‹ Le quaker et la danseuseChapitre 13 sur 33 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

c'était de me faire tuer, sans avoir pu vous en faire mes excuses !... mais je vous ai vu , je vous ai tout avoué, je n'ai plus rien sur la conscience... Vous me pardonnez de souffrir, pas vrai?.. Il n'y a pas de ma faute... Adieu, monsieur Morton, consolez Betty; je vais me faire soldat.

MORTON

Toi , soldai !

TOBV

Oui , j'irai me battre contre les Français. MORTON , lui prenant la main , après un instant de silence.

Contre les Français!... Tu leur en veux donc ?

TOBY

Moi?... du tout... à la guerre on est là... on se tire un coup de fusil... on ne s'en veut pas pour ça... au contraire.

Mais ce Français que tu auras en face de toi , contre qui tu tireras... peut-être a-t-il une amie qui le regrettera , comme tu regrettes la tienne. TOBY , ému.

Vous croyez qu'il a une amie , ce Français?

MORTON

Et pourquoi n'aimerail-il pas comme toi?... ou par quelle fatalité faut-il qu'il meure , parce que tu as perdu la maîtresse?

TOBY

C'est pourtant vrai... je n'avais pas réfléchi à ça... C'est égal , laissez-moi aller à la guerre... je vous promets de ne tuer personne... je ferai seulement mon possible pour être tué.

MORTON

Ami , tu n'as pas de courage. Tu ne sais donc pas que l'homme doit subir toutes les peines , toutes les épreuves, sans cesser d'être calme?... Suis mon exemple ; les passions ne peuvent plus rien sur moi , parce que je suis quaker.

TOBY

Cela empêche donc d'être amoureux ?

MORTON

Toujours... C'est par là que j'ai appris à me vaincre , à modérer ce caractère impétueux qui m'aurait porté à tous les excès... Je me rappellerai sans cesse ce pauvre Seymour, un ami d'enfance... et une dispute... un défi... ce qu'ils appelaient l'honneur offensé!... enfin je l'ai vu tomber sous mes coups... et depuis ce jour, le monde, et ses lois, et ses préjugés... j'ai lout pris en horreur... je n'ai plus admiré et professé d'autres principes que ceux de lîen-Johnson, qui nous enseignent à triompher de nous-mêmes et de nos passions.

TOBY

Si je l'avais su plus tôt... Mais il n'est plus temps ; le mal est fait.

MORTON

Il est toujours temps de revenir à la raison... Va chercher Betty, et amène-la près de son père: c'est moi qui leur parlerai à tous les deux... Nous relarderons le mariage de quelques mois : et d'ici

là, je me charge de te guérir... Je te lirai tous les jours Ben-Johnson et ses principes.

TOBY , baissant la tête.

Comme vous voudrez... Je me résigne à tout...

MOUTON

C'est bien... Mais lu me promets de vivre... je le veux.

TOBY

Je n'ai rien à vous refuser... mais c'est bien pour vous faire plaisir.

MOUTON

Je t'en remercie.

TOBY

Il n'y a pas de quoi .. (En s'en allant. ) Adieu , mon.sieur Morton... Ah! le digne homme! (Il sort. )

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