XXI, 24. Voirie commentaire
historique ; ce n'est pas Marie, mère de Jésus, dont Torigine terrestre n'importe pas au Verbe incarné ; c'est une création typique, qui entre dans le cadre de l'histoire évang-élique par son nom de mère et la signification qui s'y attache ; elle aurait figuré jdans le quatrième Évangile quand même les Synoptiques n'auraient rien dit de Marie. Le disciple bien-aimé serait à peu près dans les mêmes conditions ; il devrait au seul nom de disciple sa place dans le tableau évangélique, et il représenterait le christianisme spirituel, issu du Sauveur, comme la mère du Christ représente le judaïsme messianique, d'où le Christ est sorti. La seule différence qui existerait entre les deux types serait que la qualité de mère conduit nécessairement à une identification apparente avec la mère de Jésus, tandis que la qualité de disciple ne réclame pas une identification de ce genre avec un individu déterminé; elle l'exclut plutôt, parce que le christianisme spirituel, dont le disciple est la figure, est conçu comme postérieur à la prédication de l'Evangile par Jésus, et que les apôtres eux-mêmes ne semblent pas désignés pour le représenter ; le disciple anonyme en serait témoin par anticipation, mais l'objet même de son témoignage ne permettrait pas de le rattacher à un nom connu dans la tradition évangélique primitive.
Les passages de l'Evangile où l'on croit retrouver le disciple, et ceux où il est explicitement désigné, sont loin de prouver l'historicité de son personnage et son identité avec l'apôtre Jean. C'est lui, croit-on, qui était avec André, auprès de Jean-Baptiste, lorsque le Précurseur dit, pour la seconde fois, en montrant Jésus : « Voici l'agneau de Dieu ^. » Le commentaire montrera combien la description des rapports de Jésus avec le Baptiste est artificielle. Le disciple bien-aimé, si c'est lui qui est introduit si discrètement à côté d'André, intervient comme acteur muet dans une description non historique. S'il est le fils de Zébédée, on ne voit pas pourquoi il n'est pas nommé, ni pourquoi il est associé avec le frère de Pierre, au lieu de l'être avec son frère Jacques. Si l'Evangile a été écrit, au nom de Jean, par une autre personne, cette réserve est entièrement dépourvue de raison et contraire à toute vraisemblance. Au lieu de faire tant de mystères et de s'exposer ainsi à rendre l'attribution incertaine, l'auteur aurait plutôt donné relief au personnage de Jean ; la première précaution des écrivains pseudonymes est de mettre en plein jour le nom dont ils se parent ^ ; ainsi a fait, par exemple, l'auteur de la seconde l^pître de Pierre. Le procédé n'est guère plus intelligible si Jean lui-même est l'auteur du livre. Quelle espèce de modestie faudrait-il attribuer à cet apôtre, pour qu'il tût son nom et oubliât son frère, alors qu'on le verrait si préoccupé de se mettre en avant dans les récits de la passion et de la