‹ Le quatrième évangileChapitre 16 sur 857 · Cf. CoRssEN · texte numérisé non relu

Cf. CoRssEN

5. Haer. m, 1,1. sTîeixa 'Iwavv7]ç, ô [j.a6r]X7]; xou xupiou, ô xai Ini xô ax^'Ooç aùxou àvaTceaojv, xal aùxôç IÇéBtoxs x6 eùayyéXiov ev 'Eçéato xfjç 'Aata; 8iaxp['6tov. Les notices concernant Matthieu, Marc et Luc se trouvent au même endroit (Eusèbe, Hist, eccl, v, 8, 2-4).

n'a pu se tromper sur la qualité du personnage que ses maîtres, Polycarpe, Papias, les presbytres d'Asie, désignaient unanimement comme l'auteur des écrits johanniques. La discussion des témoignages a montré ce que vaut cette désignation unanime. Il faudrait plutôt s'étonner qu'un homme tel qu'Irénée, si soucieux de la tradition ecclésiastique, si curieux des témoignages anciens, et qui a grandi en Asie mineure, soit si peu informé de ce qui concerne l'activité littéraire de Jean. Selon toute vraisemblance, les souvenirs qu'il gardait de l'enseignement de Polycarpe ne lui apprenaient rien à ce sujet ; il ne trouvait rien non plus dans Papias touchant l'Évangile, bien qu'il ait pu apprendre de cet auteur la date de l'Apocalypse et le vrai chiffre de la Bête ^ ; mais les presbytres, et Irénée après eux, ne savent pas interpréter ce chiffre ^, en sorte que le rapport de ces presbytres avec l'auteur de l'Apocalypse devient sujet à caution. Il n'est pas téméraire d'affirmer qu'Irénée ne tient de son origine asiatique, de ses rapports avec Polycarpe et les chétiens d'Asie mineure, aucun renseignement particulier sur l'Evangile johannique. On doit le considérer comme témoin de l'opinion communément reçue dans l'Eglise au temps où il vivait, non comme un témoin hors de pair, qui aurait été instruit par Polycarpe de tout ce que celui-ci devait connaître, sur les œuvres de Jean, par ses rapports immédiats avec l'apôtre. Autant que l'on en peut

1. Ap. XIII, 18. Irénée défend le chiffre 666 et combat ceux qui lisent 616 [Haer. v, 30. 1) : « His autem sic se habentibus et in omnibus antiquis et probatissimis et veteribus scripturis numéro hoc (666) posito, et testimonium perhibentibus his qui facie ad faciem lohannem viderunt, et ratione docente nos quoniam numerus nominis bestiae, secundum Graecorum computationem per literas quaein. eo sunt, sexcentos habebit et sexaginta et sex,... ignoro quomodo ignoraverunt quidam, sequentes idiotismum et médium frustrantes numerum nominis, quinquaginta numéros deducentes, pro sex decadis unam decadem volentes esse. » La date de l'Apocalypse est indiquée un peu plus loin [Haer. V, 30, 3 ; dans Eusèbe, Hist. eccl. v, 8, 6) : fjjxeïç oùv oùx à7ïa-/iv5uveuotj.ev zspl Tou ôvdjxaxoç xou àvxty^piCTTOu à7roçaivo[j.£voi [3£6aia>TiX(oç. et yàp ISsi àvaipavBov xû v5v xatpw XTjpuxxsaÔai xouvojjLa aùxou, Ôt' èxstvou av IppÉGr) xou xai X7]v à;ioxaXu!]^iv iwpaxdxo;' oùhl vàp :zp6 TToXXou y^pdvou IwpàÔT], àXXà aysSov ItcX xfjç 7]ijL£X£pa; ysvsaç, Tcpô; xw xéXei x% Ao[xixtavou ap/^T^ç. L'autorité de ceux qui avaient vu Jean n'est pas invoquée pour ce dernier renseignement ; mais Irénée a dû le puiser à la même source que le témoignage des anciens touchant le nombre 666. Cf. Harnack, 331, 656.

2. C'est ce qui résulte de Haer. v, 30, 3, supr. cit. A moins d'admettre que l'auteur même de l'Apocalypse ne savait pas lui-même la signification du chiffre et l'avait reproduit d'après une tradition antérieure, ce qui est de toute invraisemblance (cf. BoussET, Die Offenbarung Johannis, 430, 435-436), l'ignorance des anciens est significative. Ci. supr., p. 11, n. 2, et p. 13, n.3. Irénée (Zoc. ci7.) propose, comme ses conjectures personnelles, les noms Eùavôaç, T£Îxav, AaxEïvo;, dont aucun n'est acceptable.

INTRODUCTION

juger, Irénée n'avait rien appris de Polycarpe, et Polycarpe ne savait rien de particulier sur l'origine des écrits johanniques, tout au moins de l'Évangile. On peut être étonné d'un pareil état de choses ; on peut se demander comment il se fait que Polycarpe, Papias et les hommes de leur génération, vivant en Asie mineure, dans le pays même où les écrits johanniques ont été composés et qui a été leur centre de diffusion, aient été si mal instruits à leur sujet ; on peut dire que, nonobstant ce phénomène étrange, l'affirmation d'Irénée, qui perd beaucoup de sa signification comme témoignage personnel, garde sa valeur comme témoignage ecclésiastique et simplement traditionnel; on peut soutenir que cette opinion commune, attestée par Irénée, doit avoir un fondement historique et qu'elle demeure par elle-même une autorité. La tradition n'en reste pas moins inexpliquée, du moment que la chaîne testimoniale des trois noms Jean-Polycarpe-Irénée se trouve rompue.

Ce qui est certain, c'est que la notion du canon évangélique est désormais fixée, c'est que l'on affirme l'authenticité des Evangiles, à l'appui de leur canonicité qui est devenue indiscutable. Depuis combien de temps le canon avait-il pris cette forme arrêtée ? Au moins depuis qu'Irénée avait atteint l'âge d'homme K Mais le témoignage d'Irénée ne prouve pas qu'il

1. L'âge d'Irénée a été longuement discuté en ces derniers temps, surtout par Harnack, 324-356, et par Zahn, Forschungeh, VI, 27-40 (et déjà dans Forschungen, IV). Cet âge se détermine surtout d'après ce qu'Irénée dit lui-même dans sa lettre à Florinus (Eusèbe, Hist. eccl. v, 20, 5) : eTSov yàp as Tiaïç ïxi oW Iv xrj xàtCL) 'ÀCTta Tcapà IloXuxaputi), Xa[x7:pojç Trpoéaaovxa Iv [3a(jiXiy.r] aùXf^. xal rsipoS- [xevov eùBo/ctfjLEÏv ;rap' aùxto, et dans Haer. III, 3, 4 : IIoXuxapTroç où [xovov uto ârcoaxdXwv jj.a9r]X£u6£tç >cai auvavaaxpaçsiç ttoXXoÎç xoïç xôv Xptaxôv Itopaxdatv, àXXà /.ai ut:6 aTcoaxdXojv xaxacjxaôsi; sî; xfjv 'Aaïav Iv xf} Iv S[j.upvri l/.y.Xrjai'oc snhy.OKoq, ov xal rjiJLSiç ItijpaxajjLSV Iv x^ Trpwxr] TjpLÔv TjXixcoc, lizl 7t:oXù yàp Trapépisivs, xai Tràvu yripaXso;, IvBd^ojç xal iTciyavlaxaxa [j.apxupr]'aaç IÇfjXôe xou [3iou. Irénée a pu, dans sa jeunesse, voir Polycarpe, parce que celui-ci est mort très vieux, à quatre-vingt-six ans (cf. supr., p. 8, n. 3). Le martyre de Polycarpe a eu lieu le 23 février 155. Irénée, qui a connu Polycarpe dans ses dernières années, étant lui-même enfant et dans sa première jeunesse, a dû naître vers 135-140. Florinus est tombé vers 190 dans l'hérésie valentinienne ; comme on doit lui supposer dix ou quinze ans de plus qu'Irénée, il sera devenu hérétique vers soixante-dix ans. Ces données s'accordent, et l'on a vu plus haut ce qu'il faut penser des « apôtres» qui ont mis Polycarpe sur le siège de Smyrne. Zahn ne réussit pas à rendre plus exact le langage d'Irénée sur ce dernier point, et il détruit le sens naturel de passages où l'évêque de Lyon raconte ses souvenirs personnels, lorsqu'il fait naître Florinus vers l'an 100, Irénée vers 115, et suppose que Florinus était mort quand Irénée lui écrivit. Ce qu'Irénée dit de l'Apocalypse, composée « il n'y a pas longtemps, presq :.e de nos jours », n'a aucun rapport avec la date de sa naissance. Mais comme il s'exprimait ainsi vers 185, et

faille remonter beaucoup plus haut : Févêque de Lyon suppose que la tradition de l'Eglise n'a pas dû changer ;que les quatre Évangiles ontété reçus partout dès qu'ils ont été écrits \ et il ne voit pas les faits qui contrediraient sa thèse. L'origine du quatrième Évangile et celle de la tradition qui l'attribue à l'apôtre Jean n'en sont pas moins obscures. La conviction d'Irénée paraît fondée, d'un côté, sur l'usage ecclésiastique, de l'autre, surl'Évangile même, et rattachée à ses souvenirs d'Asie : l'Évangile est autorisé dans l'Eglise, donc apostolique ; il se présente comme l'œuvre d'un compagnon et d'un ami du Christ, donc d'un apôtre ; cet apôtre, d'après une tradition qui provient du même endroit que le livre, s'appelait Jean ; Polycarpe avait connu un disciple du Seigneur, qui portait ce nom ; Papias parle de ce Jean ; d'où il suit que l'Évangile est de l'apôtre Jean, qui a été le maître de Polycarpe et de Papias. Tous les éléments de cette synthèse ne sont pas également solides, et quand même ils le seraient, la conclusion n'échapperait pas encore aux prises de la critique. Il est toujours permis de se demander deux choses : si l'attribution à Jean, qu'il soit apôtre ou disciple, offre des garanties suffisantes, bien qu'on ne puisse alléguer en sa faveur ni Polycarpe, ni Papias, ni aucune autorité antérieure à l'an 150 ; et si, sous le couvert du nom de Jean, une confusion ne s'est pas faite entre l'apôtre, fils de Zébédée, et le disciple d'Éphèse, Jean l'Ancien.

Dès le temps d'Irénée, l'on commençait à suppléer aux lacunes du témoignage historique par des légendes qui trouvaient crédit auprès des personnages les plus respectables. Polycrate d'Éphèse, dans sa lettre au pape Victor, vers 190, défend l'observance pascale des quartodécimans en énumérant tous les hommes célèbres qui l'ont recommandée de leur exemple. Ces

que l'Apocalypse, d'après lui-même, a été écrite vers 96, on doit voir simplement, dans cette façon de parler, une preuve de la facilité avec laquelle il abrège les distances et supprime les intermédiaires, sans parti pris et inconsciemment, lorsque la tradition est en jeu. Les détails donnés dans la suite de la lettre à Florinus montrent qu'Irénée était encore tout jeune quand il connut Polycarpe : ses souvenirs concernant le saint martyr sont, dit-il, de ces premières impressions qui se gardent le mieux ; il lui semble encore le voir et l'entendre dans sa prédication ; mais de rapports suivis, d'enseignement de maître à disciple, il n'est pas question. Irénée était encore trop jeune pour être vraiment le disciple de Polycarpe, et il ne prétend pas l'avoir été. Il est le témoin de la tradition ecclésiastique dans les années 460-200.

1 . Uaer. ni, 1,4. <( Non enim per alios dispositionem salutis nostrae cognovimus quam per eos per quos euangelium pervenit ad nos : quod quidem tune praeconaverunt, postea vero per Dei voluntatem in scripturis nobis tradiderunt, fundamentum et columnani fidei nostrae futurum... Qui quidem et omnes pariter et singuli eorum habcnles spiritum Dei » (suit la notice sur les quatre Évangiles, supr. cil. p. 25, n. 5).

I?<TRODUCTION

gloires de TAsie sont Philippe, « un des douze apôtres », qui est enterré à Hiérapolis, et ses trois filles ; puis « Jean, qui a reposé sur la poitrine du Seigneur, qui fut prêtre portant la lame d'or, et martyr et docteur, qui est enterré à Éphèse ^ » ; viennent ensuite Polycarpe, Thraséas et autres saints du second siècle. On notera que Jean vient après Philippe et n'est pas qualifié d'apôtre ; mais ce disciple qui a reposé sur la poitrine du Christ ^ est visiblement Fauteur du quatrième Évangile; il est dit martyr à cause du préambule de TApocalypse ^, ou par allusion à la légende de Thuile bouillante ; on reconnaît dans le docteur le maître de Papias et de Polycarpe ; et cet évangéliste, ce martyr, ce docteur apparaît dans le costume du grand prêtre juif, avec la lame d'or sur son turban, et l'inscription : « Consacré à lahvé ^ ». Un trait semblable a été imaginé pour Jacques frère du Seigneur ^. Il n'est pas possible d'y voir un souvenir historique ; il n'est pas probable non plus qu'on doive le mettre en rapport avec le passage de l'Evangile où il est dit que le disciple anonyme était connu du grand prêtre . Jean est conçu comme pontife, et on lui en donne les insignes ^. La seule tradition propre-

1. xal yàp xa-à tt]v 'Aaïav ]xz-^<xkc(. axoiy^sîa x£xo''[jLr]Tai, àitva àvaaTrj'asTai Trj rj^iépa t:^; Ttapouataç tou xupi'ou,., ^Cki^-Kov xôv xôiv BoSBsxa à7io(JTû7tov, 6? xsxoi'fxrjxat èv 'Ispa- TrdXst,... £Ti Se xaî 'Ioxxvvt]; ô Itz\ t6 axfjôoç tou xupi'ou àvaTisaojv, oç ây^^^^^ lepeùç to TcéxaXov Tzecpoprjxoji;, xal [j-apiu; xat ôiBaaxaXo;" ouxoç iv 'Eçéaw x£xoi'[Ji7)xai* k'xt Bs xat IIoXuxapTioç xxX. Dans Eusèbe, Hist. eccl. v, 24, 2-4.

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