Cf. J. Réville
5. <c La grande question que l'on commence à débattre h l'époque où le quatrième Évangile voit le jour, ce n'est déjà plus l'apparition du révélateur divin sous forme humaine ; c'est celle-ci : la vie humaine, incarnée, du Christ, ii'a-t-elle été qu'une apparence... ou bien a-t-elle été réelle? Les docètes et bientôt la plupart des gnostiques enseignèrent la première de ces deux solutions, en fidèles continuateurs de l'idéalisme dualiste de la philosophie judéo-
johannique du Logos est originale, et qu'elle procède en partie de la philosophie alexandrine et philonienne.
Il est d'autant moins surprenant de trouver, chez l'auteur du quatrième Evangile, des idées empruntées au judaïsme alexandrin, que le principe qui gouverne toute l'économie de son livre, le principe de l'allégorie est tout hellénistique ^ Paul allégorise à la façon palestinienne, d'après la correspondance providentielle des prophéties et des types figuratifs avec la réalité annoncée. Jean allégorise à la façon alexandrine, d'après la correspondance des choses intelligibles avec les choses sensibles, du monde immatériel et idéal avec le monde terrestre et visible. La conception hellénique devient ainsi toute chrétienne par son application, puisque l'évangéliste s'abstient de ladévelopperen théorie philosophique et la transforme en principe de théologie mystique. Les idées deviennent la réalité divine^ éternelle et transcendante de la religion, dont l'histoire évangélique est l'expression sensible et figurée. Ce caractère particulier du symbolisme qui appartient au quatrième Evangile est beaucoup plus net et plus original que l'allégorie de Philon; il n'en est pas moins fondé sur une idée grecque ; car ce n'est pas Moïse, ou Isaïe, ou Daniel, mais Philon, qui voit la réalité des choses dans leur type éternel, et leur image ou leur ombre dans ce qui est demeuré pour nous la réalité. Et de même que la théorie du Logos, hardiment combinée avec la manifestation historique de Jésus, résume toute la doctrine johannique, le principe du symboHsme, résolument identifié à la parabole synoptique, règle toute la définition de cette doctrine. Cette théorie et ce principe sont étroitement liés, et ils viennent de la même source. L'auteur du quatrième Evangile traite la tradition synoptique comme Philon traitait l'Ancien Testament ; mais, en tant que théologien mystique, il est infiniment supérieur à Philon, et sa foi chrétienne introduit dans sa construction théologique et allégorique un ordre et une harmonie plus profonds que ceux d'une logique vulgaire.
Le rapport du quatrième Evangile avec le gnosticisme n'est pas plus difficile à déterminer que son rapport avec la philosophie judéo-hellénique. En tant qu'il met à la base du christianisme la connaissance de la vérité, c'est-à-dire des réalités suprasensibles dont le Christ est le révélateur ; qu'il emploie la langue des myst^ères et conçoit la religion du Christ comme une initiation sacramentelle à des secrets divins; qu'il semble partager les hommes en deux catégories irréductibles, enfants de Dieu et enfants du diable, Jean se rapproche de la gnose, et l'on peut dire qu'il puise aux mêmes sources. Mais comme il se garde bien de
hellénique. Le quatrième évangéliste lui est nettement contraire. » J. Réville, 106-107.