L'APRES-MIDI
Sous rOdéon, sentine de littérature, se gargarise, de sonnets si je ne m'abuse, tout un groupe bizarre. La nouvelle école, me dit-on. Ils sont une douzaine qui fument, avec une exquise maladresse (et combien de nonchaloir !) des cigares de dix centimes allumés en cuiller. Ils ricanent, et l'on dit qu'ils vont fonder une revue.
Cependant les petites filles apparaissent, bouffies et dodelinant, qui s'en vont chez monsieur le coiffeur. C'est deux heures de Taprès-midi.
Quelques étudiants vont, chez Vachette, au Soufflet et ailleurs, s'exaspérer dans un baccarat, où je jure que l'avantage demeurera au roumain, au valaque, au serbe, el à toutes les principautés danubiennes.
Les plus circonspects rentrent en leurs médiocres garnis (50 francs par mois) pour méditer les manuels et s'efforcer, aux mois d'hiver, d'allumer un coke rebelle. Mais bientôt hébétés par le subtil Cujas et par toute l'intrigue des hypothèques, ou encore découragés par le grand nombre de nos os qu'ont catalogués les maîtres, ils se munissent de pipes et de tabac et s'enfuyent les uns chez les autres. Encore pour franchir ces heures ardues de la digestion, ces rochers abrupts qui s'étendent de deux à six heures, leur faut-il parfois s'arroser d'alcool familial.