‹ Le quatrième évangileChapitre 138 sur 857 · Defide, III · texte numérisé non relu

Defide, III

2. Origène, qui suit la leçon ^v, mentionne la variante saie, comme se trouvant (xai -rày^a où/ à;:t0àvojç) dans quelques manuscrits (Brooke, I, 84). Tischendorf adopte cette lecture, qui est celle du ms. Sinaïtique ; mais, si répandue qu'elle ait pu être dans l'antiquité, c'est une correction voulue de la leçon rjv.

3. S. Augustin et beaucoup d'autres après lui. « Recevons toutes les lumières que l'Evangile nous présente. Nous voyons ici que tout, et môme les choses inanimées qui n'ont point de vie en elles-mêmes, étaient vie dans le Verbe divin par son idée et par sa pensée éternelle. » Bossuet, Élévations, 12« sera. 10« élév. Cf. S. Thomas, Sum. theol. p. \ , q. 18, a. 4. E. A. Abbott, E. B. II, 1799- 4800) maintient la lecture : (( Ce qui fut fait en lui était vie », en supposant une antithèse entre ce qui a été réalisé éternellement dans le Verbe, et ce qui a élé fait par lui dans le temps; mais cette antithèse n'est pas indifpiée, et elle bouleverse la suite des idées.

sans lui de ce qui s'est fait; en lui était la vie », on n'a plus de difficulté ; l'idée est plane, et l'hérétique est confondu. La tradition finit par céder à l'utilité et à la facilité du sens K

Les interprètes modernes condamnent à la fois la construction et les interprétations anciennes. Il y aurait lieu de séparer celles-ci de celle-là. Les interprétations sont en désaccord avec le contexte ; mais la construction est réclamée par la loi rythmique du discours. De plus, la fermeté de la tradition à maintenir une lecture dont on ne percevait pas nettement le sens est un indice que la critique ne doit pas néglig'er. La construction peut être primitive, sans que les interprétations soient tout à fait justes. Et la leçon actuelle, si facile,, ne pèche-t-elle point par excès de facilité?

En complétant par : « de ce qui devint », la proposition : (( et sans lui rien ne devint », on ne fortifie aucunement le sens de cette propositit)n. Il n'y a là ni explication, ni emphase, mais simple développement pléonastique du discours Le membre de phrase s'alourdit et devient trop long". Tout lien est brisé entre la seconde strophe et la troisième. Celle-ci commence par une proposition boiteuse, visiblement trop courte, incomplète, et de sens indéterminé : « En lui était vie. » Il y avait de la vie dans le Verbe : ainsi la pensée de Fauteur, qui considérait le Verbe dans son rapport avec la création, remonte maintenant dans l'éternité, pour contempler de nouveau le Verbe en lui-même. Et tout aussitôt l'on retombe dans le temps, dans la création, sur la terre : la vie que l'on regarde dans le Verbe

1. La leçon vulgaire paraît avoir été adoptée d'abord en Égypte (peut-être dans larecension d'Hésychius). S. Ambroise {Ps. 36, 35) : (c Alexandrini quidem et ^gyptii (il s'agit des contemporains, non des anciens docteurs d'Alexandrie; ailleurs, De fide, III, 6, supr. cit., s. Ambroise dit : plerique docti et fidèles) legunt : Omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso fâctum est nihil quod factum est, et interposita distinctione subjiciunt : In ipso vita est. Salva sit fidelibus illa distinctio, ego non vereor légère : Quod factum est in ipso, vita est, et nihil habet quod teneat Arianus, quia non illius venena considero, sed lectionis sacrae consuetudinem recognosco. n

2. Quand même on admettrait, avec Baldensperger, 9, que sye'veTO av6p(o:i:oç, v. 6, vient en antithèse avec £v àpyji ô Xoyoç, pour marquer la supériorité absolue du Christ sur Jean-Baptiste, il ne s'ensuivrait pas que o yèyovsv ajoute quoi que ce soit à Fassertion générale xal y^wpi; aùtou i-^ivzxo oùBe ëv. L'addition n'aurait de sens que dans une hypothèse absurde, à savoir : s'il y avait des êtres incréés, non devenus, qui eussent acquis l'existence, c'est-à-dire fussent devenus, ])ar un autre (|uo le Verbe.

LE PROLOGUE

est présentée comme la lumière des hommes. L'harmonie est aussi défectueuse entre les deux membres de phrase que l'équilibre dans le premier, et la logique dans le rapport établi entre cette strophe et la précédente. 11 n'est pas non plus conforme à la pensée ni au style johanniques de dire qu'il y avait de la vie dans le Verbe; car le Verbe n'a pas la vie comme un don surajouté à son être ; le Verbe est la vie, comme il est la lumière.

La phrase : « Ce qui s'était fait en lui était vie », est susceptible d'un sens très facile et très naturel, qui s'accorde parfaitement avec le contexte, et qui est même, en quelque façon, réclamé par lui. Il n'y a qu'à lire : (( Ce qui était devenu, en cela était vie ^. » Rien n'est plus familier à l'auteur du quatrième Evang-ile que de placer ainsi, en tête de la phrase, une sorte de proposition absolue, et de continuer son discours en changeant le sujet. Quelques versets plus loin, dans la suite du prologue, on a un exemple de la même construction : « Mais ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » L'évangéliste va parler de ce que le Verbe a fait dans le monde créé par lui, et, pour désigner le monde, il emploie le terme que lui fournissaient les derniers membres de la strophe précédente. Comme il ne s'agit pas d'un rôle quelconque du Verbe dans le monde, et que la seule mission dont on veuille parler ici est l'incarnation, « ce qui est devenu » se trouve représenter le genre humain, ou la terre habitée par les hommes. Un parallélisme très régulier existe entre les deux propositions : « En ce qui était devenu », dans le monde, « il y eut vie », c'est-à-dire la manifestation du Verbe, qui est pour les hommes la source de la vie éternelle, et : « La vie était la lumière des hommes », la vie qui apparaissait dans le Verbe incarné était pour les hommes la lumière du salut.

Les commentateurs ont souvent cherché à reconstituer, au

1. Lecture proposée dans la première pubHcation de ce commentaire du prologue johannique. Revue cP histoire et de littérature religieuses, 1897. La même interprétation a été défendue depuis par Van IIoonackku, Le prologue du quatrième Evangile [Revue d'histoire ecclésiastique, II, i), et par Jannaris, St John's Gospeland the Logos [Zeitschrift f.d. n. Wissenschaft^U, 1901, i, 24).

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