XIX, 34; cf. I Jean, v
INTRODUCTION
la mort du Sauveur n'est pas supprimé dans le quatrième Évangile ^ ; il est présenté autrement que dans les Synoptiques et dans saint Paul, étant subordonné à l'idée générale de la vie spirituelle qui est entretenue par l'union au Christ et qui se manifeste dans la charité. Dans le récit de la multiplication des pains, aussi bien que dans celui de la dernière cène, l'évangéliste pense à l'agape en même temps qu'à l'eucharistie, et pensant à Tagape, il pense à la charité, dont l'agape, par son nom et en fait, est l'expression traditionnelle ^. 11 rassemble, dans sa conception symbolique, le pain et le vin, purs signes des réalités invisibles, la chair et le sang du Christ, figurés directement par le pain et le vin, l'esprit et la vie qui sont la chair et le sang du Christ glorieux, la communion à l'esprit et à la vie, qui s'effectue dans la participation au pain et au vin, chair et sang du Christ, la manifestation de l'esprit et de la vie dans la charité chrétienne, manifestation qui a son acte et son mystère, sa représentation sensible et sa source divine dans l'agape-eucharistie. La pensée de la mort n'en est pas plus absente que celle de l'amour : l'eucharistie est un don, c'est le Christ donné; du côté du Christ, elle est amour, et amour de celui qui a donné sa vie pour ses amis, elle est l'amour jusqu'à la mort; et elle réunit les fidèles dans cet amour extrême qui devient leur loi. Mais la mort de Jésus n'est pas considérée en elle-même, pour que l'on en garde le souvenir, ni même comme un sacrifice expiatoire pour que l'on en profite ; elle est, avant tout, une preuve d'amour; à ce titre, elle retient sa place commémorative dans le sacrement de la charité.
Telles sont les idées qui résument le discours sur le pain de vie et le discours après la cène. Il importe d'en bien comprendre le lien et la portée, si l'on ne veut mutiler le sens de ces textes importants. Ainsi l'on ne peut pas dire, sans beaucoup de restrictions, que la doctrine eucharistique de Jean est dominée par le souvenir de la multiplication des pains, tandis que celle de Paul est dominée par le souvenir de la dernière cène; que Jean sépare l'eucharistie de la passion, et qu'il en fait un repas joyeux où le Christ apparaît comme principe de vie, tandis que Paul maintient le rapport de l'eucharistie avec la dernière cène et la mort de Jésus ; que Jean néglige presque entièrement le souvenir de la pâque, tandis que Paul le fait valoir ^. Toutes ces antithèses ont plus d'apparence que de réalité. L'auteur du quatrième Evangile voit dans la multiplication des pains un symbole de l'eucharistie, mais son tableau de la dernière cène n'est pas moins eucharistique, si on l'entend bien, que les récits et discours du chapitre vi; il comprend aussi l'eucharistie comme un mémorial de la