6 l.E Q.UADRILOGUE IXVECTIH
dit royaunîe dont les ennemis ne suftiroient garder le quart, le merveilleux nombre des nobles et gens deffensables qui trouver s'i poun'oient, les haultes richesses qui encores y abondent en pluseurs lieux, les subtilz engins, prudetjce etindustrie de gens de divers estaz qui y ont naissance, estât et vie. Après lesquelz partis ainsi debatuz a part moy, sembloit que faulte de donner et recevoir ordre, discipline et règle a mettre en oeuvre le povoir que Dieu nous a laissié, est cause de la longue durée de nostre persecucion. Si est a doubter que la verge de punicion divine soit sur nous pour noz péchiez, et que l'oscurté de noz vies el corrumpues meurs aveugle en nous le jugement de raison et noz parciaulx désirs refroident l'aftection publique, ainsi demourons nous en la descongnoisssance de nostre fortune advenir et a noz ennemis, par pusillanimité et failly couraige, donnons sur nous victoire plus que leur proesce ne leur en acquiert.
Tandis que en ce débat entre espoir et désespérance mon entendement traveilloit, ung legier sompme me reprint comme,Taprés la pesanteur du premier repos, il advient souvent vers le matin. Or me fut advis en sommeillant que je veisse en ung païs en fresche une dame dont le hault port et seigneury maintien signitîoit sa tresexcellente extraction, mais tant fut dolente et esplouree que bien serabloit dame decheue de plus hault honneur que pour iors son estât ne demonstroit. Et bien apparissoit a son semblant que forment feust espoventee et doubteuse de plus grant maleurté et douleur advenir. Et en signe de ce, ses blons cheveulx, qui a iin or estrivoient de couleur, veissez espanduz et degetiez sans aournement au travers de ses espaules et une couronne d'or nn siu' son chiet portoit, qui par divers hurs si fort estoit esi)ranlee que ja penchoit de coste, enclinee moult durement. De sa vesture ne me puis je pas passer ne taire.
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et mesmement du niante! ou paille qui son corps couvroit, dont le merveilleux artifice fait a ramentevoir. De trois paires d'ouvraiges sembloit avoir esté tissu et assemblé. Premièrement, en chief, d'ancienne brodeure enrichi de moult précieuses pierres y estoient figurées les nobles fleurs de lis tout entravers semées de banieres, gonphanons et ensaignes des anciens roys et princes françois, en mémoire de leurs rennomees victoires et de leurs loables entreprises. Ou my lieu se monstroient entaillées lectres, caratheres et figures de diverses sciences qui esclarcissoyent les entendemens et adreçoyent les oeuvres des homes. A la partie d'embas, qui vers terre pendoit, assez povoit on veoir pourti-aitures et entremeslees bestes, pluseurs | plantes, fruiz et semences tendans de leurs branches en hault et naissans de la bordeure d'embas comme de terre plantureuse et fertile. Qu'en diroy je plus ? De si précieux et riche ouvraige estoit basty celluimantel et de si longue main avoiton mis paine a V ouvrer et faire l'assemblée des parties dont il estoit composé qae, dessoubz le ciel, ne fut veu le pareil, se Fortune, envieuse de longue prospérité, l'eust souffert en sa beauté demourer ; mais tant lui despleut l'excellence et durée de si parfaicte oeuvre qu'elle tourna son pervers et senestre costé et ouvry voyes dont cellui mantel, assemblé par la souveraine industrie des prédécesseurs, estoit desja par violentes mains froissez et derompuz et aucunes pièces violentement arrachées, si que la partie de dessus se monstroit obscurcie et pou de fleurs de liz y apparissoient qui ne fussent debrisees ou salies. Ne demande nul se la partie moyenne estoit neantmoins demouree entière ne conjointe, et les lectres formées et assises en leur ordre, car si séparées, decharpies et désordonnées furent que pou s'en povoit assembler qui portast proufitable sentence. Mais se nous venons a parler de la basse partie, ceste chose seule en peut on dire, que tant la
veoit on usée, en gast et en destruction, par rudement frapper, tirer et detjainer, que en plusieurs lieux l'emprainte de la terre apparoit descouvertc et les arbres et semences comme desracinees, gectees et pendans au travers par paleteaux, si que on n'y peust cognoistre ordonnance ne espérer 5 fruit. En somme tant estoit cellui habit changié par empirement de couleur et de beauté que ceulx qui tel le bastirent a paine y cognoistroient leur ouvraige. Du mantel me deporteray a tant de présent pour ce que trop longuement ne ^•ueil sur description demeurer, ne ce n'est la fin de ce présent 10 quadrilogue.
Toutes voies pour appliquer a mon intencion principale, vueil soubz briefté declairer les gestes et contenances de ceste dame. Ung riche palais ancien avoit de coste soy, somptueusement édifié de murailles eslevees et de haultes i, tours, compassé, comprins et environné de diverses et différentes habitacions par engins de souverains ouvriers, enrichy d'entailleures, paintures, armoeries et autres menueries a l'ueil plaisans,mais, par négligence des maistres des oeuvres et en default de bonne reparacion, les eaues et les vens y 20 avoient tel dommaige porté que de pluseurs lez estoit prest de fondre et verser tout jus, et n'y apparoit réfection sinon aucuns appuys de foibles et petites estaies que pour passer temps et a la haste, non pas a durer, on avoit ça et la assises ou et quant la ruvne sembloit greigneur et le péril plus prou- 25 chain. Lors que ceste dame regarda cellui seigneurieux édifice et maison royal près que de cheoir, elle, qui leans avoit esté nourrie en abondance de biens et d'onneurs, descouvr}' de dessoubz son mantel l'un de ses bras, couvert et paré de fleurs de lis et de daulphins en quartiers, et estaioit le costé 3> qui plus penchoit et par pesanteur s'enclinoit et tiroit grant partie du sourplus a tendre en ruyne, et contretenoit de cellui bras le plus principal pan de mur et qui portoit le branle