‹ Le quatrième évangileChapitre 19 sur 857 · Les dates proposées varient entre 170 et 210 environ · texte numérisé non relu

Les dates proposées varient entre 170 et 210 environ

4. '( Quarti euangeliorum, lohannis ex discipulis ; cohortantibus condiscipulis et episcopis suis, dixit : Conjejunate mihi hodie triduo, et quid cuique fuerit revelatum alterutrum nobis cnarremus. Eadem nocte revelatum Andreae ex apostolis ut recognoscentibus cunctis lohannessuo nomine cuncta describeret ; et ideo licet varia singulis euangeliorum libris principia doceantur, nihil tamcn difTert credentium fidei, cum uno ac principali spiritu declarata sint in omnibus omnia de nativitate, depassione, de resurrectione, de conversatione cum discipulis suis, ac de gcmino ejus advenlu, primo in humilitate despecto, quod fuit,

INTRODUCTION

celle de Luc. On y lit que Jean, un des disciples, ce qu'il faut sans doute entendre au sens d'apôtre \ sollicité par les autres disciples du Seigneur et par les évêques d'écrire un Evangile, y consentit après une révélation qui fut faite à André : l'Evangile publié sous son nom est donc recommandé par le collège apostolique ; aussi bien cet Evangile estil en parfait accord avec les autres pour tout ce qui regarde la naissance du Christ, sa passion, sa résurrection, ses entretiens avec ses disciples, son double avènement ; cela devait être, puisque Jean, comme il le déclare dans sa première Epître, a été le témoin oculaire et auriculaire des choses merveilleuses qu'il raconte. La tendance apologétique et polémique de ce morceau a été contestée; elle n'est guère contestable. L'auteur tient à dire que l'évangéliste est l'apôtre Jean, qui a vu ce qu'il raconte; que l'authenticité de sa parole a été garantie encore parles autres apôtres ^ ; que son livre ne contredit en rien les autres Evangiles, et qu'il enseigne les mêmes choses. Il y avait donc des gens qui contestaient l'origine apostolique de l'Evangile, sa conformité avec les Synoptiques et même l'orthodoxie de sa doctrine : ce sont les aloges romains dont Hippolyte nous avait fait soupçonner l'existence ^. Mais l'apologie aurait été assez maladroite si l'on avait eu affaire à des critiques plus éveillés que les

secundo potestate regali praeclaro, quod futurum est. Quid ergo mirum si lohannes tam constanter singula etiam in epistulis suis proférât, dicens in semetipsum : Quae vidimus coulis nostris et auribus audivimus et manus nostrae palpaverunt haec scripsimus vobis? Sic enim non solum visorem se et auditorem sed et scriptorem omnium mirabilium Domini per ordinem profitetur, » Les a varia principia » ne sont pas des points de doctrine, mais les récits par lesquels commence chaque Évangile (Zahn, Geschichte d. n. C, II, 43, où cette interprétation est confirmée par plusieurs passages d'Irénée). Il est difficile de ne pas voir là une réponse à la critique des aloges. Cf. supr., p. 19, n. 2, et p. 21, n. 6. Noter que Fauteur prouve l'accord des Évangiles par le fait qu'ils enseignent tous ce qui est l'objet du symbole apostolique en ce qui regarde le Christ. L'allusion au symbole n'est pas contestable (Kattenbusch, Das apostolische Srjmbol, II, 354). La tendance apologétique est surtout sensible dans le dernier paragraphe : « Quid ergo mirum etc. », où d'ailleurs on n'invoque pas d'autre témoignage que celui de l'auteur lui-même (dans I Jean, i, 1, 4).

1 . Le contexte ne permet pas d'attribuer à l'emploi de ce mot une signification particulière. Le cas n'est pas le même que pour Polycrate, supr., p. 29, n. 1, qui paraît subir inconsciemment l'influence d'une tradition d'après laquelle Jean était simple disciple.

2. Il doit y avoir quelque rapport entre cette assertion et Jean xxi, 24, dont la légende a pu s'autoriser. B. Weiss {Einloitung in d. n. T. ^ 611) admet que la légende est fondée sur ce passage et sur la mention d'André, Jean, i, 41.

3. L'allusion s'expliquerait aisément, si l'auteur du Canon de Muratori était Hippolyte lui-même, comme on l'a supposé.

alog-es, et Ton ne tarda pas à ramender. Il était incontestable, et, par le rang même qu'on lui attribuait après Matthieu, Marc et Luc \ on reconnaissait que Jean était moins ancien que les autres Evangiles; cependant, pour le garantir contre les objections, on ne trouvait rien de mieux que de le faire composer avant la dispersion des apôtres, c'est-à-dire avant les Synoptiques, et en Palestine. L'anachronisme n'est pas niable ; il est répété un peu plus loin dans le même document, à propos des Epîtres de Paul, qui sont supposées postérieures à T Apocalypse. Paul, dit-on, a voulu écrire à sept Eglises, comme avait fait Jean ^.

Que la légende ait été inventée à Rome ou ailleurs elle prouve que TEglise romaine avait commencé par ne rien savoir de TÉvangile et de l'Apocalypse, si ce n'est que ces écrits étaient de Jean, et que ce Jean devait être l'apôtre, sans que le témoignage qui affirmait cette provenance fût au-dessus de toute contestation ; à ceux qui en niaient la valeur on n'avait pas à opposer de certitude historique, par exemple celle d'une communication officielle de l'Eglise d'Ephèse àTEg^lise romaine, à une époque donnée, qui, vu la date de Jean et celle du Canon de Muratori, n'aurait pas été fort ancienne; on répondait par des conjectures imaginaires, qui faisaient de Jean le plus ancien et le plus autorisé des Evangiles, sauf à corriger ultérieurement ce que ces hypothèses avaient d'inacceptable et de trop

1 . Dans le ms. D. et plusieurs mss. de l'ancienne Vulgate, Jean suit Matthieu. Les anciens prologues latins dont il a été parlé plus haut, p. 21, n. 6 sont en rapport avec cette disposition. On lit dans le prologue de Jean : « Qui etsi post omnes euangelium scripsisse dicitur, tamen dispositione canonis ordinati post Matthaeum ponitur, quoniam in Domino quae novissima sunt non velut extrema et abjecta numéro sed plenitudinis opère perfecta sunt, et hoc virgini debebatur. » L'explication est tirée de loin. Corssen, 70, conjecture que, peu de temps après la rédaction du Canon de Muratori, qui est, comme les prologues, d'origine romaine, pour garantir Jean contre les attaques et empêcher qu'on ne le crût ajouté par manière de supplément, on l'aura mis avant Luc et Marc. Peut-être serait-il plus vrai de dire que l'on a voulu faire valoir, par le rang qu'on lui assignait, l'origine apostolique de Jean, et cette intention pourrait encore avoir été déterminée par la controverse des aloges. Mais, dans ce cas, le prologue de Jean, qui cherche des raisons à côté, devrait être un peu moins ancien que ne dit Corssen.

2. « Cum ipse beatus apostolus Paulus, sequens praedecessoris sui lohannis ordinem, nonnisi nominatim septem ecclesiis scribat. »

3. D'après Zahn (I, 784 ; cf. II, 38} cette légende viendrait des Actes de Leucius. Il n'y a là qu'une hypothèse contredite par d'autres critiques. Il est vraisemblable seulement que l'auteur puise dans un document écrit et en donne un simple extrait; mais cette source devait être récente, et il ne semble pas que la composition de l'Evangile y ait été mise en relation avec le séjour de Jean à Éplièse.

INTRODUCTION

évidemment contradictoire aux faits traditionnels. Pour le critique, l'invention de ces légendes ne prouve rien que Tinsuffisance des souvenirs et des témoignages historiques, ainsi que le sentiment vague qu'avaient de cette insuffisance nombre de personnes qui n'auraient pas voulu l'avouer et qui étaient dupes de leurs propres fictions, parce qu'elles se croyaient assurées que les choses avaient dû se passer comme elles le rêvaient.

Clément d'Alexandrie dit tenir des presbytres d'autrefois que les Évangiles qui contiennent des généalogies avaient été écrits les premiers ; puis Marc, du vivant de Pierre, sans que celui-ci témoignât approbation ou blâme; enfin que Jean, voyant que ces Évangiles avaient pour objet « les choses corporelles », avait écrit, sur les instances de ses amis, et soulevé par l'Esprit, « l'Évangile spirituel » K D'où que viennent ces indications, et l'on a pu conjecturer qu'elles venaient d'Asie ^, elles ont aussi un caractère légendaire. Il n'est pas vrai que les trois Synoptiques aient été écrits avant la mort de Pierre ; l'attitude que l'on prête à celuici relativement à l'Évangile de Marc sent l'invention apocryphe; Jean l'Ancien laisse entendre, dans Papias, et Irénée dit positivement, que Marc écrivit après la mort du prince des apôtres . Bien qu'on n'asssigne aucune date au quatrième Evangile, il semble que Jean se soit décidé à l'écrire peu de temps après que les Synoptiques eurent été rédigés, en sorte que les amis dont il est parlé pourraient bien être encore les apôtres ^, comme dans le Canon de Muratori. Quoi qu'il en soit, et quand même la légende concernant Jean serait un peu corrigée, les presbytres de Clément se livrent à des spéculations sur le canon des quatre Evangiles déjà constitué. Si l'antithèse des Évangiles « corporels » et de l'Évangile « spirituel » vient d'eux, ce qui est possible ils inclinaient à

1. EusÈBE, Hisl. eccl. vi, 14, 5-8. aùOiç 8'èv toÏç aùxoiç 6 KXr]'[j.rjç (5i6Xi'oi; (les Hypotyposes) Tispi tfjç xa^sw; tûv eùayysXitov Tzapàooaiv twv àvE/aOsv TrpeaSuxépwv xéôsixat, xouxov ey^ouaav xôv xpoTiov TipoysYpàcpôai xcSv sùayysXîov xà Tisptéyovxa xà^ysvsa- Xoytaç, xo 81 xaxà Màpxov xauxriv sa-/^r)/.lvai xrjv oîy.ovo[j(.tav. .. xov [xévxoi 'Io)àvvr]v soyaxov ouviBovxa oxt xà aojtj.axixà èv xoïç sùayysXioiç osÔTjXcoxat, Trpoxparcévxa u;rô xo)V yvcL)pi|j.ri)V, 7iv£u[j.axi ôsocpoprjôsvxa, TcvsutjLaxtzôv Tzoïr^aoLi sùayyeXi'ov. L'ancien prologue latin de Marc [supr. cit., p. 21, n. 6) suppose aussi que Marc a été écrit après Luc. Le Canon de Muratori suit l'ordre Matthieu-Marc-Luc.

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