‹ Le quatrième évangileChapitre 183 sur 857 · Krit. Untersiichunr/en ûber die canon. Evangelien · texte numérisé non relu

Krit. Untersiichunr/en ûber die canon. Evangelien

L'évangéliste n'a signalé la rencontre du Christ avec Jean què pour marquer Toccasion du témoignage rendu par ce dernier. Le motif qui a conduit Jésus ne le préoccupe pas; car, de son point de vue théologique, il n'en connaît pas d'autre que la nécessité providentielle du fait. C'est ailleurs qu'il en faut chercher les circonstances et l'explication historiques. Ici le témoignage est tout; le fait du baptême est secondaire, ou plutôt il est de nulle importance ; on ne peut pas dire qu'il soit renvoyé à une époque antérieure, car il est surtout renvoyé à l'arrière-plan du récit; on n'a pas le moindre indice que l'auteur le place avant la scène qu'il rapporte, et tout invite à prendre cette scène pour une explication autorisée de ce qu'on lit dans les Synoptiques touchant le baptême du Sauveur. Les deux tableaux ne sont pas faits pour être démembrés et rajustés en un seul ; ils sont complets en eux-mêmes et représentent comme deux vues d'un même objet, prises de points différents et inégalement éloignés. On perd son temps à vouloir reconstituer par des coupures et des sutures arbitraires les circonstances matérielles de la première rencontre de Jésus avec Jean- Baptiste. Ces circonstances, à peine indiquées dans les Synoptiques, deviennent imperceptibles dans le quatrième Evangile, qui les regarde à travers la relation des Evangiles plus anciens et n'en retient que le trait le plus général, la venue de Jésus, pour y rattacher l'argument qu'il fonde sur le témoignage du Baptiste.

A serrer de trop près la lettre, on se heurte à des contradictions insolubles : si Jésus est déjà baptisé, s'il est présent quand la légation des Juifs arrive auprès de Jean, pourquoi Jean ne le proclame-t-il pas Messie devant tous, puisqu'il sait déjà tout ce qu'il dira le lendemain devant ses disciples? La vraie raison est que l'évangéliste, avec un sens très juste de l'histoire, résume d'abord et interprète le témoignage de Jean dans la période qui précède le baptême, alors qu'il ne connaît pas personnellement le Sauveur : lui faire dire un mot de Jésus serait aller contre la tradition la plus authentique. Si Jean paraît beaucoup mieux instruit le lendemain, c'est que le lendemain correspond à la rencontre effective du Messie avec son précurseur. Le rapport du jour au lendemain marque le lien logique de deux situations, plutôt que leur succession dans l'espace de quarante-huit heures. Tout en alléguant et développant le témoignage de Jean, l'évangéliste s'abstient de dire que celui-ci ait engagé ses disciples à suivre Jésus : c'est que, dans ce cas

LE TÉMOIGNAGE DE JEAN-BAPTISTE

encore, le sentiment de l'histoire ne lui permet pas d affirmer que Jean ait exhorté ses disciples à le quitter pour s'attacher au Christ. Ne croyons donc pas que notre auteur ait voulu raconter ce qui se passa réellement lorsque « Jésus vint » à Jean, et contentons-nous de recueillir le témoignage du Précurseur.

Jean dit : « Voici l'ag-neau de Dieu, qui ôte le péché du monde ^. » Ces paroles s'adressent à l'entourage, sans doute aux disciples du Baptiste, qui peut maintenant désigner personnellement le Messie, puisque le Messie est devant lui. Le mot (( voici » n'implique pas, dans la bouche de Jean, un retour sur lui-même, comme s'il disait : « Ce n'est pas moi qui suis Tagneau de Dieu, c'est lui. » Déjà le lecteur est édifié sur le rôle de Jean. Toute son attention est dirigée maintenant vers celui qui doit venir. On le lui montre, en le désignant par une formule qui est censée intelligible sans autre explication. « L'agneau de Dieu », en effet, est supposé connu ; et pourtant les commentateurs ne s'accordent pas sur le sens de cette formule. On a pensé aux victimes expiatoires des sacrifices légaux, parmi lesquelles figuraient les agneaux-; mais les agneaux n'étaient pas les seules victimes; ils n'avaient pas dans ces sacrifices une place privilégiée ; et l'innocence de l'animal ^ ne suffirait pas à en expliquer le choix, car les chevreaux ne sont pas non plus de très grands coupables. D'ailleurs, il ne s'agit pas d'un agneau quelconque, mais de <( l'agneau » par excellence, « l'agneau de Dieu ». C'est pourquoi l'idée de l'agneau pascal a trouvé d'assez nombreux partisans ^ : elle est à écarter cependant, ou du moins elle n'est pas à considérer comme épuisant la pensée de l'évangéliste. L'agneau pascal n'était pas regardé comme une victime propitiatoire, et l'allusion se rapporte directement à la description du serviteur de lahvé ^, que le prophète compare à (( la brebis conduite à la boucherie », à « l'agneau muet devant celui qui le tond ». Ce rapprochement se trouve dans l'Apocalypse, où le Christ est présenté sous la figure d'un agneau immolé ^. La com-

1. V. 29. l'Bs 6 à[i.vô; tou Osoo 6 atpwv Tr]v à[j.apT^av tou xoafxo'j.

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