‹ Le quatrième évangileChapitre 13 sur 857 · Harnack · texte numérisé non relu

Harnack

5. C'est Épiphane qui, par un jeu d'esprit théologique, a qualifié de gens « sans raison » ces ennemis du Logos.

6. Epiphane, Haer. 51, 3, Xc'youai yàp [jlt] eivat aura 'Itoavvou, àAXà Krjpi'vGou,

xal où/, a^ia aura ipaatv etvai ev 6x.y.Xr]aia. 4. ifxxaxouat yàp oxt où CTU[xcpo>v£T rà auxoD

(3t6Xta TOÎç XoiTTOÏç à;:oaTo'Xotç,

7. Dans Irénée, Haer. III, 3, 4. Peut-être convient-il de noter que le trait de Jean refusant d'entrer dans les bains parce que Cérinthe y était n'a pas été recueilli par Irénée lui-même de la bouche de Polycarpe. Irénée se réfère aux auditeurs de Polycarpe. On peut se demander si cette histoire n'a pas été conçue contre les aloges.

8. Ilaer. m, 10, 1. u Hanc fidem annuntians lohannes, Domini discipulus, volens per euangelii annuntiationem aufcrrc eum, qui a Cerintho inseminalus eraL hominibus, errorem et multo prius ab his qui dicuntur Nicolaitae, qui sunt vulsio cjus quac falso cognominatur scientia, ut confundcret eos,... sic inchoavit in ea quae est scciuiduni euangelium doctrina : In principio eral Verbum. »

INTRODUCTION

dans l'Apocalypse des prophéties qui n'avaient pas de sens ni d'objet ^; ils reprochaient au quatrième Évangile de contredire les Synoptiques 2. Leur attitude à l'égard de ce dernier livre rend encore plus significatif, s'il est possible, le silence du millénaire Papias ; mais leur témoignage et celui des montanistes vont moins à dissiper qu'à accroître l'obscurité du problème johannique. Les montanistes ne procèdent pas directement du quatrième Evangile , puisqu'ils interprètent à faux l'annonce du Paraclet; ils ont pris ce livre parce qu'il avait cours dans l'Eglise, sans être instruits autrement de sa provenance et de ses doctrines. Les aloges en savaient-ils davantage? Ils ne semblent pas avoir contesté que l'apôtre Jean fût venu à Éphèse; ils ne songent pas à diminuer l'autorité du personnage à qui l'on attribue communément autour d'eux l'Evangile et l'Apocalypse, et peut-être reconnaissent-ils, comme Irénée, à Jean l'Ancien la qualité d'apôtre^; mais ils soutiennent que Jean est absolument étranger à la composition des livres qu'on veut mettre sous son patronage; ces livres ne sont pas de Jean, ils sont d'un hérétique bien connu, Gérinthe. Il est clair que si cette attribution résultait d'un témoignage traditionnel qui se serait conservé en Asie, les écrits johanniques n'auraient pas trouvé le moindre crédit dans l'Eglise. Tout porte donc à croire que les aloges, jugeant impossible d'admettre l'authenticité apostolique, ont fait une conjecture, et le raisonnement qui les a guidés n'est pas trop difficile à reconstituer : ces livres, qui favorisent l'hérésie et vont contre l'ancienne tradition évangélique, doivent être des écrits supposés, qu'un hérétique a voulu mettre sous le nom d'un apôtre ; or ce

1. ÉpiPHANE, Haer. 51, 32-34. Cf. Zahn, Geschichte, d. n. G. I, 224, 255-257; CoRSSEN, 52-54.

2. Epiphane, Haer. 51, 4. A propos de Jean i-ii, les aloges observaient : 01 àXXoi sùaYyeXiaxai cpàaxouaiv aùxov Iv ir^ èp7j(jLto :r£7rotr)X£vai Teaaapaxovxa f^jjLÉpa;, 7i2ipaCo[j.£vov U7c6 Tou ôta6oXou, xai xoxe u7ioaxp£<]^avxa xal 7rapaXa6dvxa xoùç |j.a67ixàç. A propos de la chronologie générale [Haer. 51 , 22) : oxi, ipaatv, ô 'Iwavvrjç sçr] Suo Kioyjx xov (Jtoxfjpa 7:£;rotT]X£vai £v 7i£pto8w £vtauxwv 8uo, ol Bè aXXoi eùayyzlici:(xi r.zpl évô; ndaya StTjyouvxai. Les exemplaires des aloges ne mentionnaient pas la pâque de Jean, vi, 4. Sur cette particularité, voir le commentaire de Jean, v, 1 et VI, 4.

3. Il est possible que la personne de Jean d'Éphèse soit restée en dehors de la controverse : les adversaires des aloges ne leur opposent pas de témoignages touchant le séjour de l'apôtre à Éphèse et la composition de ses écrits; cette abstention ne s'explique pas uniquement par le fait que les écrits étaient seuls en cause, mais par le défaut de témoignages certains sur les circonstances de leur origine. On peut se demander si l'Évangile ne s'est pas présenté aux aloges comme œuvre de l'apôtre Jean, sans aucun rapport avec le disciple d'Éphèse ou le séjour de l'apôtre Jean dans cette ville, ou bien encore accompagné d'une légende pareille à celle qu'on lit dans le Canon de Muratori, infr. p. 30.

rôle de faussaire convient à Cérinthe, qui avait sur le règne de mille ans les idées qu'on trouve dans TApocalypse ; et puisque TÉvangile est censé du même auteur, c'est que Cérinthe aura écrit les deux'. L'hypothèse est donc sans valeur historique en ce qui regarde Cérinthe, dont la gnose, autant du moins que nous la connaissons ^, ne s'accorde pas bien avec la doctrine de l'Evangile. Elle prouve seulement que les deux écrits, auxquels sans doute il faut joindre les Epîtres johanniques ^, se présentaient ensemble à l'acceptation du public chrétien, et que l'idée de

1. CoRSSEN, 56-59. Le millénarisme de Cérinthe résulte du témoignage de Denys d'Alexandrie (dans Eusèbe, Hist. eccl. vu, 25), qui emprunte ce renseignement aux aloges. Il est tout à fait remarquable, observe Corssen, que les aloges imputent à Cérinthe les imaginations millénaires que Papias attribuait à Jean l'Ancien. On pourrait dire, à la vérité, que les aloges ont fait Cérinthe millénaire parce qu'ils le supposaient auteur de l'Apocalypse; mais le contraire paraît plus vraisemblable.

2. Par Irénée, Haer. i. 26, 1 ; les Philosophumena, vu, 33 ; x, 21 ; Eusèbe, Hist. eccl. III, 28 ; vu, 25. D'après Cérinthe, Jésus était le fils de Joseph et de Marie. Dieu est inconnu ; il s'est révélé par l'éon Christ, identifié sans doute à l'Esprit qui est descendu sur Jésus lorsque Jean le baptisa. Jésus seul est mort, le Christ l'ayant abandonné sur la croix, et il est ressuscité. Sur le millénarisme de Cérinthe, voir note précédente. La gnose de l'hérétique est judaïsante et conséquemment peu conforme à l'esprit du quatrième Évangile. Mais sa théorie de l'incarnation correspond assez à la manière dont les aloges entendaient Jean, i-ii, reprochant à l'auteur de mettre les noces de Cana tout de suite après l'incarnation (Epiphane, Haer. 51, 18) : t6 eùayyéXiov xô eî; ovo[xa 'Itocxvvou, çaai', J/euBetat, [j.£Tà yàp t6 eÎTTtïv (( ô Xoyoç aàpÇ lys'veTO » xal oXi'ya Tivà eùôù; Xéyet, OTt yà[jLoç eyévsto sv Kava xfjç FaXiXai'aç, Rien dans l'Evangile ne prévient le lecteur contre cette interprétation, et l'on verra, dans le commentaire, qu'elle est conforme à la perspective apparente de l'incarnation du Verbe en Jésus. On remarquera aussi que, dans toutes les occasions où les Juifs font allusion aux parents du Sauveur, la réponse ne fait point appel à la conception virginale, mais seulement à l'origine éternelle du Christ : ces passjages de Jean (vi, 42-46; vu, 27-28, 41-42; viii, d4) étaient donc faciles à détourner au sens de Cérinthe ; même Jean, xix, 30, pouvait s'entendre du départ du Christ-Esprit. Les points de contact entre la doctrine de Jean et celle de Cérinthe étaient évidemment plus nombreux pour les aloges que pour nous, qui sommes habitués à expliquer l'Évangile par la tradition catholique, et il est possible que leur opinion se soit appuyée sur l'Évangile autant que sur l'Apocalypse.

3. Les aloges n'ont guère pu manquer de connaître les Épîtres, tout au moins la première, et ils ne les ont certainement pas acceptées comme authentiques. Mais il semble résulter de ce que dit Épiphane [Haer. 51, 34) qu'ils ne les ont pas attaquées. Corssen, 50, conjecture, peut-être sans nécessité, que les Épîtres n'étaient pas reconnues encore, comme œuvres johanniques, de la même façon que l'Évangile et l'Apocalypse.

INTRODUCTION

leur orig-ine commune était déjà ancrée dans l'opinion. Le seul fait de l'attribution à Gérinthe ne prouve pas l'antiquité de ces écrits ' ; car ce n'est pas à raison de leur antiquité, mais de leur contenu, que les aloges ont songé à Gérinthe. Mais il serait incroyable que les aloges eussent osé nier l'authenticité des écrits johanniques et risquer l'hypothèse violente ^ qu'on vient de voir, dans le milieu même où les livres avaient paru, si les circonstances de leur composition avaient été parfaitement claires; si l'apôtre Jean, vivant à Ephèse, les avait communiqués lui-même aux Églises d'Asie; si l'on avait été depuis longtemps en possession de ces documents et qu'on les eût tenus pour certainement apostoliques. Dès que l'on suspectait le témoignage de ceux qui les avaient présentés aux communautés sous le nom de Jean d'Éphèse, supposé apôtre, on ne savait plus rien.

N'y eut-il des aloges qu'en Asie mineure? Un peu plus tard, au commencement du ni^ siècle, le prêtre romain Gaïus ^, combattant, lui aussi, le montanisme, reproduisait les objections des aloges contre l'Apocalypse et attribuait comme eux ce livre à Gérinthe ; mais on ne dit pas qu'il ait osé s'attaquer à l'Evangile. D'autres cependant l'avaient fait avant lui, ou le firent à peu près en même temps, puisque saint Hippolyte, qui a écrit une défense de l'Apocalypse contre Gaïus ^, a écrit aussi une défense de l'Apocalypse et de l'Evangile ^. Il est probable qu'Hippolyte a composé cette dernière apologie contre des aloges romains, ou du moins il faut admettre que la polémique des aloges d'Asie mineure avait eu quelque retentissement en Occident. L'exemple de Gaïus est là pour montrer que l'impression reçue pouvait aller jusqu'à l'adhésion aux idées antijohanniques ^. Malheureusement les apologies d'Hippolyte ne

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