‹ Le quadrilogue invectif. EditéChapitre 26 sur 33 · NOUVELLE RÉPLIQUE DU CHEVALIER · texte numérisé non relu

NOUVELLE RÉPLIQUE DU CHEVALIER

encores les ensaignes, quant ung varlctcousturier etlafemme d'un homme de bas estât osent porter l'abit d'ung vaillant chevalier et d'une noble dame et dont ilz souloient estre en court de prince tresbien parez. Geste tresscandaleuse faulte est venue de plus hault que de toy ne de moy, quant ceulx $ qui ont eu a départir les guerrcdons des biensfaiz et des honneurs les ont donnez aux robes et aux apparences de dehors, dont chascun a prins tele instruction que fort est de congnoistre Testât des hommes a leurs habiz ne de choisir ung noble home d'avec ung ouvrier mécanique. lo

Encores parles tu de gast et de consumption des finances dont a mov guaires n'affiert d'en respondre, car mien n'en a esté le proufit ne sur moy n'en doit tourner le reproche. Tant sceit chascun que la cité qui a esté sur toutes les autres a esté tachée de murmure et de désobéissance a englouty toute celle 15 pecune dont tu parles cv devant, et que le peuple d'icelle a entonné et recueilly la gresse du labeur et conquestz des autres pars du royaume et les derrenieres espargnes des nobles hommes, comme le gouifre et l'abisme ou tout est descendu, puis en a rendu ce guerredon que l'ampostume de son orgueil, 20 enflée de trop avoir, est crevée de toutes pars et a respandu partout le venin et la poison de cruelle et horrible sedicion et les oeuvres de inhumaine tirannie. Veez cy l'achoison de la murmure et les mouvemens de ton impacience. Veez cy les dissolucions que tu nous reproches et mes au devant pour 25 palier tes couvertes machinations de bouche, que tu as assez descouvertes de fait. Tu as fait cri contre l'eslars^issement des despenses et les legieretez et esbaudissemens des jounes nobles homes, mais tu n'as pas gecté ton obprobricuse voix contre les desloiales effusions de sang humain qui ont frois- jo sié le lien de justice et ouvert le chemin de abhominacion. Tu as accusées les jounesses et les envoisees joieusetez, mais tu as excusé et soustenu les traïsons et les conspirations

38 LE QUADRILOGCE 1N-\"ECT1F

detestabîes dont tu es en ce ruineux paît}'. De ton erreur ne des parties que tu as soustenuz ne te peus tu gueres excuser, quant ton obstinacion y amis en aucun temps celle lov avant la main que qui te disoit le contraire de ta l'aTeiir esîoit ains sa parolle jugié digne de mort et sa sentence donnée ayant le s cas ; eX, se publiques exhortacions te ont de ce meu, je m'en rapporte aux publieurs du dire et a toy du croire, si £n demenare le tort a qui il de\Ta, mais de la mauvaise alïection vient l'aveuglée et legiere créance et sepeut aidi^er a décevoir par paroUes d'autruv qui dedans sov mesmes est desja cor- ' rumpu par mauvaise pensée.

Ainsi tu ne te pues par raison plaindre et ne te veulx de bienfait louer, ne tu ne sceis mettre train en tes désirs, sinon vouloir tousjours le contraire de ce que tu dois. Les maulx, ce qu'il en y a, sont | mis en compte, mais les biensfaiz y] sont en pou d'eure oubliez, sans avoir remembrance de maintes belles aventures et honnourables esploiz que pluseurs nobles hommes ont faiz es jours passez en ceste guerre. Hz ne pevent pas tout a ung coup desconfire, car ainsi que le mal que nous avons et la guerre que nous soustenons ne fut pas mise avant a une seule heure, aussi ne sera la ressource trouvée a une foiz, mais il faut saillir de ce rn^eschief en souffrant les douloureux desconforts de doubtes meslez d'espérance. Et, se tu veulx responce a tes chaTgans parolles qui touchent des places habandonnees sans gueire - = de défense, je te dy, pour plus avant entrer, que aussi en trouveras tu qui moult puissamment ont esté défendues sans point de secours, et est force que en giaerre si entremeslee et dangereuse ait des biensfaiz et des faultes ; mais je n'ay veu les biensfaiz gnerredonncr, ne les faultes punir, si ne 3o scay, se honte y a, qui plus en doit rougir ou ceulx qui faillent a leurs gardes défendre ou ceulx qui leur faillentde bon secours. Et sur tous en est plus la vergoigne a ceulx qui les

Page 1