B. Weiss, 71. Baldensperger
5. 7rpo)Toç équivaut ici Tcporepo;. Il ne semble pas qu'on soit autorisé à introduire d'autre idée que celle de priorité, et à parler de primauté absolue. Le Messie est dit premier par rapport à Jean-Baptiste. Si <( premier » signifie (( supérieur », le dernier membre de la phrase n'explique plus le précédent et ne fait que le répéter.
LE PROLOGUE
L'idée serait singulièrement affaiblie si la préexistence était indiquée dans les deux membres de la phrase : « il s'est trouvé avant moi, parce qu'il était avant moi. » Jean ne proclamerait pas la supériorité du Messie sur lui-même, son précurseur; et l'expression : « il est devenu avant moi », conviendrait assez peu pour désig-ner l'activité du Verbe avant l'incarnation, en tant que l'évang-éliste voudrait aborder ce sujet. Si on la rapporte à l'orig-ine même du Verbe, elle est encore moins satisfaisante et favorise l'interprétation qu'en donnaient les ariens : le Verbe aurait été créé avant Jean-Baptiste. Telle n'est pas la pensée de l'auteur.
Ge témoig-nage du Précurseur est ordinairement regardé par les interprètes comme distinct de celui qui est rapporté ensuite. Les uns j voient un discours que Jean-Baptiste a réellement tenu dans une circonstance donnée K Les autres y voient une pure fiction de l'évangéliste, qui a prêté à Jean sa propre conception du Verbe éternel ~. D'un côté, on essaie de prouver que Jean a pu prendre dans l'Ancien Testament l'idée du Messie préexistant, ou la concevoir par illumination prophétique ^, et tenir le discours qui lui est attribué. D'autre part, on allègue le rapport étroit de ce témoignage avec l'ensemble du prologue, dont la doctrine ne peut, sans la plus grande invraisemblance et sans une sorte d^anachronisme flagrant, être jugée celle du Précurseur. Il ne semble pas que cette discussion ait une raison d'être; car Févangéliste ne prétend pas reproduire des paroles qui auraient été prononcées dans une circonstance donnée, mais le sens général du témoignage rendu à Jésus, c'est-àdire au Verbe incarné, par Jean- Baptiste. Le témoignage est analysé dans le prologue par manière d'argument ; il n'est pas surprenant que cette analyse porte la marque de celui qui l'a faite et qui l'adapte à sa démonstration. Elle indique la portée que prend le témoignage du Précurseur dans la pensée de Févangéliste. Une référence directe à l'histoire serait inexplicable en cet endroit et y introduirait un désordre réel ^, tandis que, si le témoignage du Baptiste est visé dans son objet et ses conséquences, non