‹ Le quatrième évangileChapitre 106 sur 857 · IIOLTZMANN, loc . Cit · texte numérisé non relu

IIOLTZMANN, loc . Cit

justes proportions et qu'on la pose dans son vrai jour. Le quatrième Evangile n'est pas un ouvrage de philosophie abstraite, mais un livre de religion et un livre profondément chrétien. Il ne s'est approprié aucune théorie savante, pour y subordonner la tradition ; mais il éclaire la tradition par des éléments et des procédés que la sagesse grecque lui a fournis. Rien ne sera grec et alexandrin si l'idée du Logos, si le principe du symbolisme johannique ne le sont pas ; mais l'idée de l'incarnation et les symboles employés dans l'Évangile appartiennent à l'auteur et sont chrétiens. H y a transposition de doctrine et de méthode plutôt qu'emprunt dans le sens absolu du mot. Certes l'évangéliste n'entend pas transformer la tradition apostolique, pour la soumettre et se soumettre luimême aux théories de Philon. S'il nous paraît traiter librement les données qu'il trouve dans les Synoptiques, il en use de la même façon avec celles qu'il prend ailleurs, et même on doit dire que Philon se reconnaîtrait chez lui beaucoup moins facilement que Matthieu ou Luc. Il serait également faux de soutenir que l'Évangile johannique est un livre de gnose alexandrine, ou de prétendre qu'il ne doit rien à l'hellénisme, de ne voir dans son enseignement que « tirades philoniennes substituées aux vrais discours de Jésus ^ », ou d'affirmer que la théorie et le nom même du Logos appartiennent à la tradition apostolique.

L'idée du Logos est alexandrine, l'application qui s'en fait dans l'Évangile est johannique. On a vu plus haut comment le livre tout entier est dominé par la théorie de l'incarnation. Or cette théorie ne se trouve ni dans les Synoptiques, ni dans Paul, ni même dans l'Épître aux Hébreux. Elle n'est pas davantage, et moins encore, dans Philon. Mais Philon a le Logos, et il est assez risqué de vouloir que Jean ne doive rien à Philon, parce que Philon n'enseigne rien qui ressemble à l'incarnation, et qu'il répugnerait plutôt à cette idée. Le juif Philon n'avait pas à concilier avec sa propre philosophie la déification de Jésus. Mais l'idée d'un Verbe subsistant en Dieu, médiateur de la création, synthèse vivante et révélation de toute vérité, n'en est pas moins purement alexandrine etphilonienne. On a pu la rattacher au début de la Genèse, et c'est ce que fait l'évangéliste, mais on n'a pu la puiser en cet endroit, vu qu'elle n'y est pas contenue. Saint Paul, par l'idée de la préexistence du Christ et parcelle de l'homme céleste 2, les Actes, par l'emploi absolu du mot « parole » pour désigner l'Évangile 3, y conduisent, mais ne l'ont pas. L'Épître aux Hébreux, qui y atteint presque \ la doit à la même sourc;e que Jean. Si d'autres chré-

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