Cf. supr. pp. 2t et
pas contre le livre même. C'est une raison théologique qui attira l'attention des aloges sur l'insuffisance du témoignage traditionnel ; et ils ne firent pas valoir cette insuffisance, parce que la question d'authenticité, au sens moderne du mot, n'était pas plus nette dans leur esprit que dans celui d'Irénée. Ils arguaient d'erreur le quatrième Evangile, à raison de son rapport avec les premiers, qu'il semble contredire. Irénée le défendait comme œuvre de l'Esprit. Ni d'un côté ni de l'autre, on ne se rendait compte du problème historique et littéraire qui a été soulevé par la critique moderne; ce problème ne s'est jamais posé devant l'Église du second siècle, et il n'a pas été résolu par elle. Tout en s'appropriant la doctrine de l'Evangile, elle s'est habituée à le regarder comme un écrit de l'apôtre Jean. Cette persuasion, maintenant dix-sept fois séculaire, peut être appelée tradition ; elle ne peut être, au point de vue critique, un argument décisif en faveur de l'authenticité johannique du livre auquel elle se rapporte.
De l'Apocalypse, des trois Epîtres qui sont attribuées à l'apôtre Jean, l'on ne peut tirer grand éclaircissement touchant l'origine de l'Évangile. L'Apocalypse a été composée par un prophète chrétien nommé Jean \ qui a vécu en Asie mineure et qui paraît bien, lui aussi, n'avoir été ni apôtre ni disciple immédiat de Jésus ^. Ce Jean pourrait être le disciple dont Papias invoquait l'autorité ^. Toujours est-il que, dès le milieu du second siècle, on l'identifiait au fils de Zébédée ^ qui se trouvait par là en relation avec les Églises d'Asie. La date précise de l'Apocalypse était connue dans ces Eglises, ce qui induirait à croire que l'auteur aussi était personnellement connu. Si cet auteur n'était pa*fe un personnage apostolique, on comprend que la prophétie ne se soit répandue que peu à peu hors de son milieu d'origine, et qu'elle ait gagné du crédit à mesure que s'affermissait l'idée de l'attribution à Jean, fils de Zébédée. Il semblerait que cette attribution fût acquise avant celle de l'Évangile. C'est que l'Apocalypse avait un nom d'auteur et que la qualité de prophète se complétait heureusement par celle d'apôtre. Que cet auteur n'ait pu être en même temps celui de l'Évangile, ce fut pendant longtemps une opinion indiscutée parmi les critiques ^. On s'exagérait la différence d'esprit qui existe entre les deux ouvrages. L'eschatologie apocalyptique, disait-on, était purement juive et millénariste, le quatrième Evangile supprimait la parousie et le millénarisme. Puis certains critiques ont remarqué que