L'ancienne Bethsean (Scy thopolis
li. X, 40.
LE TÉMOIGNAGE DE JEAN-BAPTISTE
distance de celui où il veut se rendre, et que la Judée même y apparaît comme un pays qui n'est pas tout proche.
Il est au moins singulier que révangéliste parle plus loin de la Béthanie où demeurait Lazare, comme s'il ne connaissait pas et n'avait pas signalé déjà un autre endroit du même nom. Un mot sur la distinction des deux Béthanies ^ semble d'autant plus exigé qu'elles doivent être censées présentes l'une et l'autre à la pensée du narrateur. On dirait que celui-ci connaît une seule Béthanie, celle de Lazare et de ses sœurs. Un autre indice du même genre est fourni par le rapport chronologique de la vocation des disciples avec le miracle de Cana : Jésus est encore auprès de Jean quand il appelle à lui André et Simon-Pierre ; le lendemain, il part pour la Galilée et il appelle Philippe et Nathanaël ; le surlendemain, il est à Cana ^. L'endroit du baptême était donc bien plus rapproché de la Galilée que de la Judée. Ce dernier argument conserve toute sa force lors même qu'on tient pour artificielles les données chronologiques de l'Evangile, car l'auteur n'aurait guère pu adopter, fût-ce à un point de vue didactique, une combinaison incompatible avec la topographie admise par lui-même. Enfin l'on n'a pas le droit de raisonner sur ce sujet comme si Origène avait introduit dans les manuscrits une leçon inconnue avant lui et créée par lui. Sa façon de parler ferait plutôt croire qu'un [petit nombre de manuscrits avaient déjà la leçon Bethabara. Ses raisonnements tendent à compenser par l'autorité de la tradition historique ce qui manque à cette leçon du côté de la tradition littéraire. Quant à l'interprétation allégorique du nom, il ne faudrait pas croire que le père de la critique scripturaire y attachât beaucoup plus de force probante que nous ne faisons nous-mêmes. C'est une moralité ingénieuse qui se greffe sur la conclusion de l'historien et qui ne serait pas à elle seule, même pour lui, une raison décisive. La leçon
1. Il va sans dire que rinclication : « bourg de Marthe et de Marie sa scieur » (xi, 1), n'est pas destinée à cet effet. C'est une référence implicite à la tradition concernant les deux sœurs (cf. Luc, x, 38), un moyen tout naturel de faire connaître Béthanie aux lecteurs de l'Évangile, mais qui ne serait pas suffisant pour prévenir une confusion possible entre deux localités du même nom.
4. II, 1. L'argument subsiste encore si l'on entend le surlendemain par rapport au dernier jour indiqué auparavant, car il n'y a qu'un jour de marche entre le départ et les noces.
d'Origène pourrait donc n'être pas aussi mauvaise que la plupart des exég-ètes de notre temps sont enclins à le penser. Un nom propre fort rare a pu de bonne heure être altéré dans les manuscrits et faire place à un nom beaucoup plus connu, qui se trouve être, par rapport à Fautre, une leçon facile, Tobjection que le site g-éog-raphique de la vraie Béthanie fournit à Texég-ète étant tout de suite écartée par l'hypothèse de deux Béthanies. Dans l'état des témoig-nag-es, il semble prudent de ne pas se prononcer d'une manière absolue ; on doit considérer comme plus sûre la leçon Bethania ; mais il ne faut pas se presser de condamner l'autre, qui a sa probabilité. En tout cas, le lieu du baptême doit être placé assez loin au nord, sur la rive gauche du Jourdain Un savant commentateur a conjecturé que Betliania et Befhabara pourraient être deux noms du même lieu A tant faire que de mêler à la critique un peu de divination, mieux vaudrait dire que c'est le même mot, et que la vraie écriture de ce mot pourrait bien ne pas être Bethania ^
Depuis Baur, ce début de l'histoire évangélique a été reg-ardé par la plupart des critiques comme un emprunt fait aux récits de Marc, de Matthieu et de Luc. Baur était allé même jusqu'à penser que l'évang-éliste avait imag-iné de faire venir le Sauveur à Béthanie, afin que Jésus partît d'une Béthanie pour commencer son ministère, comme il devait partir d'une autre Béthanie pour le terminer. Cette hypothèse 23ar trop ing-énieuse n'aurait pas grande signification. 11 n'est pas nécessaire non plus de montrer que l'évangéliste savait fort bien que la Béthanie de Lazare était sur le mont des Oliviers, et qu'il n'a pas eu un seul instant la pensée d'y placer le baptême de Jésus. Mais la dépendance de la relation johannique à l'égard des Évangiles synoptiques n'est pas à contester. La narration synoptique a fourni tous les éléments de la mise en scène et le thème des discours. On retrouve dans Marc, à l'endroit où il parle des Judéens et des habitants de Jérusalem qui venaient à
1. « Jedenfalls muss cin Orl am nôrdliclien Jordan gemeint soin ». Scuanz, 118. Voir cependant Laghangiî, Revue biblique, 1895, p. 502-511.