Dans Origène (Hiu)okk, I
li. B. Weiss, 8;^.
LE TÉMOIGNAGE DE JEAN-BAPTISTE
lîable. Jean a rendu témoignage au Sauveur en présence des Juifs avant que Jésus ne commençât i\ prêcher, quand nul ne soupçonnait qu'il fût le Messie, et probablement quand Jean lui-même ne l'avait encore jamais vu : voilà ce que Févang-éliste tient à faire entendre, et toute la mise en scène, tout le développement du dialogue se résument dans cette unique assertion.
Le témoignage fut rendu à l'endroit « où Jean baptisait )), c'està-dire « à Béthanie au delà du Jourdain ». Ce lieu est indiqué pour situer le témoignage et lui donner plus de relief. Le quatrième Evangile offre plus d'un exemple de cette précision voulue et frappante dans certains détails, associée à beaucoup de vague dans l'ensemble des récits, à une manière uniforme, gouvernée par une intention identique, de traiter les discours qui y sont plus ou moins encadrés et qui constituent, dans la pensée de l'auteur, l'élément principal du livre, auquel tout le reste est subordonné. Beaucoup de manuscrits et, parmi les plus anciens témoins, la version syriaque du Sinaï, lisent, au lieu de Bethania^ Bethahara. Cette dernière leçon, qui a compté autrefois de nombreux partisans et provoqué même d'assez vives querelles entre les théologiens et les premiers éditeurs du texte grec, est aujourd'hui presque universellement abandonnée. On a reconnu qu'elle avait été vulgarisée par Origène. Le grand exégète a donné lui-même les raisons qui lui avaient fait préférer la lecture Bethahara^ dont il ne dit pas nettement qu'il ait trouvé trace dans les manuscrits, à la lecture Bethania, qui, de son propre aveu, était alors celle de presque tous les exemplaires ^ 11 ne connaissait pas, le long du Jourdain, d'endroit appelé Bethania, mais il avait ouï parler d'un lieu appelé Bethahara ~, où l'on disait que Jean avait baptisé. Ce nom-là, dit-il, qui signifie « maison de préparation », répond bien à ce qu'a été le baptême de Jean par rapport au ministère du Seigneur, tout comme
1. OTt [xsv aysSov svTiàat toI'ç àvTiypafpot; XEiiaf Tauiaiv B7]0avia £y£V£to,où/. àyvooij[j.£v, /.ai ïov/.i TOUTO xai sxi Kpôzzpov Ytyovsvaf/.aî Tiapà '1 Ipa/.Xs'ovi youv BrjOavtav àvéyvovjisv. Brooke, I, 157.
2. Var. Br|6apa. La leçon Br]6a6apà semble garantie par Tétymologie qu'Origène attribue au nom ; cf. Jug. vu, 24. Les correcteurs du ms. ^< et de la version harcléenne recommandent la lecture Br]0apa6à (cf. Jos. xv, 6), qui paraît en rap})ort avec une hypothèse d'exégète sur le lieu du baptême.
3. olxoç xaTaaxsuf];, ce qui supposerait en hébreu NIlTlil. Le sens primitif a dû être plutôt « maison de passage » niliy"n"'2.
celui de Bethania, « la maison d'obéissance ^ », convenait à la patrie de Lazare, de Marthe et de Marie. Au témoignag-e presque unanime des manuscrits Origène oppose ainsi trois raisons, dont les deux premières seules ont une certaine consistance, mais ne sauraient, semble-t-il, prévaloir contre les anciens témoins du texte. Où était Bethabara? Origène ne le dit pas, et probablement il ne le savait pas d'une manière très précise ; mais Tendroit qu'on lui avait indiqué doit être, selon toute vraisemblance, identifié au gué d'Abara, non loin de Beisan Chose digne de remarque, il ig-nore entièrement la tradition qui met en face de Jéricho le lieu du baptême de Jésus. 11 faut croire que cette tradition n'avait pas alors la solidité qu'on lui reconnaît volontiers aujourd'hui, ou que peut-être même elle n'existait pas encore. Celle qui a été recueillie par Orig-ène mérite la considération de l'exégète et de l'historien, surtout si elle se trouve indirectement confirmée par certaines données des Evangiles. On invoque d'ordinaire en sa faveur les indications chronologiques relatives à l'histoire de Lazare : au moment où l'ami de Jésus tombe malade, le Sauveur est sur la rive g-auche du Jourdain, « à l'endroit où Jean avait baptisé d'abord », c'est-à-dire à l'endroit même où le montre notre récit; deux jours se passent après que Jésus a reçu le message de Marthe et de Marie ; puis il annonce aux siens que Lazare est mort, et qu'il faut retourner en Judée; quand il arrive à Béthanie, Lazare est depuis quatre jours dans le tombeau. Tout porte à croire que Jésus a parlé de la mort de Lazare au moment où son ami expirait, et qu'il s'est dirigé tout aussitôt vers la Judée. L'évangéliste suppose donc plusieurs journées de marche entre le lieu du baptême et la Béthanie de Lazare. Il est tout à fait contraire à l'esprit de la narration d'admettre que Jésus, ayant invité ses disciples à partir pour la Judée, aura attendu encore deux ou trois jours pour se mettre en route. Quand on aborde cette histoire sans parti pris, on ne peut s'empêcher de penser que le point où Jésus se trouve est à une assez grande
1. ol/.o; uTraxoTjÇ, ce qui suppose en hébreu mJS/TCZl. Elymologie fort sujette à caution. On propose rT'JNTT'D,, « maison du bateau », tout en observant que la Béthanie du monb des Oliviers devrait avoir une autre explication. L'orthograj)he sémitique était sans doute H ''J ITT'' 2.