‹ Le quadrilogue invectif. EditéChapitre 18 sur 33 · RÉPONSE DU PEUPLE IJ · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU PEUPLE IJ

donne pasture vous ne povez pas secourir ne défendre et vous laissez estre comme exiliez sur vostre mesmes pays que délaisser ne voulez negarder vous ne savez. Quelle chose est ce doncques qui peut si refroidir et tant rabaisser voz couraiges ? Les ennemis ne sont de fer immortelz ou indiviables 5 ne que vous, ilz n'ont glaives ne armeures que vous n'ayez les pareilles, ne ne sont en si grant nombre que ne soiez autant ou plus ; leur eur ne sera pas Fortune leur estre tousjours propice, qui de sa na|ture est envers tous muable. içô Si fault par force dire que, s'ilz ont riens d'avance qui les 10 • eslieve sur vous, c'est hardement de courages, et, se vous avez riens qui soubz eulx vous déprime, c'est la multitude de voz péchiez qui convertit vostre cuer en fuye et laissez estaindre la lumière de vostre gloire et destruire vostre seigneurie devant voz yeulx, sans remède y quérir ne mectre, 15 si non que la grâce de Dieu y euvre de soy, a laquelle deservir vous metez petite peine, et ne povez en ce point longuement temporiser sans veoir decheoir le nom françois a vostre pardurable vitupère et malédiction.

L'acteur. 20

Ces parolles moult aigrement et de cuer couroucié disoit au dessus escrips celle dame tresadoulee et de ses beaulx yeux, dont les ruisseaulx de larmes couroient, regardoit si effroiement leur desroyé maintien que bien sembloit soy sentir d'eulx injuriée ou mescogneue. Et après ce que chascun 25 se fu longuement tenu de parler, cellui qui gisoit reversé sur la terre, plaintif et langoureux et tant actaint de mal que nulle vertu ne lui estoit demouree, si non la voix et le cry, prinst a parler et respondre ce qui s'ensuit :

Le peuple. 3o

Haa, mère, jadiz habondant et plantureuse de prospérité

Quadrilogue invectif. 2

l8 LE (lUADRILOGUE IKVECTIF

et ores angoisseuse et triste du déclin de ta lignée, je reçoy bien en gré ta correction et cognois que tes plaintes ne sont point desraisonnables ne sans cause, maiz trop m'est amerc desplaisance que j'aye de ce meschief la perte et le reproche ensemble et que m'en doiez en riens tenir suspect quant ^ d'autruy coulpe je porte la tresaspre penitance. Je suis comme l'asne qui sousrieat fardel importable et si suis aguillonné et batu pour faire et souffrir ce que je ne puis. Je suis le bersault contre qui chascun tire siajettes de tribulacion. Haa, chetif douloureux, dont vient ceste usance qui a si bestournc "^ l'ordre de justice que chascun a sur nioy tant de droit • comme sa force lui en donne. Le labour de mes mains nourrist les lasches et les oyseux et ilz me persécutent de fain et de glaive. Je soustien leur vie a la sueur et travail de mon corps et ils guerroient la moye par leurs outraigcs dont je '3 suys en mendicité. Hz vivent de moy et je meur pour eulx. Hz me deussent garder des ennemis, helas, helas, et ilz me gardent bien de menger mon pain en sceurté. Comment auroit homme en ce party pacience parfaite, quant a ma persécution ne peut on riens adjouster que la mort. Je meur ^o et transizpar default et nécessité des biens que j'ay gaignez ; Labeur a perdu son espérance. Marchandise ne treuve chemin qui la puisse sauvemenl adrecier. Tout est proye ce que le glaive ou l'espee ne défend, ne je n'ay autre espérance en ma vie sinon par desespoir laissier mon estât pour faire 23 comme ceulx qui ma despoille enrichit, qui mieuls avment la proye que l'onneur de la guerre.

Que appelle je guerre ? Ce n'est pas guerre qui en ce rovaume se mayne, c'est une privée roberie, ung larrecin habandonné, force publique soubz umbre d'armes et violente 3o rapine que faulte de justice et de bonne ordonnance fait estre loisibles. Les armes sont criées et les estendars levez I contre les ennemis, mais les. esploiz sont contre [v°^

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