‹ Le quatorze juillet. Danton. Les loupsChapitre 19 sur 151 · UNE AUTRE PARTIE DE LA FOLLE · texte numérisé non relu

UNE AUTRE PARTIE DE LA FOLLE

Continuez ! Elle applaudit.

MARAT

Que m'importent les clameurs de ces traîtres, ces complices de la famine et de la servitude ? Ils vous volent ce qui vous reste d'argent avec le jeu, de vigueur avec les filles, de bon sens avec l'eau-de-vie. — Idiots! et vous venez vous mettre dans leurs mains, leur apporter vos secrets, vous livrer tout entiers ! Mais derrière chaque pilier, à chaque coin de café, à vos côtés, à votre table, un espion vous écoute, vous observe, note ce que vous dites, préparc votre perte. Fuyez cette sentine, vous qui voulez être libres ! Avant d'engager le suprême combat, commencez par faire le compte de vos forces. Où sont vos armes? Vous n'en avez pas. Forgez des piques, fabriquez des fusils... Où sont vos amis ? \ ous n'en avez pas. Votre voisin vous trompe. Celui qui vous donne la main, peut-être vous trahit. Vousmêmes, êtes- vous sûrs de vous-mêmes? Vous êtes en guerre

la corruption, et vous êtes corrompus. — , peuple. ^ ous protestez ? Si l'aristocratie vous offrait de l'or et de la ripaille, osez me jurer que vous ne deviendriez tous des aristocrates!... Nous ne m'imposerez pas silence. is entendrez la vérité. Vous ries trop habitués aux Qatteursqui vous courtisent et vous trahissent. Vous (Mes vains, vaniteux, frivoles; vous n'avez ni force, ni caractère, ni vertu. Toute votre vigueur se dépense en discours. Nous mous, incertains, sans volonté; vous tremblez devant le bout d'un fusil...

LA FOULE

Assez ! Assez !

Il Ut AT. '

Vous criez : Assez ! Et je le crie avec vous, je le crie plus fort que vous : Assez de vices, assez de sottises, assez de lâchetés ! Recueillez- vous, surveillez-vous, épurez-vous, retrempez vos âmes, ceignez nos reins! — 0 mes concitoyens, je vous dis vos vérités un peu durement ; niais i que je vous aime !

LV CONTAT

Regardez ! Il pleure maintenant.

M Ut\T.

On vous donne de l'opium. Moi. je verse dé l'eau-forte dans \os blessures, et j'en verserai jusqu'à ce que vous ience <!»' vos droits et de vos devoirs, jusqu'à ce que vous soyez libres, jusqu'à ce que von- heureux. Oui. en dépit de votre légèreté, voua -ère/ heu- / heureux, ou je ne serai plus !

Il finit, (es joues couvertes de larmes, U >>>iv cou] glots.

LA COKTAT.

Ses joues ruissellent de larmes. Ah ! qu'il est drôle !

LE l'Ii PLE, m . ui.irit.

Voilà un ami du peuple ! \i\.

II- l'entourent, le loulèYent, le mett ut mi qu'il et il-, le promènent quelqui

HULIN, remarquant une petite fille qui regarde Marat avec des yeux pleins de larmes.

Eh ! petite, qu'as-tu ? Tu pleures aussi ?

La petite ne détourne pas les yeux de Marat, que ses porteurs posent à terre. Elle court à lui.

LA PETITE JULIE, à Marat, joignant les mains.

Ne pleurez pas, ne pleurez pas !

MARAT, regardant la petite.

Qu'as-tu. petite fille?

JULIE

Ne soyez pas malheureux, je vous en prie ! . . . Nous seronsmeilleurs, oui, je vous promets, nous ne serons plus lâches, nous ne mentirons plus, nous serons vertueux, je vous jure!...

La foule rit. Hulin fait signe à ses voisins de se taire, pour ne pas troubler la petite. Marat. qui s'est assis, change d'expression en l'écoutant. Sa figure s'éclaire. 11 regarde l'enfant avec une grande douceur, et il lui prend les mains.

MARAT

Pourquoi pleures-tu ')

JULIE

Parce que vous pleurez.

MARAT

Est-ce que tu me connais ?

JULIE

Quand j'étais malade, vous m'avez soignée.

MARAT, l'attire doucement vers lui, la regarde dans les vcuà, lu écarte les cheveux.

Oui, tu te nommes Julie. Ta mère est hlanchisseuse. Tu as eu la rougeole, cet hiver. Tu avais peur. Tu criais dans ton lit que tu ne voulais pas mourir. Elle détourné la tête, il la serre contre sa poitrine, <n souriant. N'aie pas honte* — Tu me comprends donc, loi? Tu es avec moi? Sais-tu seulement ce que je veux ?

LE lï .11 ILLET 27

JULIE

Oui. je veux aussi...

Le reste de >a phrase -t1 perd dans un balbutiement.

lfARAT.

Qu'est-ce que tu veux ?

JULIE, relevant la tête el parlant avec une conviction qui fait sourire.

La liberté.

M Alt AT.

Pour quoi faire ?

JULIE

Pour la donner.

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