LE CLERGÉ : SACRIFICES D ARGENT
dément esclarcirel îe scntcment accroistrc, et, ou le rebours est, c'est signifiance de cuers endurcis et de voulenté obstinée, quant après l'adversité ne vient aux hommes cognoissance des ochoisons et des offenses qui les ont a telz meschiefz asserviz, ains retournent des qu'ilz se sentent quelque 5 peu deschargiez a leurs premières acoustumances comme le chien a son vomissement. Et qui ceste voie vouldroit suivir pour l'espérance qui est de meilleur prospérité, legierement pourroit retourner en pis que le bruit de la première confusion que nous avens a tel douleur passée, ce que ja Dieu ne if vueille avenir.
Après nous fault aucunement entendre, pour congnoistre la difficulté du fait que nous menons, se nostre finance se peut estendre selon nostre nécessité, et en ce pas ne me vueil je trop avant bouter, car fort est en moy de bien en 15 jugier et a pluseurs qui en parlent de bien le cognoistre et comprendre. Ce puis je savoir que la finance, tele que nostre prince la recueult, n'est pas prinse de revenue, mais vient par industrie et diligence, et la despence qu'il fait pour noz affaires n'est pas une chose limitée, mais est une droicte 20 iibismc ou tout se fond et despent, car qui meine guerre ne peut mectre compte ne nombre en la mise, soit sa recepte petite ou grande. Or est le demaine en partie occupé par les ennemis et de l'autre partie degasté par ceulx qui sur les pays vivent, et si sont les aides qui lever se souloient pour 25 le fait de la guerre cessez et du tout pour le relievement du peuple. Et se l'en demande d'autre part quel aide vient au prince de ses subgiez, la responce en est clere, car la vérité en est cogneue a chacun, et qui comparage le temps de paix ja passez a cellui qui est de présent, longue différence 3o trouvera entre les aides faiz au prince en cellui temps paisible et cellui que on lui fait en ce temps besongneux. Et se plus large estoit la finance, l'aide et la revenue, assez y a
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gens et besoingnes ou employer comme souldecs de gens d'armes, estât de seigneurs, mises d'engins de guerre, fraiz d'airmees de mer, voyages d'ambassadeui's, prcsens aux estrangiers, dons a ceuix qui servent, biensfaiz aux. aidans, corrupcious aux nutsans, et plus y a dont je me tais a tant 5 que ceulx qui sont plus tenus de servir se font plus chier acha|ter, et convient traire par largesse les pluseurs a faire [205 leur devoir ou loiauté ne les povoit mener. D'autres faultes peut assez avoir sur ce point, car justice et libéralité sont deux vertuz qui regardent les guerdons et les largesses et les 10 poisent et mesurent également selon les droiz et les dessertes. Si doubte que en ce pas ne soient bien gardées leurs règles et que erreur soit en la distribucion par trop despendre et se eslargir ou il n'affiert et mal recompenser ou donner a qui dessert. Ainsi le trop qui va d'une part n'a point i.s de contrepois, si ne peut la balance soy tenir droicte ne la mesure estre gardée.
A cest argument se efforcent aucuns de donner solucion en disant que ainsi a il tousjours esté, et ne fut oncques que en court de prince n'eust des sen'ices mal congneuz 20 et des biensfaiz mal deserviz ; mais, a l'encontre de ceste évasion, j:e dy pour réplique que tousjours en est il mal prins, si ne doit l'usaige avoir lieu dont l'user porte préjudice, mesmement quant le, temps et la pointure des cuisans affaires contraignent a refraindre ce que la planté des 25 'r biens et l'oiseux esloingnement de grans cures avoit fait ouvert et abandoné. Et combien que rigle si estroite ne s'i doye donner que la vertu de libéralité, qui tant bien siet en hault seigneur, n'ait tousjours vers le prince son effeet, toutes voies puis je soustenir que celle vertu pour circonstances 30 regarde lieu et temps de donner, et que en temps d'abondance et de oisiveté tele dorana-cion seroit dicte oeuvre de largesse qui maintenant se devroit appeler prodigalité. Bien
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doivent avoir regard a ce que dit est ceulx qui trop pour eulx V pourchacent, et plus en est sur eulx le pecbié et la charge que sur le prince que franchise et noblesce de couraige fait doubter des siens escondire, et qui se veult enrichir avecques ung prince nécessiteux et accroistre trop gran- ^ dénient sa substance et son estât des biens de cellui qui peu en a. pour la sienne sauver monstre par sa privée aftection que son couraige est indigne de service publique.
Loing de ceste acoustumance se gouvernèrent les Pères rommains, quant les pluseurs d'iceulx aniendrissoient leurs lo iTiaisons et povoir et la magnificence de leurs estas pour non estre en charge en la chose publique en temps de nécessité. D'un autre inconvénient ne me puis je pas taire, c'est que aucuns chiets et conditeurs de gens prennent l'argent des gaiges de leurs souldoiers sans le leur départir, en les faisant 15 vivre sur le peuple, si encourent la villaine tache de îarrecin farcie de desloiaulté, et en soy continuant comme les grans larrons qui emblent a la seigneurie, nourrissent et soustiennent une niée d'autres larronceaux pour rober sur le peuple. A tant me déporte de ce propos fors que je adjouste ceste 20 conclusion que loial subgiet ne doit pour le prouffit de la guerre en dekissier l'onneur. Et ceulx qui le bien de vertu et le salut publique, mesmement aux entreprinses de guerre, ne veulent plus que le gaing n'v feront ja au paraller oeuvre salvable. Car le proufit et la proye j mainent les aifections [v'>] legieres et variables des convoiteux a soy mettre en aventure, mais l'onneur et la loiaulté des vertueux mainent le cuer, le sens et l'entendement, a leurs vies exposer pour le salut publique.
Des exemples peut on assez traire de pluseurs histoires en 30 cesî endroit et mectre avant pluseurs haulx et saiges hommes qui voluntairement ont voulu perdre la \'ie pour recouvrer a la chose publique sa prospérité. Comme Codrus, le
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roy des Athéniens, qui ot en responce des dieux que, s'il mouroit en la bataille qu'il menoit, que victoire seroit pour lui, et combien que ceste responce feust venue a la cognoissance de ses ennemis et que defence feust faicte que nul ne se embatist a ferir Codrus, loutesvoies il changa son abit = royal en abit de saquement, afin que nul ne l'espargnast, et par sa mort acquist victoire z son peuple et a sa cité sceurté de ses ennemis. Marcius Curcius ne saillit il ras en la tresparfonde ouverture de la terre qui advint ou uj.'rchié de Romme, dont la cité estoit en péril, si ne se povoit com'jler, " selon le dit des aruspices, sinon que la plus digne et noble chose romaine y feust descendue ? Mais le jouvencel, saichant que proesce de noble cuer estoit la plus digne chose, saillit a cheval et tout armé dedens icelle abisme inestimable, qui après lui se recloy pour le sauvement de la cité. Decius '■ se voua a mort pour sauver les légions qu'il conduisoit et Sanson le fort, pour les Philistiens ennemis du peuple d'Israël acravanter et confondre, abbati sur soy et sur eulx par sa grant force la maison ou ilz tenoient leurs grans conviz. D'autres histoires pourroit on assez amener, mais il me 2> suffist d'avoir monstre que chevance et avoir ne sont que accessoires et serves a vertu et comme chamberieres qui ministrent ce qu'est nécessaire a fragilité humaine et si sont fortes a avoir, dangereuses a garder, a distribuer périlleuses, douloureuses au perdre et nécessaires a princes et seigneurs 2s a leurs guerres conduire et achever. Sans elle ne povons ceste oeuvre bien mener et toutesvoies elles nous detfaillent de fournir a suffisance et nous leur défaillons de les esploiter a proufiit.
Reste maintenant le tiers point ou nous avons a declairer 3o quelle obéissance doit estre gardée vers le prince guerroiant pour sa chevalerie et pour ses subgiez. Si fais ma prémisse jouxte la tresgriefve sentence de Valere, que discipline de