‹ Le quart livreChapitre 38 sur 241 · CHAPITRE IX VE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX VE

Ce mesme jour, passa Pantagruel les deux isles de Tohu et Bohui, es quelles ne trouvasmes que frire? : Bringuenarilles*, le grand geant, avoit toutes les paelles,

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paellons, chaudrons, coquasses, lichefretes et marmites du pays avallé, en faulte de moulins à vent, des quelz otdinairement il se paissoit{. Dont estoit advenu que, peu davant le jour, sus l’heure de sa digestion, il estoit en griefve maladie tombé, par certaine crudité d’estomach causée de ce (comme disoient les Medicins) que la vertu concoétrice de son estomach, apte naturellement à moulins à vent tous brandifz digerer, n’avoit peu à. perfection consommer les paelles et coquasses ; les chaudrons et marmites avoit assez bien digeré, comme disoient congnoistre aux hypostases5 et eneoremesf de quatre bussards d’urine qu’il avoit à ce matin en deux foys rendue.

Pour le secourir, userent de divers remedes scelon l’art. Mais le mal feut plus fort que les remedes. Et estoit le noble Bringuenarilles à cestuy matin trespassé, en façon tant eftrange que plus esbahir ne vous fault de la mort de Æschylus?. Lequel, comme luy eustfatalement esté par les vaticinateurs prediét qu’en certain jour il mourroit par ruine de quelque chose qui tomberoit sus luy, iceluy jour destiné, s’estoit de la ville, de toutes maisons, arbres, rochiers et aultres choses esloingné, qui tomber peuvent et nuire par leur ruine. Et demoura on mylieu d’une grande praerie, soy commettant en la foy du ciel libre et patent, en sceureté bien asseurée, comme luy sembloit, si non vrayement que le ciel tombast, ce que croyoit eftre impossible. Toutes foys on diét que les alouettes grandement redoubtent la ruine des cieulx tombans, car les cieulx tombans, toutes seroient prinses.

Aussi la redoubtoient jadis les Celtes voisins du

Rhinf : ce sont les nobles, vaillans, chevalereux, bellicqueux et triumphans François. Lesquelz, interrogez par Alexandre le Grand quelle chose plus en ce monde craignoient, esperant bien que de luy seul feroient exception, en contemplation de ses grandes prouesses, viétoires, conquestes et triumphes, respondirent rien ne craindre, sinon que le ciel tombast ; non toutes foys faire refus d’entrer en ligue, confederation et amitié avec un si preux et magnanime Roy. Si vous croyez Strabo, liv. VIL et Arrian, liv. I.

Plutarche aussi, on livre qu’il à fait de la face qui apparoist on corps de la Lune, allegue un nommé Phenace°, lequel grandement craignoit que la Lune tomba$t en terre; et avoit commiseration et pitié de ceulx qui habitent sous icelle, comme sont les Æthiopiens et Taprobaniens, si une tant grande masse tomboit sus eulx. Du ciel et de la terre avoit paour semblable, s’ilz r’estoient deuement fulciz et appuyez sus les columnes de Atlas, comme estoit l’opinion des anciens, scelon je tesmoignage de Aristoteles, Zv. V, Meta ta phys.

Æschilus, ce non o$tant, par ruine feut tué et cheute d’une caquerolle de tortue, laquelle, d’entre les gryphes d’une aigle haulte en l’air tombant sus sa teste, luy fendit la cervelle.

Plus de Anacréon poëte, lequel mourut estranglé d’un pepin de raisin. Plus de Fabius preteur Romain, lequel mourut suffoqué d’un poil de chievre, mangeant une esculée de laiét. Plus de celluy honteux lequel, par retenir son vent et default de peter un meschant coup, subitement mourut en la presence de Claudius, empeteur Romaini?, Plus de celluy qui, à Rome, est en la

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