‹ Le quadrilogue invectif. EditéChapitre 27 sur 33 · DISCOURS DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

DISCOURS DU CLERGÉ

defaillans et les bienfaicteurs mectent tout en uiig raeng, que se n'est ce que vertu en donne aux bons le contentement de leur cuer, au jugement des hommes y a peu de dift'erence. A qui tu t'en prendras ? je ne scay, fors que a faulte de cognoissance, et a ce que les haulx et puissans hommes, entre 5 les grans abondances qu'ilz ont de toutes choses, ont le plus desouftVete et de despit de ouirdire vérité et que par leur puissance ilz finent de toutes autres besoignes, de langues véritables sont ilz tousjours diseteux. Toutes voies a vérité celle propriété singulière que, quant plus est foulée, tant i» plus se ressourt, et sont les commencements poignans a soustenir et durs, mais son vssue est aggreable et fructueuse ; mais la descangnoissance des haultes seigneuries n'en pevent souffrir l'entrée et ne daigne congnoistre le fruit de l'issue. Son contraire tient autre chemin, car son entrée leur 15 est attraiant et plaisant, mais sa conclusion est triste et plaine d'amere repentance qui a tart leur vient.

L' acteur .

Longue fut et trop attaigneuse que il n'afticrt la contention de ces deu.x, qui estrivoient ensemble par paroUes mor- 20 da^ns treshaineusement, et sans nul mot dire les escoutoit le tiers qui de coste se seoit, ne encores n'avoit ouvert sa bouche iusques a ce qu'il vit les parolles trop multiplier et approucher aux faiz et qu'il se senti point et aguillonné de la charge que chascun boutoit de soy pour verser sur lui 25 couvertement, et fut l'entrée de son parler tele :

Le clergié.

Assez et plus que uoz sens ne pevent redrecier ou noz paciences souffrir avons sur nous de discors et debas et sommes persécutez des divisions dedens et dehors, sans ceste 3o

nouvelle tençon esmouvoir, et si voulons ceulx ressembler qui voient le feu embrasé et esprins par leurs lieux et habitacions et sont en question pour debatre entre eulx qui lefeu y amis et a qui le devoir de l'estaindre appartient. Et tantdiz [ se bruîle la maison par leurs di-fficultez et négligences, >c^, que que chascun y deust comme au feu courir et éviter la destruction de son hostel en pourchassant le salut de celluia son voisin. Si ne voy pas que noz contentions ou noz parolles semées en appert ou en secret des ungs contre les autres nous puissent gecterde ce dangereux pas, ains fault tirer au collier lo et prendre aux dens le frain vertueusement, et, se le cheval par batre et flageler et le beuf par force d'aguillonner durement tirent hors leurs voitures des effondrez et des mauvais passaiges, ainsi croy je que le flaël de divine justice, qui nous fiert par l'adversité présente, nous doye esmouver a prendre 15 couraige pour nous horsgecter de ceste infortune. Entreprengne Cellui qui en a le povoir l'adversité que nous souffrons et plus en gré que nous ne la recevons ou congnoissons, car, quoy qu'elle suffise pour punir noz maulx selon sa pitié, je doubte que assez grande ne soit elle pas selon noz 20 faultes et la descongnoissance que nous avons d'elles. Et se nous passons ceste sans avoir congnoissance de Dieu, en plus grande pourrons nous entrer qui mieulx nous apprendra a congnoistre ce que Dieu peut et ce que nous valons. De ce me tais a tant et dy pour retourner aux difficultez que 25 nous querons que, ainsi que de longue maladie dont les membres sont altérez et corrumpuz ne peut on recouvrer a garison sans divers assez et mutacions merveilleuses et récidives, aussi ne povons nous gecter de ceste tribulacion tumultueuse et entremeslee sans souffrir mains doubteux 30 J assaulx et mortelx perilz et la contagieuse infection qui entre nous court ait prins son cours, si que par après les choses retournent a leur nature. Si ne croye nulz que, entre telz

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