IIOLTZMANN, II
INTRODUCTION
la communication de Dieu sous les espèces des choses terrestres. Et ce n'est pas seulement « pour les hommes de l'antiquité ^ » qu'une société religieuse n'est pas censée pouvoir subsister sans la participation de ses membres à des actes qui instituent et représentent sensiblement leur union.
L'union des fidèles à Dieu et entre eux dans le Christ, tel est le dernier mot de l'Évangile johannique. On a depuis longtemps remarqué, et l'on a même souvent exagéré la transformation que l'auteur fait subir à l'eschatologie synoptique. Pour se rendre compte de la distance qui l'en sépare, il n'y a qu'à comparer les discours après la cène avec le discours sur la fin du monde ^ qui sert de conclusion à l'enseignement de [Jésus dans les trois premiers Évangiles. Il n'est pas évident que l'auteur ait voulu réagir contre l'eschatologie apocalyptique et millénariste ^ ; mais il est certain que la parousie a perdu pour lui une grande partie de son importance et de sa signification. Le Christ prédit sa réunion future avec ses disciples, mais non pas son retour sur les nuées ; il reviendra habiter dans les siens par le Paraclet; il instituera en eux et par eux une société qui possédera la vie éternelle par la connaissance du vrai Dieu et par l'amour; l'Église perpétuera l'incarnation et réalisera le royaume des cieux ; l'Antéchrist est déjà vaincu en Satan par la mort du Sauveur ^; le jugement s'accomplit par la seule prédication de l'Evangile, les enfants de Dieu entrant dans la vie par leur adhésion au Christ, les incrédules étant déjà condamnés par le fait de leur incrédulité ; la vie que reçoit le fidèle est la vie éternelle, qui le rend vivant malgré la mort en sorte que celle-ci n'a plus de sens pour le chrétien ; la fin du chrétien, comme celle du Christ lui-même, est un passage à Dieu et à la gloire, non une interruption de la vie; la mort n'a pas plus de droits sur les enfants de Dieu que sur le Verbe incarné. Cette transposition psychologique et mystique de l'eschatologie primitive se rattache, en quelque manière, à l'idée synoptique du royaume de Dieu déjà présent mais elle la modifie profondément en l'intériorisant et en l'individualisant. Quant au royaume à venir, elle le renvoie aux dernières limites d'une perspective plus éloignée, et elle en mortifie l'attente en le faisant presque superflu. Il reste cependant, autant comme symbole que comme dernier achèvement de ce qui est acquis dans le présent. L'idée johannique de l'immortalité, qui rend la résurrection inutile, ne l'exclut