‹ Le quartier BarbetteChapitre 37 sur 121 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du lieu exact où le meurtre du duc d'Orléans fut accompli. — Version de Bonamy basée sur le rapport de l'enquête du prévôt de Paris et adoptée par les historiens modernes. — Supériorité documentaire du récit de Monstrelet. — L'ancienne. l//'5'' des Poulies devenue V Allée aux Arbalétriers. — Les hôtels voisins de l'hôtel Barbette. — La maison à V Image Notre-Dame de la rue des Poulies (rue des Francs-Bourgeois) ; la lampe expiatoire de Brulart et la belle Ferronnière; réhabilitation de Brulart. — Erreur de Bonamy au sujet de remplacement de l'hôtel Barbette; la porte fleurdelisée signalée par cet auteur. — Cause de Terreur de Bonamy. — Justification de l'inscripton placée au numéro '■*>* île la nie des Francs-Bourgeois. — .Suites et conséquences delà mort du due d'Orléans. — Vaines requêtes de Valenline de Milan. — Apologie publique du crime de Jean-sans-Peur par le moine Jehan Petit. — Mort de Valentine de Milan. — Fin tragique de Montagu.

Jusqu'à présent, les causes de l'assassinat du duc d'Orléans, aussi bien que les circonstances qui l'accompagnèrent, paraissent trop bien établies et sullisamment connues pour nous permettre d'y revenir plus longuement. Mais pour ce qui est du lieu exact, précis, où ce tragique événement s'accomplit, il nous a semblé qu'il était néces- Baire d'apporter un supplément de lumière et d'information. A première vue, cette question de cadre et de lieu peut n'offrir qu'un bien faible intérêt; elle a cependant une réelle importance en ce qui concerne tout particulièrement la restitution topographique d'un coin de notre vieux Paris.

Nous avons vu, dans le récit de Monstrelet, que, le soir même du crime, dès que la nouvelle en parvint en haut lieu, le prévôt de Paris, Guillaume de Tignonville, fut chargé par le conseil des princes d'ouvrir aussitôt une prompte enquête afin de découvrir les meurtriers au plus tôt, lorsque, le surlendemain, les aveux inattendus du duc de Bourgogne vinrent couper court à ces recherches, devenues désormais inutiles.

Les dépositions qu'avaient déjà recueillies les examinateurs du

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Châtelet commis à cet effet, n'en furent pas moins l'objet d'un rapport que le prévôt de Paris remit au connétable Charles d Albret, qui le conserva sans avoir l'occasion d'y donner suite '. Ce n'est réellement que vers le milieu du siècle dernier que ce document, resté jusqu'alors oublié, a été mis en lumière pour la première fois : cette intéressante exhumation a été faite par le savant académicien Bonamy dans son Mémoire sur le lieu, les circonstances et, les suites de V assassinat du duc d'Orléans, qu'il lut à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres le 3 septembre 17i<S -.

Or, d'après le mémoire de Bonamy. ce lugubre événement se serait passé en face du logis du maréchal de Rieux, dont l'emplacement est aujourd'hui marqué par 1 ancien hôtel de Hollande qui a son entrée au numéro 47 actuel de la rue Vieille-du-Temple ; tandis que, suivant nous, le fait aurait eu lieu dans l'endroit qui sert à présent de passage au numéro 38 de la rue des Francs-Bourgeois. Mais la version de Bonamy a fait tellement autorité qu'elle a été adoptée par tous les historiens qui ont traité après lui du même sujet, notamment Millin, Henri Martin, Michelet, Vallet de Viriville, etc.

Dans la démonstration de sa thèse, Bonamy s'appuie tout d'abord sur un récit écrit le jour même du crime, ou tout au moins le lendemain, et reproduites parmi les pièces justificatives de \ Histoire de la Ville de Paris, de Félibien et Lobineau, qui sont intitulées Extraits de différents registres du Parlement 3. Le registre d'où ce document est tiré n'est autre que le Journal du greffier Nicolas de Baye publié, il y a quelques années par M. Alexandre Tuetey 4. Voici, en partie, ce que dit ce récit :

« Mercredy. xxiije jour de novembre [1407], ce jour, au soir,

1. Le manuscrit original du rapport d'enquête du prévôt de Paris se trouve aux Archives de la préfecture des Basses-Pyrénées série E, famille d'Alhrel . Dans la Bibl. de l'École des Chartes, VIe série, t. I. pp. 215 à 219. M. P. Raymond a publié £n extenso ce curieux document dont il existait déjà à Paris deux copies manuscrites: l'une à la Bibl. Nat.. collection Doat. qui a été prise sur l'original ; l'autre à la bibl. de l'Institut, prise sur la copie de Doat.

2. Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, série ancienne, t. XXI, p. 515.

3. Félibien et Lobineau. Ilist. de la ville de Paris, t. IV, pp. 551-552.

4. Journal de .Xieolas de Baye (édit. A. Tuetey pour la Soc. de l'Hist. de France). Paris, 1885, 2 vol. in-v . t. I, pp. 206-207.

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environ huit heures, messire Loïz, fils du roi Charles V" ei frère

rmain du roy Charles régnant de présent, duc d'Orléans, comte « de Valois, etc., en revenant «le l'hostel de la Royne, qui est prés

de la porte Barbette, vers L'église des Blancs-Manteaus, accom-

paigné moult piteusement selon son est;it. c'est assavoir de trois • hommes à cheval et de deux à piet à une ou deux torches, devant o l 'ustcl dumareschal de Rieux, en smi aage de trente-six ans ou « environ, fusl par huict ou dix hommes armez qui estoient mussez

en une maison appelée L'ymage Nostre-Dame, estant devant h l'hostel dudit mareschal, et où les diz hommes avoient habité et « conversé repostement ' par huit ou quinze jours, tué et murtri...

etc... >> Ce qui signifie à nos yeux que, comme le corps du duc d'Orléans avait été transportée l'hôtel de Rieux, on a bien pu croire, dans le moment, que Le meurtre avait été commis à sa porte.

Bonaray invoque enfin, et tout particulièrement, les témoignages contenus dans Le rapport d'enquête du prévôt, notamment les dépositions de deux personnes Logeant à l'hôtel de Rieux : Jacquette Grillait, la femme d'un cordonnier, et Drouet, serviteur de Henri du Chastelier, échanson du due d'Orléans. Mais Bonamv confesse

s îtonnement de ne point trouver, parmi toutes les dépositions,

celle de Henri du Chastelier ni celle de l'écuver Jean de Rouvray, habitant aussi, l'un et L'autre, l'hôtel de Rieux, puisque, suivant le témoignage de Drouet. ces deux personnages étaient avec lui à une fenêtre, à regarder ce qui se passait au dehors. Peut-être ne voulurent-ils point déposer, ou, ce qui est plus probable, n'avaientils rien ;i déposer, pourla bonne raison qu'ils n'avaient rien pu voir.

Quoi qu'il en soit, le rapport d'enquête du prévôt ne contient que des dépositions incohérentes et confuses de petites gens, faciles à intimider, tout autant qu'à se gonfler d'importance, paraissant dire Ce qu'oïl a voulu leur faire dire. OU grossissant à plaisir, sinon imaginant, les racontars ei Les commérages de la rue. Pourquoi n avoir pas aussi bien recueilli les témoignages de gens plus élevés eu situation.' Leurs dépositions eussent-elles été compromettantes et

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