SCÈNE IV ROBESPIERRE, SAINT-JUST
S it-Just entre tranquillement. Robespierre va au-devant de lui. lisse •it la main, comme s'ils m- retrouvaient après quelques heures d'ab-
SAINT-JUST
Bonjour.
ROBESPIERRE
Bonjour, Saint-Just.
Il- s'asseyent.
SAINT-JUST, le regardant avec calme.
Je mus content de te revoir.
ROBESPIERRE
Le Bas nous a écrit qu'il s'en est peu fallu que nous ne te ions plus.
Oui. Aprèt un silence. M faut des armes là-bas; l'armée manque «le fusils.
ROBESPIl RRE.
On j travaille, Paris entier y est occupé. On forge dans
s. Tout autre ouvrage esl suspendu. Tu as pu voir
«mi passant les menuisiers de Duplav fabriquant les bois de
tvaillént aui platines ; les enclumes
nnent sui les places publiqut
SAIHT-JUSTj après un silence.
I tes dh isions manquent de roui !.i campagne va s'ouvrir au plus
tard 'Lu I Tant de toute la France faire
affluer le
ROBESPIERRE
Les ordres sont donnés. La Francejeùne pour que ses soldats mangent.
SAINT-JIST.
Dès que vous n'aurez plus besoin de mes conseils, renvoyez-moi là-bas. Les premiers engagements seront décisifs. Il faut tendre tous les ressorts de l'action.
ROBESPIERRE
Cette vie ne t'épuise donc pas ?
SAINT-JUST, sincère, ardent, concentré, parlant sans aucun geste.
Elle me repose des discussions stériles. La pensée et Faction se confondent là-bas comme le choc des nuages et l'éclair qui jaillit. Chaque volonté s'inscrit sur le champ, pour l'éternité, dans le sang des hommes et les destinées du monde... Grandeur de la tâche ! Angoisse divine !... Dans la nuit, dans la neige, aux avant-postes de l'armée, sur la morne étendue de la plaine flamande, sous l'immensité du ciel glacé, je sens un frisson de joie me parcourir le corps, et mon sang battre à flots ma poitrine. Seuls, perdus au milieu des ténèbres de l'Univers, entourés d'ennemis, suspendus sur la tombe, nous sommes en Europe les gardiens de la Raison, la Lumière vivante. A chaque décision, nous jouons le sort du monde. Nous recréons l'Homme.
ROBESPIERRE
Heureux celui qu'un corps débile ne retient pas ici, loin de l'action !
SAINT-JUST
Qui agit plus que toi? La liberté du monde est bloquée dans Paris.
ROBESPIERRE
Ici on se sent flétri à combattre le vice. Il souille malgré soi. Je l'avoue, quand je vois la boue des crimes que le torrent de la Révolution roule pêle-mêle avec la vertu, je crains d'être sali aux yeux de la postérité par le voisinage impur des hommes pervers.
SAivr-ji m .
Mets la hache entre eux: et toi. Il ne faut toucher les impurs qu'avec le fer.
ROBESPIERRE
La corruption gagne tout. Des hommes sur qui je comp tais le plus. D'anciens amis.