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Chapitre XXXIV

Comment par Pantagruel fut deffaict le monstrueux Physetere.

CHapriTRE XXXIV.

Le physetere, entrant dedans les brayest et angles des naufz et guallions, jeétoit eau sus les premières à pleins tonneaulx, comme si feussent les Catadupes? du Nil en Æthiopie. Dards, dardelles, javelotz, espieux, corsecques®, partuisanes, voloient sus luy de tous coustez. Frere Jan ne se y espargnoit. Panurge mouroit de paour. L’artillerie tonnoit et fouldroyoit en Diable, et faisoit son debvoir de le pinser sans rire. Mais peu profitoit, car les gros boulletz de fer et de bronze entrans en sa peau sembloient fondre à les veoir de loing, comme font les tuilles au soleil. Allors Pantagruel, considerant l’occasion et necessité, desploye ses braz et monstre ce qu’il sçavoit faire.

Vous diétes, et est escript, que le truant Commodus, empereur de Rome, tant dextrement tiroit de l’arc que de bien loing il passoit les fleches entre les doigts des jeunes enfans levans la main en l’air, sans aulcunement les ferirs.

Vous nous racontez aussi d’un archier Indian, on temps que Alexandre le Grand conquesta Indie, lequel tant e$toit de traire perit, que de loing il passoit ses fleches par dedans un anneau, quoy qu’elles feussent longues de troys coubdées et feust le fer d’icelles tant grand et poisant, qu’il en persoit brancs d’acier, boucliers espoys, pla$trons asserez, tout generalement qu’il

touchoit, tant ferme, resistant, dur et valide feuft, que sçauriez dire.

Vous nous diétez aussi merveilles de l’industrie des anciens François, les quelz à tous estoient en l’art sagittaire preferez, et les quelz en chasse de bestes noires et rousses frotoient le fer de leurs fleches avecques ellebore, pource que de la venaison ainsi férue la chair plus tendre, friande, salubre et delicieuse estoit : cernant toutesfoys et ous$tant la partie ainsi attainéte tout autour?.

Vous faiétes pareillement narré des Parthes, qui par darriere tiroient plus ingenieusement que ne faisoient les aultres nations en face. Aussi celebrez vous les Scythes en ceste dexterité; de la part des quelz jadis un ambassadeur$ envoyé à Darius, Roy des Perses, luy offrit un oyseau, une grenoille, une souriz, et cinq fleches, sans mot dire. Interrogé que prætendoient telz præsens, et s’il avoit charge de rien dire, respondoit que non. Dont restoit Darius tout eStonné et hebeté en son entendement, ne fu$t que l’un des sept capitaines qui avoient occis les Mages, nommé Gobryes, luy exposa et interpreta, disant : “ Par ces dons et offrandes vous disent tacitement les Scythes : si les Perses comme oyseaulx ne volent au ciel, ou comme souriz ne se cachent vers le centre de la terre, ou ne se mussent on profond des e$tangs et paluz comme grenoilles, tous seront à perdition mis par la puissance et sagettes des Scythes.”

Le noble Pantagruel en l’art de jeéter et darder estoit sans comparaison plus admirable. Car avecques ses horribles piles® et dards (les quelz proprement res-

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