‹ Le quatrième évangileChapitre 104 sur 857 · Matth. xii, 28; etc · texte numérisé non relu

Matth. xii, 28; etc

pas, et elle la maintient, parce que, presque hellénique, elle n'est pas détachée entièrement de la tradition juive. Elle voit dans le Christ immortel Jésus ressuscité \ et elle n'arrive pas à une définition nette du rapport qui existe, pour les croyants, entre la vie éternelle et la résurrection dernière. L'idée de la vie résume tout et fait l'unité de la doctrine ^.

Nonobstant le recul de la perspective, on ne conçoit nullement comme indéfinie la distance qui sépare le présent de la consommation universelle. Le jugement final reste, comme la résurrection, bien qu'il n'ait plus d'autre raison d'être que de récapituler tous les jugements particuliers qu'amène la prédication évangélique. L'Antéchrist subsiste dans les faux frères, les hérétiques, le judaïsme, jusqu'à un certain point dans le puissance romaine, collaborateurs volontaires ou instruments inconscients de Satan ^ ; on ne voit pas néanmoins, dans l'Évangile, si le démon doit agir, à la fin, dans un individu, comme il a agi contre le Christ par Judas. Ainsi le cadre eschatologique demeure, bien que son contenu soit en partie spiritualisé et anticipé, en partie atténué et décoloré. Ce qui reste des données anciennes peut nous sembler insuffisamment lié à l'ensemble des conceptions, mais c'est par là que la théologie nouvelle rejoignait la tradition apostolique, et nul ne pensera que l'auteur ait été de ceux qui tenaient la résurrection pour acquise dans la régénération chrétienne.

Ce tempérament que la conscience du bien procuré par la foi apportait à l'ardeur des espérances eschatologiques, dans un temps où ces espérances ne pouvaient plus que succomber à la désillusion ou s'égarer dans le délire, ne contribuait pas seulement à la sécurité intérieure du fidèle, mais élargissait la morale chrétienne et l'avenir chrétien, rendait possible et justifiait en principe le développement du christianisme, donnait à la nouvelle religion la consistance d'un établissement terrestre. De même que le chrétien, au lieu d'observer les signes de la fin, de jeter sur le prochain avenir un regard anxieux, d'attendre de jour en jour la parousie, le grand jugement et le règne de justice, trouvait dans le présent tous les biens promis et devait réaliser en lui-même la vie éternelle, la société chrétienne devenait le royaume de Dieu sur la terre, et devait tendre à le réaliser de plus en plus. Grâce à cette absorption de l'espérance dans la foi, on concevait que les disciples fissent de plus grandes choses que le Maître, et qu'ils accomplissent son œuvre ; on avait l'idée

1. « Rejeter la résurrection des morts, c'était rejeter par le fait même la résurrection de Jésus, c'est-à-dire la pierre angulaire aussi bien de la théologie paulinienne que des croyances judéochrétiennes ; c'était tomber en plein docétisme. » J. Réville, 167.

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