‹ Le quatrième évangileChapitre 182 sur 857 · Brookk, I · texte numérisé non relu

Brookk, I

4. « Probabilis conjectura, nulia praesertiin se ostendciiti' |)robiil)iliorc. -> Maldonat, II, 437.

LE QUATIUÈME ÉVANGILE

Evangile. On peut dire que la précision chronologique de Jean n'aurait aucune raison d'être si la rencontre de Jésus avec le Précurseur n'était pas la première, le moment où Jésus entre dans l'exercice de son rôle messianique : dans ce cas, pour que les Synoptiques ne se trouvent pas en contradiction avec les données johanniques, ou bien il faut déclarer, avec Origène, que les Evangiles ne concordent pas réellement dans la lettre \ mais en esprit, et placer en dehors du cadre historique la tentation et le séjour au désert, ou bien il faut renvoyer ces faits après le premier séjour de Jésus à Jérusalem -, nonobstant la résistance que la chronologie du quatrième Evangile oppose toujours à l'hypothèse, et la contradiction où on se met avec les Synoptiques, qui ne permettent pas de délai pour la tentation du Christ. Mais on peut dire aussi, et avec plus de raison, que le séjour au désert et la tentation ne doivent pas être regardés comme un récit allégorique ou légendaire, ni séparés du baptême : dans cette hypothèse, pour se mettre en règle avec la chronologie johannique, comme le quatrième Evangile ne dit pas positivement que Jean ait baptisé le Sauveur, on suppose que le baptême et la tentation avaient eu lieu avant la rencontre où Jean-Baptiste témoigna que Jésus était Tagneau de Dieu, et même avant l'ambassade des Juifs, sauf à laisser suspendu en l'air le commencement de l'iiistoire évangélique et à considérer comme non avenu le parallélisme incontestable qui existe entre le récit de l'ambassade dans le quatrième Evangile, et l'analyse de la prédication du Baptiste dans les Synoptiques, entre le récit du témoignage concernant l'agneau de Dieu et la descente du Saint- Esprit, d'une part, et, d'autre part, la description du baptême. Ghrysostome pensait remédier à cette difficulté en supposant que le « lendemain », au commencement de notre morceau, est le lendemain du quarantième jour que Jésus passa au désert. Cette conjecture arbitraire est maintenant abandonnée. Il est par trop clair que le « lendemain » en question est le lendemain du jour dont l'évangéliste vient de parler, non le lendemain

\ . Origène se moque un peu delà perplexité où se trouvent ceux qui n'admettent p9S TOt Ts'aaapa (EÙayyéXia) stvat aXrjôèç aùtwv oùx sv xol'; awfJLaxixotç yapaxT^'pjtv. Brooke, I, 185. Il est* vrai qu'on pont critiquer ég-alement la manière dont il établit lui-même l'accord en esprit.

2. Au temps in(li(|ué par Jean, in, 22. Hypothèse de Hengstenberg. Renan adopte une combinaison analoi^ue dans sa Vie do Jp.sw.s.

LE TÉMOIGNAGE DE JEAN-15APTISTE

de la quarantaine dont parlent les Synoptiques. La plupart des interprètes modernes , orthodoxes ou rationalistes, placent le baptême et la tentation en dehors du cadre johannique, et reconnaissent que ces faits ont été volontairement nég-lig-és, comme purement humains, par Tévang-éliste soucieux de montrer la divinité du Christ 1.

Baur 2 est allé plus loin : selon lui le baptême n'est pas supposé, mais il est supprimé; la mise en scène du quatrième Evangile n'a aucune réalité, la venue de Jésus n'étant qu'un artifice littéraire pour amener le discours de Jean, et le tout devant remplacer le baptême des Synoptiques. Au point de vue critique, cette opinion n'est pas facilement réfutable pour ceux qui n'admettent pas l'équivalence du récit johannique avec celui des Synoptiques : si l'auteur du quatrième Evangile a fait exprès de commencer son histoire après le baptême, pour n'avoir pas à le raconter, n"est-on pas autorisé à soupçonner qu'il a voulu le faire oublier? Aussi peut-on voir beaucoup de ceux qui adhèrent à l'opinion commune sur le rapport de notre récit avec celui des premiers Evangiles, accepter en même temps la conclusion de Baur sur le caractère fictif de la scène décrite par Jean. En effet, si Jésus ne vient pas pour être baptisé, il ne vient que pour fournir k Jean l'occasion de parler. Le récit, tel qu'on le comprend, ne suggère pas d'autre idée, et il suggère en même temps l'idée qu'une telle intention ne peut convenir qu'à l'évangéliste, non à Jésus lui-même; or, si l'intention de la démarche appartient k l'évangéliste, la démarche elle-même s'évanouit, et l'on se trouve seulement en face du discours que l'évangéliste fait tenir au Précurseur. Les autres motifs qu'on a prêtés k Jésus ne soutiennent pas l'examen : on a supposé que le Sauveur venait prendre congé de Jean, mais il sera encore près de lui le lendemain; qu'd venait recruter des disciples autour du Baptiste, mais, les jours suivants, ce sont les disciples qui s'attachent à lui sans qu'il les cherche. Tout cela est purement conjectural, et, vu le caractère du récit johannique, entièrement superflu.

1. « Dum totus nimirum in oo erat, ut quibuscumque possel non suspoctis testimoniis Christi probaret divinitatem, et quasi dum altius ad divina contendit, humaiia sublimis praertervolal. Ilumanuni crat a Joanno sicut unum do turba aliqucm baptizari; humanum jojunaro; humanum a dial)oio tenlari, et ab eo hue illuc circumduci; haec Joannos praotormisit. » Maldonat, II, 4.U).

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