Ap. V, 6, 12; xiii, 8. Cf. I. Pier. i
paraison n'atteint pas précisément le caractère de victime qui appartient à Tag-neau dans les sacrifices mosaïques, mais la patience de rtiomme de douleurs, et sa mort, d'où résulte le salut des hommes pécheurs. Toutefois Tidée de victime n'est pas absente, puisque le juste souffrant est comparé à un agneau qu'on sacrifie, et que la même comparaison s'applique à Jésus dans la pensée de l'évang-éliste ; si même on tient compte de'la coïncidence qui sera établie plus loin entre l'immolation rituelle de Tag-neau pascal et la mort de Jésus, on admettra (jue le souvenir de l'ag-neau pascal n'est pas à exclure entièrement. Jean dit : « l'agneau de Dieu », comme Isaïe dit : « le serviteur de lahvé » ; il ne s'agit pas proprement de l'agneau envoyé par Dieu, ni de l'agneau divin, ni de l'agneau offert à Dieu, bien que ces trois interprétations rentrent dans la notion johannique de l'Agneau. « L'Agneau » est à Dieu parce qu'il est le Fils de Dieu dans l'accomplissement douloureux de sa mission rédemptrice. « C'est lui qui ôte le péché du monde » : tandis que, dans Isaïe, le juste est représenté prenant sur soi les iniquités d'autrui TAgneau, selon Jean, les emporte, les fait disparaître On admet volontiers que l'idée du prophète est sousentendue dans l'Evangile, l'Agneau n'enlevant le péché qu'en le prenant sur lui, en le portant. Il semble néanmoins que le mot <( enlever » n'a pas été substitué sans intention au mot « porter », Jamais Jean ne montre le péché pesant sur Jésus, mais toujours le péché refoulé par Jésus; jamais il n'identifie son Christ au pécheur, par l'espèce de fiction légale où se complaît saint Paul L'Agneau chasse le péché, sans que le péché le touche seulement de son ombre. En ramenant dans la formule évangélique tout ce qui se trouve dans le passage parallèle d'Isaïe ^, on s'expose à y introduire une nuance de pensée que l'auteur avait mieux aimé laisser de côté. « Le péché du monde » désigne le péché en général, tout péché, non pas le péché originel, comme l'ont pensé quelques commentateurs
1. Is. LUI, 1 : « Nos maladies, il lésa prises (N"kI7J, LXX, fépsi)»
« Et nos douleurs, il les a portées » (□'llD). 1 1 . (( Leurs iniquités, il les porte ^) (SlD"', LXX, àvoîaei).
2. Le verbe al'petv, dans le style ordinaire de Jean, signifie « enlever, faire disparaître », non « porter, prendre sur soi », Cf. I ,1ean, m, 5.
li. CÂ. Rom. VIII,
4. IIoLT/.MANN, 48 (cf. Neut. Théologie. II, 478); Schanz, 120. Voir supr, p. 100.
LK TÉMOIGNAGE DE J EAN-HAPTISTE
anciens ^ L'emploi du présent montre que la vocation providentielle de r Agneau est de sauver les hommes du péché, en en détruisant l'empire par sa mort, non que le Baptiste ait la pensée remplie de cette mort au point d'en parler comme d'un fait actuel, ni qu'il veuille marquer Tefficacité permanente du sacrifice de Jésus, ou son entrée dans le chemin qui mène à la croix, ou la responsabilité des péchés des hommes que le Sauveur ^aurait assumée en recevant le baptême. Toutes ces considérations sont prises à côté de ridée que Tévang-éliste veut exprimer.
Il est évident que Jean-Baptiste n'a pu tenir le langage qui lui est attribué en cet endroit. Ce sont les chrétiens seulement qui ont appliqué au Messie la description du « serviteur de lahvé », et tout au plus est-il permis de dire que Jésus lui-même avait pu leur en donner l'exemple; mais Jean, gardant les opinions du messianisme vulgaire, n'a pas songé au Messie souffrant, ni exprimé une idée que Jésus n'a lui-même manifestée que dans les derniers temps de son ministère Saint Paul est le premier qui ait réfléchi sur la valeur expiatoire de la passion du Christ. Le Baptiste pensait au salut d'Israël, non à la rédemption du monde. Isaïe parlait du (( péché du peuple », non du « péché du monde », et de « douleurs supportées », non de « péchés enlevés ». Il est facile de voir ce que l'Evangile ajoute à la prophétie ; comme ces additions, pour le fond et pour la forme, portent le cachet de l'évangéliste, c'est à celui-ci, non au Précurseur, qu'il convient de les attribuer. Pour tout dire en un mot, la parole qui est prêtée à Jean traduit une pensée chrétienne, qui n'a pu être conçue par le Baptiste et qui n'aurait pu être comprise de ses auditeurs.
Ce témoignage rendu en présence de Jésus est directement rattaché à celui qui avait été exprimé avant sa venue. « C'est lui », remarque Jean, « c'est lui dont j'ai dit : Après moi vient un homme qui est passé devant moi, parce qu'il était avant moi. » La citation se trouve k peu près textuellement dans le prologue. Mais elle est déjà rapportée là comme résumant le témoignage public du Baptiste '% en sorte que ce n'est pas en cet endroit qu'il faut cher-