‹ Le quatrième évangileChapitre 163 sur 857 · V. 16. xal yâptv àvxl yôi.pixo · texte numérisé non relu

V. 16. xal yâptv àvxl yôi.pixo

4. Les anciens interprètes qui ont voulu trouver là deux grâces différentes sont très divisés sur l'objet de l'une et de l'autre : grâce commune et grâce prophétique, grâce et gloire, grâce de l'Ancien Testament et grâce du Nouveau. « Dequorumdam interpretatione qui exponant (/ra^iam pro gratia, id est gratis, aut gratiam non pro natura sed pro gratia, et ut illi dicunt, sub ratione gratiae, nihil dico gravius quam esse subtilem. » Maldonat, II, 424. Pour le sens de : (c grâce sur gràcç », on renvoie à Philon, Caïn, 43, où la même locution se trouve.'! propos de gi'âces incessamment renouvelées. La « plénitude » (7tX7)ptoij.a) dont ilest question au v. 16est celle ({ui a été signalée au v. 14 (jrXTjprjç /ccptioî xiÀ.), et a conséquemment pour objet la grâce apportée par le Verbe incarné, non la révélation de la Loi avec celle de l'Evangile (Baldensperger, 51).

LË PROLOGtJÉ

« grâce » désigne en premier lieu les biens de l'Évangile, et en second lieu la Loi. On va présenter la Loi comme un don, c'est-à-dire une grâce, dont Moïse a été l'intermédiaire, et à cette grâce on opposera l'Évangile, qui est « grâce et vérité », c'est-à-dire, en suivant bien l'antithèse, la réalité spirituelle de la grâce dont la Loi n'a été que la ligure ^ Le sens pourrait donc être : « Nous tous » qui croyons, (( nous avons reçu de la plénitude » du Verbe incarné « une grâce pour une grâce », la vérité de la grâce au lieu de son image, que Moïse avait donnée aux Juifs -, Le rapport logique entre ce qui est affirmé d'abord touchant la grâce procurée par le Verbe fait chair, et ce qui est dit ensuite de la Loi et de cette grâce, sera beaucoujD plus naturel et plus étroit si l'une et l'autre sont d'abord signifiées dans la formule : « grâce pour grâce ^ » .

La grâce est par excellence le don du Verbe fait chair. Si la Loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus- Christ. L'évangéliste ne veut pas tant prouver la supériorité de Jésus-Christ sur Moïse, supériorité qui n'a pas même besoin d'être indiquée, puisque Jésus-Christ est le nom historique du Verbe incarné, que faire ressortir la prééminence de l'Evangile relativement à la Loi. Qu'est-ce que la Loi, sinon la volonté de Dieu manifestée au peuple juif par le ministère de Moïse? Ce que Jésus apporte n'est pas un commandement, mais un don véritable, le don du salut, la vraie grâce, le don de la vérité, de la pleine connaissance de Dieu; et c'est aussi la véritable révélation, le vrai salut dont la Loi n'était, pour ainsi dire, qu'une ombre. La Loi réclame des serviteurs, et les serviteurs ne savent pas ce qui fait leur maître ; les disciples de l'Évangile sont les amis de Jésus, qui leur a révélé tout ce qu'il a appris de son Père La grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ, qui les possède en plénitude ^ : on ne dit pas

- 1. Baldensperger, 49,

2, Aphraates, ap. Resch, 62 : <( La vérité de la Loi est arrivée par Jésus- Christ »,

3, V, 17, oTt ô vo[j.oç Bià MoUasw; èoo'Orj,

fj /apiç xal î] àX7]'6£ta 8ià 'IrjaoO' XptaToO' èysvsTO.

La conjonction oxt est explicative de ce qui précède, et il semble que Ton a dû parler de la Loi auparavant,

4, XV, il).

'■). Noter la correspondance de ce qui a été dit au v, 14: « plein de gr\ce et de vérité », avec ce qui est dit de « la plénitude » du Christ, au v. 10, et de « la grâce et de la vérité », au v. 17.

A. LoisY. — Le quatrième Évangile, 13

qu'elles ont été données, comme la Loi, et ce n'est pas seulement parce que l'idée de don est déjà contenue dans le mot de grâce ^, mais parce que la grâce n'est pas un don qui serait censé en remplacer un autre et se manifester une fois pour toutes ; elle est un don unique en son genre, inépuisable dans sa distribution, perpétuel dans sa durée, qui n'est venu et ne vient, ne se réalise que par le Christ

En introduisant le nom de Jésus-Christ, Tévangéliste touche au terme qu'il poursuivait depuis le commencement du prologue : l'identification expresse du Verbe éternel avec Jésus de Nazareth, le Messie. Désormais il ne sera plus question du Verbe, et Jésus occupera seul l'attention du lecteur; mais celui-ci est bien averti de ce qu'est Jésus, et si le nom même du Verbe ne se rencontre plus dans la suite, la doctrine du prologue ne cessera pas de dominer les récits et les discours qui constituent l'Evangile spirituel

Une seule chose reste à dire, pour expliquer en quoi consiste la vérité procurée aux hommes par Jésus, le Verbe fait chair, et comment lui seul a pu la leur communiquer ^. Nul homme, pas même Moïse, n'a pu voir Dieu en son essence. Il n'y avait pour le révéler aux hommes que le Monogène divin, qui est dans le sein du Père. C'est par lui que l'on connaît Dieu véritablement, par lui seul qu'on peut le connaître. Il est l'unique révélateur, comme il est Tunique sauveur. Il est la vie, la lumière, la grâce; il est la vérité. Avec ce dernier trait, les prémisses de l'Evangile sont définitivement posées; la démonstration va se faire par le détail, au moyen de faits choisis et de discours appropriés, jusqu'à ce qu'on arrive à la conclusion : « Ceci a été écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, croyant, vous ayez la vie en son nom ^. )>

Dieu est invisible par nature. Nul mortel ne l'a contemplé. Comment faut-il comprendre les théophanies de l'Ancien Testament ? Les j

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