Cf. XVII
LE TÉMOIGNAGE DE JEAN-BAPTISTE (Jean, i, 19-34.)
Après avoir signalé, dans la seconde partie de son prologue, rimporlance capitale du témoignage rendu par Jean-Baptiste à Jésus, l'auteur du quatrième Evangile analyse le contenu de ce témoignage et en détermine les circonstances. Une première fois, devant les députés du sanhédrin envoyés pour l'interroger sur sa propre mission, Jean a professé ouvertement que lui-même n'était pas le Christ, mais que le Christ était déjà présent, sans qu'on le connût^; le lendemain, apercevant Jésus, il l'a désigné à ses propres disciples comme le Messie attendu ~. La seconde déclaration complète la première, et les deux réunies constituent le premier argument de l'évangéliste en faveur de la filiation divine de Jésus et de l'incarnation du Verbe.
I, 19. Et voici quel fut le témoig^nage de Jean, lorsque les Juifs députèrent vers lui, de Jérusalem, des prêtres et des lévites, pour lui demander: « Qui es-tu? » 20. Il avoua, et il ne nia pas; il fît cet aveu : « Je ne suis pas le Christ. » 21 . Et ils lui demandèrent : « Quoi donc? Es-tu Elie? » Et il dit : « Je ne le suis pas. — Es-tu le prophète? » Et il répondit : « Non. » 22. Alors ils lui dirent : « Qui es-tu?... pour que nous donnions réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même? » 23. Il dit : « Je suis une voix qui crie ^ dans le désert : Dressez le chemin du Seigneur, comme l'a dit le prophète Isaïe. » 26. Et il y avait des envoyés qui étaient pharisiens; 25. et ils l'interrogèrent et lui dirent : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n'es ni le Christ, ni Elie, ni le prophète? » 26. Jean leur répondit en disant : <( Moi, je baptise dans l'eau; au milieu de vous se tient, sans que vous le connaissiez, 27. quelqu'un ^ qui vient après moi,
.3. <p(i)V7] (3o(T)VTo;, (( une voix de criant ».
4, oTibo) [J.OJ èpyofjLEvo; B). D'autres témoins ajoutent l'article devant oTriato. Texte reçu ; aÙTo'^ saiiv ô oMao) [j.ou èpy^ofjievoç, £jj.7:poaGlv jxou yÉyovev, Vulgate ;
LE TÉMOIGNAGE DE JEAN-BAPTISTE
dont je ne suis pas digne de dénouer le cordon de soulier. » '28. Gela se passait à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait.
L'évangéliste annonce avec une certaine solennité le témoignage précieux qu'il va reproduire, et il fait ressortir dès l'abord le caractère officiel de la première déclaration, provoquée par l'ambassade des « Juifs ». Dans sa pensée, les Juifs sont les habitants de Jérusalem et de la Judée, représentés par le grand conseil ou sanhédrin, et en même temps le peuple de l'ancienne alliance, en tant qu'il entre en rapport et en opposition avec le christianisme naissant. Dans les Synoptiques, les partis juifs, sadducéens, pharisiens, hérodiens, sont nettement distingués ; on y indique même les trois classes du sanhédrin : cnefs des prêtres, scribes ou docteurs de la Loi, anciens du peuple. L'action des différents groupes se dessine, et l'histoire apparaît dans sa multiple variété. Le quatrième Evangile considère de plus loin et de plus haut les hommes et les choses ; du point où il les regarde, il voit surtout la rencontre du peuple juif avec le Messie, et les préliminaires de cette rencontre dans la prédication de Jean-Baptiste. Il faut supposer que la renommée du Précurseur est venue jusqu'à Jérusalem, qu'on y a parlé de son enseignement, du royaume de Dieu qu'il annonce comme prochain, de la pénitence qu'il réclame, du baptême qu'il confère. Les chefs religieux de la nation se sont émus et ils ont envoyé une délégation de prêtres et de lévites prendre sur place des informations certaines touchant le personnage dont l'opinion publique se préoccupe autour d'eux. L'élément messianique est naturellement ce qui les a le plus frappés dans ce qu'on leur a dit du Baptiste. Serait-ce que le nouveau prédicateur voudrait se faire passer pour le Christ? Le sanhédrin avait à connaître des cas de prophétie ^ La démarche qu'il fait en cette circonstance n'a donc pas besoin d'autre explication. Il n'est aucunement nécessaire de lui prêter une intention malveillante - à l'égard du personnage qu'il croit devoir interroger. D'ailleurs, les raisons qui ont déterminé le sanhédrin ne sont pas ce qui préoccupe l'évangéliste. Ce que celui-ci tient à faire entendre,
« ipse est qui post me venturus est, qui ante me factus est », leçon influencée par I, 15 et 30. D'autres ajoutent encore, à la fin du v. : « celui-là vous baptisera dans l'esprit saint et le feu », d'après Matth. m, 11.