‹ Le quatrième évangileChapitre 105 sur 857 · Cf. Grill · texte numérisé non relu

Cf. Grill

3. Signification typologique des Juifs, de Judas, des Romains, notamment dans la scène de l'arrestation, xviii, 3-6.

IINTRODUCTION

d'un progrès dans la pénétration et l'intelligence de la vérité salutaire, on avait des raisons de vivre et d'agir en ce monde ^ . Le moins ecclésiastique des livres du Nouveau Testament, si Ton veut voir avant tout dans l'Église une institution hiérarchique, est celui qui fournit à l'Eglise ses titres de légitimité, en montrant comment l'Église est le Christ toujours vivant, le royaume céleste déjà venu.

Par l'ensemble de sa doctrine, le quatrième Évangile a contribué plus que tout autre écrit du Nouveau Testament, même que les écrits de Paul, à implanter le christianisme dans le monde grec, à en faire la religion de l'univers. Précisément parce que l'auteur n'a pas cherché à réduire sa doctrine en un système logiquement équilibré, mais a simplement recueilli, dans la tradition du christianisme primitif, certaines idées fondamentales qu'il a traduites, pour ainsi dire, du sémitique en grec ^, il a produit une synthèse plus vraie et plus efficace qu'une combinaison savante. Par une sorte de sélection où un instinct supérieur, une inspiration de génie, a eu sans doute plus de part que le travail réfléchi de la pensée, il a extrait de l'Évangile primitif, oij l'image historique du Christ se reflétait sans être analysée, quelques notions essentielles sur la paternité de Dieu, la loi d'amour, le rôle universel de Jésus ; les dégageant de leur milieu et de leur cadre, il leur a donné la lumière, le relief dont elles avaient besoin pour frapper les esprits que la couleur juive de leur origine aurait plutôt rebutés; dans cette œuvre d'émancipation à l'égard du judaïsme, il suit Paul et s'instruit à son école, mais il le dépasse de tous les côtés ^. Il ne se contente pas de proclamer l'universalité et l'indépendance du christianisme, il l'introduit réellement dans ce qui était alors l'univers, en lui donnant la forme hellénique, ce que Paul n'avait pas fait et ne pouvait pas faire ; il est le vrai père de la théologie chrétienne, le fondateur du dogme chrétien, ou tout au moins du dogme christologique, en même temps que l'initiateur du mysticisme chrétien; si son action personnelle dans la propagation de l'Evangile a été certainement plus restreinte que celle de Paul, et peut-être a-t-elle été presque nulle, il a servi par son livre, autant que le grand Apôtre, la cause du christianisme. Bien qu'il fasse parler et agir Jésus comme Jésus n'a pas réellement parlé ni agi, le Christ ne laisse pas d'être vivant dans les discours et les œuvres qu'il lui prête. L'esprit de Jésus lui a suggéré ce qui convenait pour interpréter l'Evangile sans l'altérer.

Une question qui préoccupe et divise les critiques, qui inquiète les théologiens, celle des emprunts que l'évangéliste a pu faire à la spéculation hellénique, perd beaucoup de son importance lorsqu'on la ramène à ses

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