‹ Le quatrième évangileChapitre 117 sur 857 · Cf. supr. p. 13, n · texte numérisé non relu

Cf. supr. p. 13, n

INTRODUCTION

quatrième Évangile ^ : on en conclura qu'il n'avait pas connu le Christ. Mais il a pu subir l'influence du livre mystérieux, sans l'avoir lu et sans en soupçonner l'existence. Quoi qu'il en soit, l'on s'habitua bientôt à l'idée que Jean était l'auteur de l'Évangile, et l'on arriva, en même temps, l'Évangile aidant, à la persuasion que ce Jean avait été apôtre. Personne n'en était sûr, mais presque tout le monde était disposé à le croire. Ignace, Papias, Polycarpe, Justin n'ont sans doute pas regardé le quatrième Évangile comme un écrit apostolique. Mais le contenu du livre, qui avait retardé sa diffusion et son crédit, plaidait maintenant pour lui ; sa doctrine entrait dans l'Église et servait de gnose orthodoxe, que l'on opposait à la gnose hérétique. Entré dans l'usage 'ecclésiastique, il sembla devoir être apostolique ; ceux qui avaient des doutes les comprimèrent ; ceux qui voulurent nier ne purent opposer à ce qui était déjà la tradition que des hypothèses. La contradiction des aloges ^ trouvait la tradition au dépourvu : pas une âme dans l'Église n'était en mesure de leur prouver par un témoignage historique incontestable l'origine apostolique et johannique du livre. De leur côté, les aloges n'avaient aucun renseignement positif sur sa provenance ; ils sentaient que l'authenticité n'était pas garantie, mais c'est probablement par simple conjecture, et pour opposer un nom à celui de Jean, qu'ils mettaient en avant Gérinthe. Leur négation a eu pour effet de rendre plus énergique l'affirmation commune. Certaines retouches, pratiquées d'abord dans le texte pour la conciliation avec les Synoptiques ^, n'ont pas été maintenues quand l'Évangile eut acquis définitivement sa place dans le canon.

Le livre avait fait lentement son chemin jusqu'à la reconnaissance définitive et la possession incontestée de l'autorité apostolique. Cette lenteur même a été la garantie de son succès et réduit à néant l'objection de ceux qui, appréciant de loin et vaguement les faits, pensent que l'Église n'aurait jamais accepté comme œuvre de l'apôtre Jean un évangile dépourvu d'authenticité. Le livre et l'Église ne se sont pas ainsi rencontrés inopinément, l'un voulant s'imposer à l'autre, et celle-ci interrogeant curieusement celui-là. Il y eut au début incertitude au sujet de l'auteur, et çàet là hésitation pour accepter l'œuvre ; mais cette incertitude et cette hésitation étaient plus instinctives que réfléchies. Nul ne songeait à discuter critiquement l'origine du quatrième Évangile. Dès que sa doctrine eut pénétré dans l'interprétation de la catéchèse apostolique, sa cause était gagnée. N'ayant pas d'objection contre le contenu du livre, on n'en avait

1. Cf. supr. p. d3, n. 3; p. 66, et le commentaire de ir, 20.

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