Harnack, 289; Zahn, I
3. D'après Harnack, 284, vers 150-155 ; d'après Zaun, Forschiingen, I, 268, 291, II, 292-297, avant la mort de Justin, c'est-à-dire avant 105 ; d'après Kukula- Tatians sogenannte Apologie (1900), p. 52, vers 172-173.
cite même une fois sans le nommer K On observera cependant que si le Diatessaron prouve que nos quatre Evangiles, et ceux-là seulement, étaient alors consacrés par Tusage ecclésiastique, il prouve aussi que Tidée de ce canon était encore assez flexible. Très peu de temps après sa rédaction, si ce n'est tout aussitôt ^, le Diatessaron est devenu TEvangile officiel, on pourrait dire canonique, de l'Église syrienne, laissant les Evangiles séparés en dehors de l'usage liturgique, c'est-à-dire de la canonicité efTecti^^e. L'Evangile tétramorphe devenait ainsi une compilation analogue à celle du Pentateuque, qui se recommandait par elle-même, et qui, à proprement parler, n'avait pas d'auteur. Le procédé sans doute est oriental, et les Eglises du monde gréco-romain ne semblent pas avoir été tentées de s'y conformer. Cependant l'œuvre de Tatien, qui n'était pas un essai de concordance entre les quatre Evangiles, comme l'entendent les modernes, mais la fusion des quatre Evangiles en un seul, ne se comprend que si l'Eglise, jusqu'à une époque très voisine du Diatessaron, n'avait attaché qu'une importance secondaire au titre particulier de chaque livre, et par conséquent à ce que nous appelons l'authenticité, pour considérer leur objet et la conformité de cet objet avec la tradition de l'enseignement apostolique. Le développement de la controverse avec les gnostiques, en obligeant l'Église à délimiter le recueil des Écritures du Nouveau Testament, l'amena aussi à considérer plus attentivement les questions d'origine et d'attribution. Par sa façon de traiter les Évangiles, sinon par la date de son travail, Tatien se rattache au début de cette évolution, lorsque, le choix des Évangiles ecclésiastiques étant arrêté, l'individualité de chacun, s'il est permis de s'exprimer ainsi, n'avait pas encore eu le temps de se fortifier.
L'évolution est accomplie chez Irénée, qui tient pour sacramentel le chiffre des quatre Evangiles ^ et qui s'intéresse en même temps à la per-
i .Orat. \ 3 . y.cù xoSto èanv apa xo s'.pr][j.£vov f) axott'a xô çw; où zaxaXaii.6avet. Cf. Orat. 5, 49, Citation analogue de Jean, xvi, 2, dans la lettre des martyrs de Lyon (EusÈBE, Hisi. eccl. v, 1, 15) : sjrXTjpouxo 5e xo utïÔ xou xupt'ou fjjjLwv eîpT)- ^Évov, oxi âXsuaôxai xaipo; sv o) r.àc, ô à;co/.x£tva; ujxaç BoÇst Xaxpstav Tîpoaçspetv xû ôsto. Un peu plus loin, dans le même document (22), allusion à Jean, vu, 38 (et xix, 34) : U7i6 xfjç oùpavi'ou ^rjy^ç xou uôaxoç xrjç Çojt); xou èÇtovxoç Ix x^; vr)Buo; xou Xpia- Tou. Celse, vers 176-180, paraît avoir connu Jean comme évangile ecclésiastique.
2. Il est très probable que Tatien a composé le Diatessaron en syriaque, pour l'Église d'Édcssc. Cf. Zahn, Geschichte d. n.C. I, 409-425, et H jelt, Forsc/iungen, VIII, i.
3. Haer. ni, 11, 8-9. è^eior) xéaaapa xX([i.axa xou xo'ajxou, ev o) èa[i.év, eîai', xal xéaaapa xaGoXtxà ;i:ve;i[jLaxa, xaxéaTiaaxai 8è 7) sxxXr)ata ItcI TràarjÇ xi^'; yf]';, ctxuXo; xs xat <jxrjpty[JLa èxxXrj'ïta; xô suay^eXiov xaî :;v£U[j.a ^tofjç* eîxo'xfoç xçaTapaç è'/^eiv aùxrjv (jxuXquç,
INTRODUCTION
sonne de leurs auteurs. Mais on sait déjà que ce ^rand témoin de l'authenticité johannique n'a rien à dire sur les circonstances dans lesquelles le quatrième Evangile a vu le jour. Il affirme que l'auteur de l'Évangile est l'apôtre Jean ; il dit aussi que Jean a écrit pour combattre Gérinthe ^ Cette dernière assertion n'est pas présentée comme traditionnelle ; elle ne semble pas fondée en réalité, vu que, si Jean n'enseigne pas l'hérésie de Gérinthe, comme le prétendaient les aloges, il ne paraît pas davantage soucieux de la combattre ; il paraîtrait plutôt l'ignorer. Il est assez probable que l'évêque de Lyon, qui manquait de témoignages historiques pour réfuter les aloges, aura conclu de ce que racontait Polycarpe touchant la rencontre de Jean avec Gérinthe ^, et des passages du quatrième Evangile qui se trouvent condamner la doctrine de celui-ci, que l'auteur de l'Evangile, bien loin d'être Gérinthe, avait écrit pour le combattre. Irénée ferait un argument ad hominem^ en opposant à l'hypothèse des aloges une hypothèse toute contraire ^. Il est évident que, si l'intention de polémique contre Gérinthe avait été connue avec certitude dans les Eglises d'Asie, les adversaires du quatrième Evangile auraient cherché un autre nom que celui de cet hérétique. Ge qu'Irénée dit de Matthieu et de Marc vient de Papias ; de Luc il ne sait rien, si ce n'est que cet évangéliste était disciple de Paul, renseignement qu'il a pris dans les Epîtres de l'Apôtre ; il déclare que « Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposa sur sa poitrine, publia lui aussi, un Évangile, étant à Éphèse en Asie ^ ». Mais cette notice ne contient pas autre chose que l'attribution de l'Évangile à Jean d'Éphèse, avec un trait emprunté à l'Evangile même, non à une tradition ferme sur la composition du livre. On dit volontiers, pour faire valoir le témoignage d'Irénée, que celui-ci
TcavTay^dôev Tivlovra; t7;v à^ôapai'av xai àvaÇtoTiupouvtaç xohç àvôptoTîOuç. wv cpavepov OTi ô Twv àxàvTtov TsyviTrjç Xoyoç, ô xa6r{[xevoç stti ta yspouSipi,.,.. sBtoxsv f,[j.tv xsTpà- [xopçpov TO Euay^eXiov évi 8s ;îveu[a.aTi auvsydjj-svov... xai yàp xà )(£pou6i[x xsxpaTipdawxa... xouxojv §£ ouxto; l^dvxtov, [xàxaioi ruàvxsç xal à^ioLdeXq Trpoas'xtSs xat xoX[j.7]poi oi àOexoùvxsç xrjv îôsav xou eùayYeXi'ou xal eVxe TiXeiovaei'xs IXàxxova xo)v etpri[j.£vojv Trapsiacpépovxeç xoiv eùayyeXiwv zpoaoSxa. Ces raisonnements peuvent prouver que le canon évangélique était alors bien arrêté ; mais ils prouvent aussi le défaut de toute préoccupation et de tout sens historiques.