II
m effrayai! ; j<' n'ai pu m'empéibinet de toilette de
RRE.
[u'auriez-vous pu faire, s il ;i\>iit eu de mauvais
20i THEATRE DE LA RÉVOLUTION
ÉLÉONORE , embarrassée.
Je ne sais pas.
ROBESPIERRE, lui prenant la main qu'elle caehc derrière son dos.
Qu'est ceci ?
ÉLÉONORE, rougissant.
Un pistolet que Philippe a laissé sur la table, cette nuiU en rentrant.
ROBESPIERRE, le lui enlevant et gardant sa main dans la sienne.
Non, non, que ces mains ne se souillent point de ces objets de meurtre ! Même pour sauver ma vie, qu'elles ne versent point le sang. Qu'il reste au moins dans l'univers deux mains amies, deux mains innocentes, pour purifier le monde et le cœur de Robespierre de leurs destins sanglants, — quand l'œuvre sera accomplie.
ÉLÉONORE
Pourquoi vous exposer ainsi ? Vous provoquiez cet homme, et on le dit cruel.
ROBESPIKKRK.
Je ne crains point les sabreurs. Dès qu'on les sort du combat, leur force n'est plus qu'un fracas vide ; leurs genoux tremblent, quand ils sont en présence de cette puissance nouvelle pour eux, que leur fer n'a jamais rencontrée dans la mêlée: la Loi.
ÉLÉONORE
Le citoyen Fouché est aussi venu ; mais on ne l'a pasreçu, suivant vos ordres.
ROBESPIERRE
Ma porte est pour jamais fermée à celui qui déshonora la majesté de la Terreur dans les massacres de Lyon.
ÉLÉONORE
Il ne voulait point partir; il pleurait.
ROBESPIERRE, durement.
Le crocodile aussi pleure.
ÉLÉONORE
I! est allé chez votre sœur, la prier d intercéder pour lui.
ROBESPIERRE, changeant d'expression, inquiet, timide.
Vh! mon Dieu, elle va venir!... Le drôle lui a persuadé
qu'il l'aimait; elle ne l'estime point; mais des hommages
flattent toujours une femme, de quelque part qu'ils vien-
t . Elle prendra sa défense. Au nom du ciel, ne la laissez
entrer ! Dites-lui que je suis occupé, que je ne puis voir
personne.
ÉLÉONORE, souriant,
3 bravez tous les tyrans de l'Europe, et votre sœur fait peur.
ROBESPIERRE, souriant.
C'est une bonne femme, elle m'aime. Mais elle est si fai dousies continuelles, les scènes qu'elle fait à I moment, me rompent la tète. Je crois que j'accepte- - tout, pour qu'elle se tùt.
ÉLÉOHORJ
/ tranquille: maman est avertie, elle l'empêchera d'entrer.
ROBESPIERRE
Chers amis '. avec quel soin vous veille/ sur mon repos!
il i ONORl •
[S en sommes responsables envers la nation.
ROBl SPIERRB.
tel bien nif fait votre maison I <v>uel repos y goule mon
n'es! |>a> un égoïste abri loin des orages du dehors.
rande ouverte aux soucis de la patrie*; mais
il» prennent <mi entrant \>- ne sais quelle teinte auguste;
la destinée en homme, sans incliner la tête,
cl les eux. Je n ai jamais franchi ce seuil,
sans respirer dans l'air de cette cour, dans cette odeur de
paix <'t l ■ L honnête figure de Du-
play, la voix cordiale de votre mère, votre main, Éléonore, tendue vers moi avec un sourire fraternel, tant de lovale affection, me font connaître le bien le plus inappréciable, le plus rare, oh ! le bien dont je manque le plus et dont j'ai le plus besoin!
ÉLÉONORE
Quel bien?
La confiance.
ROBESPIERRE
ÉLÉONORE
A ous vous défiez de quelqu'un ?
ROBESPIERRE. ,
Je me défie de tous les hommes. Je lis le mensonge dans les regards, je vois la ruse embusquée sous les protestations. Leurs yeux, leur bouche, leurs serrements de main, leur corps tout entier ment. Le soupçon empoisonne toutes mespensées. J'étais fait pour des sentiments plus doux. J'aime les hommes, je voudrais croire en eux. Mais comment y croire encore, quand on les voit, comme moi, chaque jour, se parjurer dix fois, se vendre, vendre leurs amis, vendre leurs armées, vendre leur patrie, par crainte, par ambition, par débauche, par malfaisance ? J'ai vu trahir Mirabeau, Lafayette, Dumouriez, Custine, le roi, les aristocrates, les Girondins, les Hébertistes. Les troupes auraient livré vingt fois la patrie envahie, si elles n'avaient senti constamment derrière leur dos l'ombre de la guillotine. Les troisquarts de la Convention conspirent contre la Convention. Les vices sont à la gêne sous la discipline héroïque que la Révolution leur impose. Ils n'osent attaquer de iront la vertu ; ils se masquent de pitié, de clémence, pour tromper l'opinion, l'émouvoir en faveur des scélérats, l'exciter contre les patriotes. J'arracherai les masques, je forcerai l'Assemblée à voir ce qu'ils recouvrent : la face hideuse dé la trahison ; j'obligerai les complices déguisés des conspirateurs à les condamner avec moi. ou à périr avec eux : la République vaincra. Mais, ô Dieu ! parmi combien de ruines!
icc est comme l'Hyxlre. Chaque goutte de sang qui tombe fait naître de nouveaux monstres. Les meilleurs se
nt prendre, l'un après l'autre, à la contagion. Avanthier, Philippeaux ; hier, Danton: aujourd'hui, Desmoulins... Desmoulins, mon ami d'enfance, mon frère!... Qui trahira demain ?
ÉLÉONORE
Est-ce possible? tant de trahisons! Et vous en avez le» preuvi
ROBESPIERRE
Oui, et plus que les preuves: la certitude morale, cette lumière infaillible qui ne me trompe jamais.
ÉLÉONORE
Non. vous ne pouvez vous tromper: vous savez toutr ez au fond des cœurs. Hélas! sont-ils tous corrompi
ROBESPIERRE
Il v a quatre ou cinq hommes que j 'estime : l'honnête Couthon, insensible à ses souffrances, pour ne songer qu'à celles du monde; l'aimable et modeste Le lias ; mon frère, qui i 'i\. mais aime trop le plaisir: deux enfants et
un moribond.
El ÉOXOfl
Et Saint-Jusl
ROBESPU RRE.
Celui-là, je le crains. Sairit-Just, glaive vivant de la Révolution, ar implacable, qui me sacrifierait comme les
i d'airain. 'l'ouï le reste trahit. Gênés par doux de l'amour du peuple, ils travail-
rendr lieux. Les proconsuls de Marseille et de
couvrent leurs atrocités du nom de Robespierre. La
solution prend tour .1 tour le \ isage de la clémence
lui delà terreur. Que la lassitude m'accable un instant.
est lut de moi, c'en est fait de la République. Couthon
et mon frère sont deux étourdis. Saint-
Just est loin, et dompte les armées. Je reste seul au milieu de ces traîtres, qui tournent autour de moi, cherchant à me frapper par derrière. Ils me tueront, Eléonore.
ÉLÉONORE., lui prenant la main avec une vivacité juvénile.
Si vous mourez, vous ne mourrez pas seul.
Robespierre la regarde affectueusement. Elle rougit. ROBESPIERRE.
Chère Eléonore, non, vous ne mourrez pas. Je suis plus fort que mes lâches ennemis. J'ai avec moi la Vérité.
ÉLÉONORE
Ah ! quels soucis vous rongent, quand vous devriez être si heureux, vous qui travaillez au bonheur de tous ! Que la vie est injuste !
ROBESPIERRE
Je vous ai attristée. J'ai eu tort de flétrir votre confiance dans la vie. Pardon.
ÉLÉONORE
Ne regrettez rien. Je suis fière de votre confiance. Toute la nuit, j'ai pensé à ces pages de Rousseau, que vous nous avez lues hier. Elles berçaient délicieusement mon âme. J'entendais le son de votre voix, et ces tendres paroles... oh ! je les sais par cœur.
ROBESPIERRE, récitant, avec un sourire d'affection un peu mélancolique, un peu emphatique, sincère toutefois :
« La communication des cœurs imprime à la tristesse je ne sais quoi de doux et de touchant, que n'a pas le contentement, et l'amitié a été spécialement donnée aux malheureux pour le soulagement de leurs maux et la consolation
de leurs peines. » Eléonore. sa main dans la main de Robespierre, se tait, souriante et rougissante. ^OUS VOUS taisezP
ÉLÉONORE, récitant.
« Jamais ce qu'on dit à son ami peut-il valoir ce qu'on
sent à ses côtés ') »
MADAME Kl PLAT, du dehors.
Maximilicn, voilà Saint-Just.
Eléonore Be sauve.