SCÈNE \ I
LES PRÉCÉDENTS. — UN SOLDAT entre, hors d'haleine.
Citoyens !
Un courrier.
LE SOLDAT
QUESNEL
LE SOLDAT
C'est fait ! nous les avons !
QUESNEL
Les îles sont prises ?
LE SOLDAT
Vainqueurs ! Les sans-culottes ont repoussé les bienvètus. Nous les avons frottés et envoyés souper dans le Mein, la tête en bas, avec les carpes. Ah! citoyens, c'a été beau ! — Tu permets? la langue me colle... il boit au flacon
et dans le verre de Teulier. Toute la nuit, j'ai mangé des
cartouches. — L'île Kopf est à nous ! Tonnerre, quelle bataille !... Vous n'avez jamais vu ça, mes petits... Le commandant Verrat... ah ! le bougre ! c'est un lion ! on ne lui voit plus que les yeux; il est tout noir de poudre... Imagine, citoyen, ce que ce sacré bon gas a inventé pour nous faire passer. Pour détourner l'ennemi, tandis que nous allions sur nos radeaux, ce diable-là croisait dans le canal, entre la rive et l'île, sur un bateau avec trente hommes et deux pièces de canon, afin d'attirer sur luil'attcntion des Prussiens. Une heure, il est resté ; il attirait tous
les boulets sur lui avec ses grands bras : c'était à faire trembler ! Pendant ce temps, nous passions. Il n'a voulu revenir que quand le bateau coulait... El le combat après, corps à corps, comme des bêtes ! Verrat a scié la gorge au commandant ennemi... Si las que nous étions, fatigués à crever, nous l'avons pourtant porté sur nos épaules, comme un Romain, tout autour de l'Ile que nous venions de conquérir. — Il m'a dit de venir pour te raconter cela. Ça nie coûtait de partir ; mais quand ce bougre parle, il n qu'à obéir. — Ils font un bruit là-bas ! Ils l'acclament général !
Ql BSMEL.
C'est bien. Va prendre quelque chose à la cuisine, et retourne.