LE CLERGÉ : DANGER DES DISSENSIONS 4I
cmbrascniens de guerre, puissent estre taittes oeuvres sans plaintes et au contentement d'un chascun. Et se tu y quicrs ou veulx trouver du tout repos de cuer ou appaisement de conscience, tu semblés ceJlui qui quiert raison entre les forr senez. Et pour non longuement aller autour de ceste matière 5 et venir au fondement de la possibilité de mectre fin en ces griefves discentions, qui ne correspont pas en fait ne en oeuvre a ce qu'en est es voulentez et désirs hastiz des homes, considérons que a prince qui maine guerre et a puissance de gens convient avoij trais choses principales : savance, che- '» vance et obéissance. Savance pour cognoistre son fait et cellui de son ennemi, chevance pour ses contraires attraireet / aidans soustenir, et obéissance pour esploicter promptement en lieu et en temps a l'avancement de son proufit et eschevement de son dommaige. Enquerre nous fault doncques se 's nous les avons ; mais il ne souffist pas entièrement les avoir se nous ne savons et voulons saigement nous en aidier.
Quant de la savance chascun sceit que en ce royaume sont gens de hault sens et de clere cognoissance. Si y peut avoir un obstacle jouxte les paroles d'Ysaïe, qui dit que souvent le 20 conseil des saiges | est irrité ou précipité de Dieu par faulte [^-"1. de bien recognoistre de lui. L'autre obstacle si est que, quelque grâce de bon entendement ou discrétion de bien jugier que Dieu ait mis en testes et comprehencions des jounes hommes, leur capacité ne pourroit les regards particuliers et 25 cauteles ingénieuses qui affierent a si hault œuvre bien conduire ne comprendre.
O guerre d'ennemis et division d'amis, discords de royaumes et batailles civilles et plus que civilles au dedans des cités et des seigneuries, par vous est mis le joug de ser- 3o. vitute sur les treshaultes puissances, par vous est donné a cognoistre aux hommes mortelz que sur eulx règne Dieu immortel, qui l'orgueil de leur fier povoir peut reprimer et
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asservir a mendre de soy et la vanité de leurs grans habondances chastier et ramener a indigence et nécessité. Soit doncques regardé quans aguetz d'ennemis, dangiers des servans et souldoiers mal contens, indignacions de gens escondiz ou reboutez, murmure de subgiez, plaintes de peu- s pie et de commun, rappors divers et souspeçonneux, ligues et riotes enti'e les siens, prince menant guerre est tenu d'escouter, doubter et refraindre, et chascun cognoistra que plus a d'eur, sceurté, franchise, suffisance et faculté de vivre a son gré, en la loge d'un petit bergier que es haulx palais des i princes que grant autorité de seigneurie a fait estre serfz ti plusieurs pour icelle avoir, • mais plus que serfz quant le besoing contraint a la défendre. Or est a juger selon ces prémisses Testât et infelicité des princes qui, pour acquérir seigneurie ou pour demourer seigneurs de celles qui leur 15 appartiennent, sont faiz serfs et subgiets a gens de diverses affections, de contraires voulentez, et a pourveoir et avoir l'ueil a choses repugnaus et aux cas qui soudainement leur sourviennent soit en leur avantaige, quant bien en veulent user, ou en leur préjudice, se obvier n'v scevent. Dont se 20 peut ensuivre clerement que, se le plus saige prince que oncqiaes Dieu meist sur terre -estoit environné de pesans affaires et de cuisans poinctures, qui pour relever ceste seigneurie opprimée sourviennent en chascun jour, dur lui seroit ay pouTveoir au bien de la chose et aux divers appetiz des 2s hommes. Le savoir raisonnable croist avecques les ans et la longue vie et grans expériences font les certai-ns jugemens, si est la savance quise en ceulx qui plus ont veu et plus vescu. Xeantmoins a eu la seigneurie mestier jusques cv de prince saichant et de assistence de gens qui aient savoir. Et 3o se des oeuvres passées en ce temps de guerre se peut faire rapport sans vanterie et sans arrogance, on a peu veoir, en poù de jours, ung prince en joune aage esloignié pjur
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fureur et sedicion de U maison roval dont il est filz et héritier, guerroyé de ses ennemis, assailli de glaive et de parolles de SCS propres subgiez, doubtcusement obey du sourplus de son peuple, delaissié de ses aides principaulx ou il se devoit fier, des|pourveu de trésor', encioz de forteresses rebellans, et \2o. qui bien a tout comparé et remembré les tristours des choses de ce temps iusques a ores, quoy que les faiz de ceste seiiineurie ne soient comme chascun bon cuer doit désirer, n'a pas esté sans paine, appensement et diligence de lesremectre de si bas point en lestât ou nous les voions jusquescy, Dieu jo en est tesmoing. Les plus simples l'ont peu jugier et les plus rudes clerement le cognoistre. Et n'a pas encores trois ans quej'ay veu en pluseurs hommes de tous estas si enferme et petite foy que les pluseurs en leurs couraiges fuioyent l'adhésion de leur seigneur et Taide de leur seigneurie 15 comme chose perdue et comme malade jugié a mort et abandonné sans remède, qui depuis ont reprins cuer et bonne fiance. La est trouvée la fermeté et esprouvee la vertu ou sont les extrêmes perilz, quant le sens demeure entre les grans doubtes et la constance ou mylieu des terribles aven- .; tures ; lors ne se doit la chose publique délaisser, quant l'infortune d'icelle ia rent plus besongneuse de bon secours, car, comme en nous redonde le bien de la prospérité publique, aussi devons nous les infortunes de son adversité aider a soustenir et non lui défaillir de fait ne de couraige en ^s nécessité. Ceste manière tint le vertueux homme et d'entier courage Matliathias et ses enfaus les Machabees en la persécution que fist le roy Antliiocus sur le peuple d'Israël par la desloiairté d'aucuns pervers hommes d'icellui peuple qui vers lui se tournèrent ; car, après ce que la cité de Jherusalem 3o ot esté par traïson destruite, prinse, pillée et arse a graat et lamentable occision, et lé peuple en servitute et dispertion, Mathathias et ses enfans, qiii se cstoient retraiz es monLii-
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gnes, recueillirent les fuitiz et les désolez en petit nombre et fermèrent en leurs couraiges choisir la mort ains que veoir l'affliction et le déclin du peuple et de leurs frères, et tant vertueusement se gouvernèrent si peu de gens, qui es montaignes se tapissoient, que ilz rachetèrent de leur sang et par leur mort la servitute et desolacion de leur peuple et remistrent le royaume de Juda en sa franchise et haulîe dignité.
Quel exemple avons nous en ce cas du vaillant magnanime Scipion, qui bien fait a ramentevoir comme, ou temps que la seigneurie romaine estoit si durement foulée par Hannibal, après ses grans victoires, que es couraiges des Rommains n'avoit plus comme nulle espérance de salut de leur cité et que la plus grant partie d'eulx descendoit en oppinion de monter es nefs et abandonner Romme et aller habiter en autres régions, il, qui le péril commun de lui et des autres cognoissoit, le vouloir aussi du Sénat qui se vouloit départir, vainqui les doubles de son cuer par l'atfection publique, si tira son espee emmy le conseil et jura haultement que qui parleroit plus de habandonner la cité sentiroit au trenchant de son espee que doit estre le guerredon de ceulx qui | la chose publique délaissent pour leur singulier salut. Et en tele voulenté fut suivy par ceulx qui avoient bon vouloir, et depuis demeurèrent a Rome et se relevèrent en leur haulte autorité. De ce sepeult ensuivre quesavance et constance ont mestier a qui se veult tirer de perverse fortune, et nous, qui en tel estât sommes, en avons eu et avons bien besoing de plus que Dieu ne nous en donne et que nous n'en desservons .; mais, se nous en avons usé aucunement es plus grans besoings et maintenant, après ung pou de amandement de la première infelicité, nous y défaillons, les meschiefz ou nous nous sommes trouvez ont esté tresmauvaiz, mais de rencheoir nous sera mortel. Assez fait ceste paroUe a noter, mais plus a doubter, pour ce que vexacion et travail doit l'enten-