Cf. XV, 26; Hébr. i, 3; Prov. viii
a pas d'exception. Par une sorte de parallélisme antithétique, la proposition affirmative : « Tout est devenu par lui », est complétée par une proposition négative : « Et rien sans lui n'est devenu. » Si l'Evang-ile était à interpréter par Philon, il y aurait lieu de soupçonner que la matière pourrait n'être pas comprise parmi les créatures, ou que la proposition : (( tout ce qui est venu à l'existence », vise les différents êtres créés, non la matière d'où ils ont été tirés, et que cette proposition n'exprime pas l'idée absolue de la création ex nihilo. Mais Jean n'est pas un philosophe. Il sait que Dieu a créé le monde par son Verbe, et qu'il lui a suffi de dire pour que tout existât. La notion relig^ieuse de la création n'a aucun égard à la matière première. Dieu a dit : tout fut fait, la matière avec les choses, la matière dans les choses. Et cette notion se trouve être d'une meilleure philosophie que l'autre. Nulle part l'évangéliste ne donne à entendre que la matière du monde ait existé avant la création, et il donne à entendre positivement le contraire, car on ne voit pas ce que ferait la matière à côté de Dieu et du Verbe, « avant la fondation du monde ^ ».
On lit ordinairement : u Et sans lui n'est devenu rien de ce qui est devenu. » Cette construction paraît commandée par le sens. Il est d'autant plus surprenant qu'elle soit écartée par les autorités les plus anciennes, qui rattachent les mots : « ce qui est devenu », à la strophe suivante. On peut dire qu'il y avait à cet égard une tradition ferme jusqu'au iv^ siècle, quoique l'on ne s'accordât pas sur la façon de couper et d'entendre la proposition : « Ce qui devint en lui était vie. » Les uns rattachaient les mots « en lui » à « ce qui devint - » ; les autres, à « était vie ^ ». On a même exemple de la construction bizarre et visiblement fausse : « Et sans lui rien n'est devenu de ce qui devint en lui » La lecture ancienne a eu le malheur d'être exploitée par les hérétiques. Les gnostiques trouvaient dans ce membre de phrase leur éon féminin Zoé (la Vie), lisant : « Ce qui fut fait en lui (dans le Logos) était Vie. » Les manichéens y voyaient
1. Tcpo xaTa6oÀ^ç xoa[j.ou. xvii, 24, Cf. Grill, 93; et infr. p. 165, n. 1.
2. Valentiniens, Origène, s. Hilaire, ariens, pneumatomaques, manichéens. Origène se moque des gnostiques : Xz-^ixMQOLv oùv r)[j.îv ttoî; f] au^uyo; tou Xo^ou ^(ot) Yeyovev âv to) Xo^».), xai tcojç [j.aXXov tou Xo^ou t] ^wr] cpûç ècrti xtov àvôptoTitov. Brooke, I, 89.