‹ Le quadrilogue invectif. EditéChapitre 31 sur 33 · LE CLERGÉ : INDISCIPLINE DES NOBLES 5I · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ : INDISCIPLINE DES NOBLES 5I

trouvé en fait de souveraine proesce, nul n'estoit appelle aux gaiges d'omme d'armes s'il n'avoit prins honnestement prisonnier de sa main ; maintenant savoir ceindre l'espee et vestir ung hauherjon suffist a faire ung nouveau capitaine. Or avient que sont faictes entreprinses ou sièges assis ou le 5 ban des princes est cric et le jour souvent nommé pour les champs tenir, mais plusieurs y viennent par manière plus que pour doubte d'v faillir et pour paour de avoir honte et de rcprouche plus que pour vouloir de bien faire, etsi est en leur chois le tost ou le tart venir, le retour ou la demeure, i" Et de telz en y a qui tant aiment les aises de leurs maisons plus que l'onneur de noblesse dont ilz les tiennent que, lors qu'ilz sont contrains de partir, voulentiers les portassent ^t avecques eulx, comme les limaz qui tousjours traînent lacJ^\ coquille ou ilz se hébergent ; et s'ilz les vouloient garder 15 par la manière que elles leur furent acquises, ce ne seroit pas en y reposant, car au travail de leurs corps et au péril de leurs vies ont les anciens nobles hommes acquis les honneurs et les drois des noblesces. Nous voions nostre prince qui depuis quatre ans n'a cessé de voiâger sans guaires de 20 repos ne d'arrest, nous voions Jes estrangiers alliez de nostre royaume qui passent les fortunes de mer pour venir a nostre secours et estre parçonniers de nostre adversité et de nostre paine, et les plusieurs de ceul^ qui sont tenuz de défendre actendent et escoutent quel en sera le bruit, et se ^s laisseroiçnt avant chacer et charger du fais de la guerre jusques a estre déboutez de leurs maisons qu'ilz meissent paine de prévenir ne de chacer la guerre loing de soy. Geste ignorance ou faulte de cuer est cause des durtez et rapines dont le peuple se complaint, car, en default de ceulx dont on se 3o devroit aider, a convenu prendre ceulx que on a peu finer et taire sa guerre de gens acquis par dons et par prières ou lieu de ceulx qui leur devoir et loiaulté y semonnoit. Si est faicte

52 LE QUADRILOGUE IXVECTIF

la guerre par gens sans terre et sans maison ou que la greigneur part, que nécessité a contrains de vivre sur autrui et nostre besoing nous a convaincus a le souffrir et encores ne nous a la penitance de ce pechié chastiez, et quant les vaillans entrepreneurs, donc, mercy Dieu, aencoren cerovaume 5 de bien esprouvez, mectent paine de tirer sur champs les nobles pour aucun bien faire, ilz délaient si longuement a partir bien enviz et s'avancent bien tost de retourner voul(;ntiers que a paine se peut riens bien commencer, mais a plus grant paine entretenir ne parfaire. u

Encores y a piz que ceste négligence, car avecques la I petite voulenté de pluseurs se treuve souvent une si grant i2( arrogance que ceulx qui ne sauroient rien conduire par eulx ne vouldroient armes porter soubz autrui et tiennent a deshonneur estre subgiez a cellui soubz qui leur peut venir la is renommée d'onneur que par eulx ilz ne vouldroient acquérir.

O arrogance aveuglée, folie et petite cognoissance de vertu, o tresperilleuse erreur en fait d'armes et de batailles, par ta malédiction sont desroutees et désordonnées les puissances et les armes desjoinctes et divisées, quant 20 chascun veult croire son sens et suivre son oppinion. Et pour soy cuider equiparer aux meilleurs font souvent teles faultes dont ilz sont depprimez soubz tous les mendres. En mémoire me vient que j'ay souvent a plusieurs ouy dire : « Je n'vroie pour riexis soubz le panon d'ung tel, car mon père ne fut 23 oncques soubz le sien. » Et ceste parolle n'est pas assez pesée avant que dicte, car leslignaiges ne font pas les chiefs des guerres, mais ceulz a qui Dieu, leurs sens ou leurs vaillances et l'auctorité du prince, en donnent la grâce doivent estre pour telz obeiz. Laquelle obéissance n'est mie rendue .v. a la personne, mais a l'office et ordre des armes et discipline de chevallerie, que chascun noble doit préférer a tout autre honneur.

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