‹ Le quadrilogue invectif. EditéChapitre 32 sur 33 · I.E CLEKGK : DISCIPLINE ROMAINE · texte numérisé non relu

I.E CLEKGK : DISCIPLINE ROMAINE

Mouvoir nous pcvent a ce faire moult d'anciennes histoires, mais avec ce nous doi\cnt contraindre les maulx qui par oultrecuidance et faulte d'obéir sontavenuz et aviennent en noz vies devant noz yeulx ; et, se histoires prouffitent a regcctier ung pou cest orgueil, lisons Titus Livius et nous 5 trouverons que les dictateurs et les conseulz qui conduisoient les batailles rommaines estoient souvent esleuz a Romme de vaillanz hommes que on envoioit querre es champs ou ilz faisoient les labours des terres, comme il avint de Fabricius, de Lucius Quintus et de pluseurs autres, qui 10 neantmoins estoient si craintivement obeiz que, ou les faultes advenoient contre discipline d'armes, pitié n'y avoit lieu, lignaige ne hault port n'y donnoit faveur et prières n'}" avoient mestier. Si estoit tele leur euvre que par euvres et ensaignemens ilz apprenoient aux gens qui armes por- 15 toient que plus estoit a doubter le chevetaigne que les ennemis et les honteux paines des honteux defaulx plus cruelles que les plaies qu'ilz rapportoient des adversaires. Celer ne se peut ce que loiale affection contraint a dire et, quoy qu'il touche aux haulx faiz et haultes personnes, j'en parle selon 20 ma petitesce, mais oncques ne fut veue a l'ueil ne levé par escript maindre discipline ne plus fraelle justice d'armes que celle que nous disons tenir sur nostre chevalerie. Qui sera cellui qui me puist mectre avant ung hault honneur rendu pour vertueux service ne une seule correction pour deliz infi- 25 niz commiz en chief contre toute ordonnance d'armes et au revers des loys et coustumes des preux et des vaillans ? Et se aucun en enquiert pour savoir ce que nul ne peut ignorer, quans avons nousveu désobéir aux mandemens, enfraindre les deffenses, venir quant il leur plaist et s'en aller a qui qu'en 30 desplaise, abandonner leurs gardes pour garder | choses [v"] abandonnées sans cause, livrer les forteresces pour soy délivrer de force, au besoing faillir et soy rendre sans besoing, faire

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départir les compaignies et tenir compaignie a part? Et s'aucun savoitde toutes ces choses moy monstrer une punicion dont l'exemple peust estre doctrine d'aucun amendement, aucunement seroit ramolliee la rigueur de mes parolles, mais a Dieu me rapporte de ce qu'il en est, achascun de ce qu'il en con- 5 gnoist. Piz me fait que les nobles hommes v prennent si peu garde que a peu s^ laissent ja les pluseurs couller en l'ordonnance des autres, sans différence de meurs ne de voulentez, et ne craingnent aucuns encourre maie renommée contre qui noble cuer doit avoir plus mortelle guerre que contre 10 autres ennemis, et doivent contre les autres celle merche porter que leurs euvres les facent cognoistre des autres et que nul d'eulx en son semblable ne laisse tache de reprouche sans y donner le remède, comme firent les Scipionô a Romme quant ilz estèrent a l'un des hoirs de Sci- 15 pion l'Auffricain l'annel qu'il portoit, ou estoit empraint l'imaige du vaillant Scipion, pour ce qu'il ne faisoit pas les oeuvres de cellui dont il portoit si noble ensaigne.

De Marcus Scaurus est il aussi escript une responce de vertueux père et vergoigneuse aux gens de failly couraige, 20 car, comme il lui fut noncié que son filz s'en retournoit \àUainement d'une bataille et venoit devers lui, il respondy que plus joieusement il allast a l'enconti'e de ses ostz, s'il lui feust rapporté mort par vaillance, qu'il ne le recevroit en sa maison après une faulte si deshonnourable. Ce fut dit de père 25 constant et entièrement ferme de garder l'onneur de sa maison et de sa noblesce et fut sentence d'omme de grant gravité ; mais par la bouche de femme et de fraelle sexe fut en semblable cas seurmontée ceste parolle, quant une dame de haulte renommée vint a l'encontre de ses enfans qui d'mie Jo bataille s'enfuyoient et pour confundre leur vituperable honte et lâcheté laissa la commune vergoigne féminine, car elle se descouvr}?^ par devant en leur disant, puis que fouir vou-

'IKOlSIli.MH RÉPLIQUE DU CHEVALIER 5 5

loient, qu'ilz rentrassent ou ventre qui les avoit portez et que autre lieu n'avoit pour les sauver, comme s'elle voulsist dire que mieulx leur vaulsist n'avoir oncques esté nez que estre vssuz de son ventre au reprouche d'eulx et de leur lignée.

Si doit estre discipline de chevalerie et crainte d'onneur 5gardee es maisons des nobles comme en l'ost du prince, car la révérence et salvahle doctrine des vaillans pères et anciens d'un lignaige peut plus aux jounes proufiter a vertu que la peur de la justice de leur chief.

En somme, se la sapience de Salomon, la proesce de 10 Hector, la constance de Machabees, la force de Sanson, la cautelle de Ulixes, la multitude des légions de Daire et de Xercés et l'avoir d'Octovien estoit en ung ost desordonné sans justice et sans discipline de chevalerie, la sapience seroit au paraller irritée, la prouesce ramollie, la constance 15 froissée, la force débilitée, les cautelles anéanties, la multitude dissipée et l'avoir de|gasté, et, se bien y advenoit, [20 plus devroit estre imputé a Fortune que a Raison. Ces choses et noz autres defaialx ne sont pas a raconter pour entrer en contempcion les ungs aux autres, ains seroient du tout a 20 traire a qui n'en vouldroit plus user pour correction que pour reprouche. Si ne les recite pas pour donner charge, mais pour y prendre adviz, et a tant suffise a chascun ce peu que j'en scay dire, car, quoy qu'il soit de petit etfect, il procède de grant abondance de bon vouloir. 25

L'acteur.

Une seule réplique requiert avoir cellui qui les armes portoit et prist a dire :

Lh chevalier De la savance et cognoissance qui doit acompaigner la 3o

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niagesté des princes et des seigneurs et leurs chevances convertir en maintes oeuvres me puis je bien taire et en laissier les parolles a ceulx a qui sont les faiz et les dangiers, mais je m'arreste a l'obéissance et discipline de chevalerie dont nostre estât est a présent reprouchiez et griefment reprins. 5

Ou est cellui de nous qui peut garder ordre d'armes ne discipline de chevalerie apartsoy, et qui la recevra ne retendra, s'elle ne lui est baillée et maintenue ? Comme commencera elle entre les membres, s'elle est d-efaillie es plus haulx ? Et comment la garderont les subo-iez se leurs souverains la 10 corrumpent? Et qui veultactaindre la racine deceste maladie, il fault venir au fondement et a la sourse dont ceste ordonnance chevalereuse doit prendre sa continuacion et sa naissance, et que des maistres viengne le patron et l'exemple sur quoy leurs aides et leurs apprentiz doivent ouvrer. 15

Les tresesleuz ensaignemens de Aristote pratiquez par voies de fait firent toutes choses subgectes et seurm.ontables a la chevalerie d'Alixandre, la constance et courageuse amonicion du roy Preamus redoubla la proesce du vaillant Hector, les aguaitz et advisé gouvernement de Hannibal 20 firent a ses gens passer les Alpes et les grans maraiz et merveilleux passaiges sans grans dommaiges, les entreprinses et exercice d'armes du roy Charles le grant donnèrent a Rouland, Ogier et Olivier leur grant renommée qui encores dure, et le meur adrecement et hault esgard du roy Charles 23 derrenier mort fist le bon Bertran tant de foiz vaincre les ennemis glorieusement et le royaume de grief maleur soy ressourdre en paisible bieneureté.

Cestui Bertran laissa de son temps une tele remonstrance en mémoire de discipline er de chevalerie, dont nous parlons, jo que, quiconcques homme noble se forfaisoit reprochable, on lui venoitau mengier trencher la nappe devant soy. Ceste estroicte garde d'onneur et de sceurté fist le large chemin de

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pi'oesce es genschevalereux qui lors vivoient, et ceste ouverture de vengence rigoureuse forclouy toutes voyes aux faiz deshonnourables.

En cest endroit l'aspresse de vengier chaudement teles honteuses offenses est tenue aux princes et haulx hommes a 5 équité, qui en autre cas seroit pour cruaulté réputée ; quoy que a princes | singulièrement appartient clémence et [v° debonnaireté, pour ce que puissance fait les seigneuries redoutables, mais clémence les fait estables et fermes, et de la clémence et humanité du prince naist confidence, de con- to fidence sceurté, de sceurté hardement d'entreprendre et constance de conduire, mais du contraire de clémence naist souppeçon, de souppeçon vengence, de vengence rancune, séparation et murmure. Plus avant ne pense je pas me bouter es debas de ceste matière et m'en rapporte a ceulx qui 15 ont les faiz publiques a conseillier d'en acquitter leurs loiaultez plainement. Car doubte de desplaisir des personnes ne doit pas empescher les choses proufitables aux communitez et aux seigneuries, et qui donne conseil a l'appétit, non pas a la raison, son oppinion n'est pas conseil mais fîaterie. 20 Si dv que en la loiaulté des conseilleurs gist la sceurté du prince et le salut de la chose publique et la devons cerchier le fons de toutes noz difficultez et la solution de noz debas.

L acteur.

Celle réplique finie, combien que chascun s'efforçast de adjouster aucune autre chose, la dame dessus escripte leur commanda silence garder et puis fist conclusion a leurs argumens et questions en parlant ainsi :

Frasxe.

Je ne vueil voz excusacions et deffenccs plus longuement jo

).S LE QUADRILOGUE IXVECTiF

escouter, ne en voz discors et descharges l'un vers l'autre ne gist pas la ressource de mon infortune, si non en tant que chascun la dove plus appliquer a son chastiement que a vitupère de son prouchain ; mais l'affection du bien publique peut estaindre voz desordonnances singulières, se les voulentez se conjoingnent en ung mesme désir de commun salut et en souffrant leur fortune et les ungs vers les autres gardent pacience, peut a tous ensemble venir ce bon eur que chascun veult quérir par divers remèdes. Et puis que Dieu et Nature vous ont créez plus parfaiz des autres choses v qui ont âmes, ne soiezpas plus desordonnez que les mendres besteletes, ne plus negligens ou mains enclinez a vostre commune salvation, utilité et défense, que sont les mouchetés a miel, que chascune en leur essaim gardent leurs offices et leurs ordres et mectent leur vie pour deffendre et i entretenir leur assemblée et leur petite pollice et pour garder la seigneurie de leur rov qui règne entre elles soubz une petite ruche, que moult de foiz, quant il est navrez en leurs batailles contre une autre compaignie d'autres mouchetés, elles portent et soustiennent a leurs eles et se laissent mourir 2. pour luy maintenir sa seigneurie et sa vie.

J'ay assez ouv de voz tençons, pour ce vueil que a tant TOUS en souffrez ou surseés. Toutesvoies, ahn que en vain n'ait esté gastee vostre saison, je ordonne voz raisons estre eacriptes a ce que chascun y congnoisce sa faulte par autrui 25 et que ceulx qui les liront effacent l'erreur de leurs cuers, dont ilz se trouveront par leurs prouchains reprouchiez en la lectre, et que cy en droit n'aiez pas disputacion haineuse, mais fructueuse.

Vacieur. 30

Adoncques m'appella, car assez près estoye ou j'avove |tout escouté. Si me dist : « Tu, qui as ouye ceste présente [2oç\

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disputacion faictc par manière de quadrilogue invectif, escry ces parolles ahn qu'elles demeurent a mémoire et a fruit. Et puis que Dieu ne t'a donné force de corps ne usaige d'armes, sers a la chose publique de ce que tu pues, car autant exaulça la gloire des Rommains et renforça leurs sjsàcouraiges a vertu la plume et la langue des orateurs comme les glaives des combatans. »

Ces parsonnàges fuirent adoncques de mes yeulx et le dormir me laissa. Si ay acompli de mon petit sentement les commandemens d'icelle dame par ce présent escript, et a >" chascun lecteur prie le voulloir interpréter favdurablemeni et y jugier a cognoistre la bonne affection plus que la gloire de l'ouvraige. Car je afferme loiaument que l'esmouvement de cest oeuvre est plus par compassion de la nécessité publique que par presumption d'entendement et pour pro- 15 fiter par bonne exhortacion que pour autrui reprendre.

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