‹ Le quatorze juillet. Danton. Les loupsChapitre 117 sur 151 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

D'OYRON, TEULIER, VERRAT, CHAPELAS.

fficiers entrent cl sortent pendant tout L'entretien. Pas un mo- ;! cesser « I * - sentir le bouillonnement de l'année et du .tour de toutes ces conversation».

d'oYRON, ironique.

J'aime ces mots de paix dans la bouche du vieux diable.

Oui, l'union dans la haine, la seule qui nous convienne.

l'ennemi détesté qui nous entoure, nous nous dévo-

>uiiiie une troupe de loups qui manquent de

pâtui

Ml LIER.

dirait que <<>s pensées cruelles te réjouissent.

Homo homini lupus... cela esl vieux connue le monde.

je m'en étonner? Je ne déteste pas la baine, et je

omme vous me jalousez] Prenez garde :

n'étais plus là, c'est contre vous-mêmes que voustour-

- dents.

[*EU LIER

Tu blasphèmes. Jamais sentiment autre qu'une noble dation ne s'est élevé entre mes frères d'armes et moi. nons notn el -i nous cherchons à noussur-

-i pour le bien public.

D'OYRON.

Ail" ia lire. Vous feignez de vous entendre.

Mais il ne faudrait qu'une occasion pour faire éclater tout ce que vous avez accumulé de dépits, de rancunes, de petites jalousies, les uns contre les autres. Si vous n'étiez pas si occupés, vous verriez tout ce qui vous sépare. Mais l'ennemi nous bombarde ; et d'ailleurs, vous n'avez d'yeux en ce moment que pour moi. Vous ne me pardonnez pas d'être d'une autre race.

TEULIER, calme.

Tu te trompes, d'Oyron. Je ne fais pas de distinction entre la naissance d'un homme et celle d'un autre homme: je ne puis donc t'en vouloir de ton origine. C'est toi que je n'aime pas, et je te l'ai toujours dit en face. Je n'aime pas les aristocrates qui renient leur parti, sans avoir les vertus et l'âme d'un patriote.

d'otron.

Quels gages vous faut-il donc de mon civisme ? Ai-je jamais laissé échapper une occasion d'en donner des preuves? Va le demander plutôt à l'armée des Princes.

TEULIER, avec une nuance de mépris.

C'est vrai : tu n'as jamais épargné tes anciens amis.

d'oyron.

"Est-ce que cela te choque, par hasard?

TEULIER.

Peut-être. — Je les hais. Tous, nous avons des raisons pour les haïr. Mais toi, ce n'est pas ton rôle; qui t'oblige à le prendre ? Tout à l'heure, personne ne te forçait à te charger de cette expédition... Au reste, je ne devrais plus m'étonner, depuis cette affreuse poursuite à travers les \idennes. Spectacle lamentable ! Toute la vieille gloire de La patrie, — d'Harcourt, Vauban, Castries, — - pourchassés dans les bois, traqués par les paysans, trahis par leurs alliés, fous de honte et de peur, fuyant devant nos troupes sous les torrents de pluie, vêtus de loques sordides, transis. rongés de lièvre, mourant de fatigue et de faim, laissant à chaque pas, dans la boue des fossés et les immondices san

iler les misérables comme des bêtes crevées. Et parmi eux, ces femmes désespérées, qui pleuraient de mieffondrées dans la vase mangées de vermine, leurs robes de cour souillées, semblables à des haillons... Toute ma baine est tombée devant tant d'infortune. Mes soldats, silencieux, passaient, détourna ni les yeux pour laisser mourir en paix ces misérables. — Mais toi, tu t'acharnais contre eux. Tout ce qui vivait encore, tout ce qui pouvait encore souffrir, tout ce qui était hou pour la guillotine, tu le faisais entasser dans tes fourgons; et tu raillais les femmes sur leur linge sali, sur les trous de leurs robes, et leur peau grelottante qu'on voyait au travers.

Verrat se met à rire.

d'oyron.

Tu es trop sentimental. Teulier. Si tu étais tombé dans leurs mains, ils auraient eu moins d'égards. Tu ne sais pas quels cœurs féroces dorment sons les seins dodus de ces caillettes grassouillettes. Quand Erasme de Contades mettait à feu les chaumines de l'Ardenne, elles riaient à belles dents, 1'- mignonnes donl le- petits derrières te l'ont pleurer de pitié.

l'n (il.i. il a raison. Je réserve ma pitié pour des objets pins dignes.

< il kPELAS.

I tes appas plébéiens !

Tu i de moi, Cbapelas. Ne ris pas ; j'ai de l'im-

lé, moi aussi; il n'\ a pas de cœur plus sensible que ien. Seulement je -ni- pudique, je ne l'étal

mam le mien

t<Hll Mil

n'<oi!(.\. ., Teqlier.

( )n \«»it bien que tu n Teulier. .!«• ris-

que plusque vous ici. Je !<•- tu. Mai. où ils me tueront. Tu 'le quelle haine féroce h raffinée il- me pour-

suivent. Mon frère est le plus acharné. Il ne se passe .pas de semaine que je ne reçoive d'eux des libelles d'une perfidie atroce, des rendez-vous de femmes pour m'attirer dans des guet-apens, des lettres pour me compromettre, toutes sortes d'inventions savantes et diaboliques. Tu ne connais pas la puissance de mal qu'il v a dans un aristocrate.

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