Maldonat, II
LE TÉMOIGNAGE DE JEAN-BAPTISTE
Christ ^ ? » Le souci de l'auteur n'est pas dans ces détails. Il s'agit pour lui d'amener la réponse de Jean, et il l'amène par le plus court chemin. La formule : « Qui es-tu ? » représente équivalemment le discours des prêtres -, beaucoup moins important pour la thèse que la réponse de Jean. Tout dans le dialogue est arrangé de façon à faire valoir le témoignage du Précurseur, et, comme si le jeu de la conversation n'y suffisait pas, on loue en termes exprès la netteté de ses discours. Jean « avoua », il dit la vérité sur le point dont il s'agissait; (( il ne nia pas », il ne dit rien de faux, il ne dissimula rien; il dit ouvertement qu'il n'était pas le Christ. Ce qu a dit le Précurseur n'est pas un objet différent de ce qu'il n'a pas nié; mais l'évangéliste se sert d'une proposition affirmative et d'une proposition négative pour définir plus énergiquement la sincérité du Baptiste. Aurait-il en vue des gens qui prenaient celui-ci pour le Messie? Il faut dire au moins que le personnage de Jean avait acquis la plus grande importance dans le milieu où fut conçu le quatrième Evangile. Mais Jean ne se défend d'être le Christ que pour détourner l'attention sur celui qui est le Messie. L'évangéliste ne sent pas le besoin de montrer que Jean n'était pas le Christ, si ce n'est parce que cette négation implique, dans la bouche du Précurseur, la reconnaissance de Jésus-Messie. En disant : « Moi ^, je ne suis pas le Christ », Jean laisse déjà entendre qu'un autre est le Christ, et que lui-même le connaît, ou du moins qu'il l'attend.
Les questionneurs semblent un peu surpris de la réponse qu'ils ont obtenue, non qu'on les suppose enclins à voir le Messie dans Jean-Baptiste, mais parce que la conduite de Jean, annonçant l'avènement prochain du royaume des cieux et baptisant en vue de cet avènement, donnait d'abord à penser qu'il prétendait au premier rôle dans la manifestation prédite. Cette hypothèse étant écartée, reste celle d'un rôle secondaire, préparatoire à la venue du Messie. Mais on n'attribuait pas au Christ qu'un seul précurseur. La persuasion
i . SCHANZ, H3.
2. (( Evangelista unam legationis partem maxime generalem pro tota legatione posuit. » Maldonat, II, 432. Noter la progression : dans Marc, i, 1-6, nul ne se demande si Jean pourrait être le Christ; dans Luc, m, 15, la foule se pose la question; dans le quatrième Évangile, cette question est adressée à Jean luimême.
3. La leçon des anciens mss., iyù) oùx £Î[j.l 6 Xptardç, doit être préférée au texte reçu, où/. et[jL'. lyo).
commune, fondée sur mi texte de Malachie \ était qu' « Élie devait venir d'abord - » ; c'est pourquoi les prêtres, reprenant leur interrogatoire, disent : « Qu'es-tu donc? Es-tu Élie 3? » La réponse est nég-ative, et il n'y a pas lieu de s'en étonner, quoique Jésus lui-même, parlant de son Précurseur, ait dit qu'Élie était réellement venu dans la personne de Jean Le Sauveur n'a pas voulu dire que Jean-Baptiste était Elie revenu sur la terre ; Matthieu a même eu soin d'observer que Jean était Elie, (( si on voulait'' » bien l'entendre de la sorte ; Jésus a parlé comme si un retour personnel d'Elie n'était pas à prévoir. La donnée synoptique n'était pas pour arrêter l'auteur du quatrième Evangile. Une négation absolue lui semble beaucoup plus opportune qu'une distinction logique pour caractériser le rapport de Jean avec Elie. Peut-être aussi avait-il cette arrière-pensée, que le retour d'Elie était réservé pour le dernier avènement, et considérait-il plutôt le ministère de Jean comme une figure du rôle qu'Elie devait jouer à la fin des temps. L'évangéliste suppose chez les interlocuteurs de Jean l'idée de deux précurseurs, Elie et le « prophète ». Or, dans l'Apocalypse, le dernier avènement du Messie est préparé par deux témoins qui ont toute chance de correspondre à Elie et au prophète dont il est question ici. Les deux écrits johanniques dépendraient, sur ce point particulier, de la même tradition ^\
Puisque Jean-Baptiste n'était ni le Christ, ni Elie, il devait être « le prophète ». Le texte grec a. l'article bien que le latin de la