‹ Le quatrième évangileChapitre 159 sur 857 · Cf. V, 27; VIII, 40; et sw/)r. p · texte numérisé non relu

Cf. V, 27; VIII, 40; et sw/)r. p

2. Cf. II Clem. 9, 5, supr. cit. p. 3, n. 3. Maldonat, II, 414 : « Veram egorationem (quamobrem Joannes potius dixerit Verbum caro, quam Verbum homo factum est) esse arbitrer quod hominem Verbo opponere voluerit, id est infimuin summo. » Maiscen'est pas pourmarquer un abaissement du Verbe ; c'est plutôt parce que le mot avÔptoxoç n'aurait pas signifié assez nettement l'humanité réelle et n'aurait qu'insuffisamment distingué le Verbe-Christ du Verbe éternel (Baldensperger, 35). Le Logos de Philon est dit avôpwxoç [supr. p. 121). S. Paul donne le même nom au Christ préexistant; cf. I Cor. xv, 45-49.

3. oç £v [J-opcp^ Oeou uTiapyjjjv âauTov âxsvfoasv |[j.opcpr]V SouXou Xa6ajv, IxaTist-

vojaev lauTOv y£vo[j.£vo; uTîTjxooç [J-é/pt Ôavaxou. Phil. h, 0-8; cf. II Cor. viii, 9. Sur les diverses conceptions de la kénose, voir Nitzsch, Lehrbuch der evangelischen Do(/matik, 480-482.

LE PR0LOGUË

vue de vérité. Les Evangiles synoptiques montrént Jésus agissant : c'est le Christ de l'histoire. Paul et Jean complètent cette connaissance historique par une notion métaphysique de la personnalité suréminente de Jésus : cette notion peut servir à interpréter les faits, mais ne doit pas servir à les altérer ou à les supprimer. Les deux écrivains comparent les états du Christ, son état éternel et son état temporel, et la comparaison affecte nécessairement la forme d'une histoire successive, dont l'état éternel constitue le premier moment. Mais on n'est pas autorisé à transporter dans l'ordre des faits ce qui est relation métaphysique, ni dans l'ordre métaphysique ce qui est matière ^e fait. Le dépouillement du Fils de Dieu fait homme et son incarnation expriment la relation de la divinité avec l'humanité de Jésus, non une transformation réelle de sa vie divine. C'est l'adaptation de la théologie à l'histoire, du transcendant au sensible : ce n'est pas matière d'histoire, ni d'observation critique.

En disant que le Verbe a demeuré parmi nous, l'évangéliste se ^ place au point de vue de la manifestation publique du Verbe en Jésus, point de vue qui domine tout le prologue et rend oiseuse la discussion sur le rapport de l'incarnation, regardée comme fait initial de la vie du Sauveur, avec la donnée synoptique de la conception virginale. Le Verbe a demeuré parmi nous, comme autrefois Dieu, présent dans l'arche, habitait au milieu de son peuple ^ Le mot « nous » se rapporte à la génération contemporaine de Fauteur, spécialement au cercle des disciples, puisque ce sont ces derniers seulement dont on peut dire qu'ils ont vu la gloire du Verbe incarné. L'évangéliste parle comme un témoin oculaire de la vie de Jésus, et les personnes qu'il s'associe doivent être dans les mêmes conditions. Toutefois, la distinction des anciens disciples qui ont vu, et des fidèles qui depuis ont cru sans avoir vu, n'est pas accentuée dans ce passage, si bien que le témoignage apostolique, le seul qui serait visé si l'on interprétait le texte à la rigueur, se confond, dans la perspective, avec le témoignage de la chrétienté contemporaine, pour constituer l'attestation unique de ceux qui ont vu ou voient le

1. V. d4. y.ai lax^vtoaev Èv T][j.tv, <( Credo.... voliiisse Joannem verbo a tabernaculo deducto sig^nificare Verbiim Dei non tancjuam indigonam in patria sua, sod tanquam hospitem et peregrinum in aliéna a})ud nos ad tempus tantum habitasse. )) Maldonat, II, 415. Cf. II PiEH. I, 13. Il peut y avoir aussi réminiscence

d'EcGLI. XXIV, 8.

vrai Christ. La distance qui sépare Tâge proprement apostolique de l'époque plus récente où écrit l'auteur est hardiment supprimée, ou nég-lig-ée comme n'important pas à la signification du témoignag-e.

Les témoins de Jésus ont vu la gloire du Verbe incarné, c'est-àdire la gloire du Verbe en tant qu'elle s'est manifestée dans les miracles, l'enseignement, la mort et la résurrection du Christ. Ils ne l'ont pas seulement contemplée de leurs yeux, ils en ont eu l'intelligence et ils en ont recueilli le fruit. Cette gloire n'est pas simplement la gloire de 'Dieu, ni les attributs divins du Verbe, mais tout ce qui a paru de divin dans la carrière terrestre de Jésus. Tout cela, considéré comme un reflet de la gloire dont Je Verbe jouit éternellement près de Dieu, est la gloire qu'ont vue les disciples du Sauveur. C'est une gloire telle qu'un fils unique peut la recevoir de son père. Les mots « unique » et « père » sont ici des termes de comparaison, quoique la pensée de l'évangéliste se porte, en fin de compte, sur l'unique Fils qu'est Jésus et l'unique Père qu'est Dieu ^. Jésus est le Monogène divin, le seul Dieu né de Dieu; à ce titre il participe infiniment k la gloire divine, tout comme un fils unique recueille en partage les. biens de son père. Car il s'agit toujours du Verbe incarné, de la manifestation temporelle de la gloire du Verbe en Jésus Fils de Dieu ^. Le Verbe fait homme a paru, à ceux qui ont vu sa gloire, tout rempli de la grâce et de la vérité divines ^. La grâce et la vérité ne sont pas précisément la bonté miséricordieuse et la véracité de Dieu ^, mais les dons divins du salut. La « vérité » ne désigne pas seulement ici la véritable connaissance de Dieu, mais la réalité des biens supé-

1. [jLOvoYEvouç Tûapà r.axpoç. L'absence d'article oblige à considérer ces mots comme noms communs ; le mot « père » est employé plus loin avec l'article (v. 18) pour désigner le Père céleste. Il devrait en être de même ici, pour le cas où 0); ne serait pas un terme de comparaison et serait à traduire par « en qualité de ». Cf. B. Weiss, 69 ; Holtzmann, 36. Noter combien cette allusion à la dignité du Fils unique est plus intelligible et naturelle s'il a été question de la filiation divine du Christ dans le v. 13.

2. « Loquitur autem Johannes, ut opinor, de Verbo etiam quatenus homo erat : nam etiam ut homo unigenitus erat Dei et omnem ejus gerebat gloriam. » Maldonat, II, 417.

3. Les mots Tzl-i'^pric, /apiTo; xal àXrjOeiaç se rapportent logiquement à I0eaaa[j.£8a T7]v oo'Çav auTou. Pour l'emploi irrégulier du nominatif dans un cas semblable d'apj)osition, cf. Marc, xir, 40; Phil. m. 19.

4. Le raj)prochemcnt avec « la miséricorde et la fidélité », nON**! TOn, si souvent mcnlionnécs dans l'Ancien Testament, a donc plus d'apparence que de réalité. Cf. Ghill, 103.

LE PROLOdtJË

rieurs. Ces biens étaient dans le Verbe incarné 2^our être comniuniniqués à ceux qui voudraient le recevoir.

C'est au Verbe incarné que Jean-BajDtiste a rendu témoignag-e, ou plutôt, pour parler comme TEvang-ile, qu'il « rend témoig-nag-e ». Le point de vue idéal de Févang-éliste apparaît clairement en cet endroit. Jean-Baptiste lui sert d'arg-ument, et voilà pourquoi Jean-Baptiste parle maintenant; il témoig-ne pour les lecteurs de l'Evangile. Il dit du Verbe incarné, en se référant à une déclaration antérieure, parallèle à ce qu'on lit dans les Synoptiques ^ : « C'était lui dont j'ai dit : Celui qui vient après moi est passé devant moi, parce qu'il était avant moi 2. » On ne peut voir dans ces paroles qu'un résumé du témoignag-e rendu à Jésus par Jean-Baptiste, et dont on lira plus loin le détail. Ce résumé ne laisse pas d'être fait selon l'esprit de Févang-éliste, plutôt que selon la lettre des discours attribués à Jean par la tradition. Pour en bien comprendre la portée, il faut distinguer, dans l'exposé du quatrième Evangile, deux moments qui correspondent à ce que les Synoptiques racontent touchant les discours de Jean sur le Messie, et le baptême de Jésus. De même que Jean- Baptiste dit dans les Synoptiques, avant que Jésus se présente au baptême : « Un plus fort que moi vient derrière moi, et je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers » ; de même, dans le quatrième Evangile, le Précurseur, avant d'avoir vu Jésus, a fait une déclaration touchant le Messie plus g-rand que lui-même, qui vient après lui, et il explique cette supériorité du Messie à venir par son origine éternelle, circonstance qui n'est pas dans les Synoptiques, mais qui est en rapport avec la doctrine générale du quatrième Evangile, notamment avec les jDrincipes formulés dans le prologue. La rencontre avec Jésus est arrivée ensuite. Parmi les trois Synoptiques, Matthieu seul fait entendre expressément que Jean a reconnu le Messie en Jésus, et le quatrième Evangile s'accorde ici

\. Cf. Marc, i, 7-8; Matth. m, 11; Luc, m, J6.

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