‹ Le quatrième évangileChapitre 193 sur 857 · Matth. III, 11 ; Luc, m · texte numérisé non relu

Matth. III, 11 ; Luc, m

4. S. Thomas trouve à la colombe sept habitudes en rapport avec les sept dons du Saint-Esprit, sans compter la simplicité qui en fait le modèle du candidat au baptême, la douceur par laquelle est signifiée la rémission des péchés, et l'esprit de société qui figure l'elfet général du baptême, <■^ qui est constructio ecclesiasticae unitatis ». -S. th. 3*, q. 39, a. 6, ad 4.

L'Esprit descendait sur Jésus pour y demeurer. La colombe est bientôt oubliée. L'évang-éliste ne voit plus que l'esprit divin dont la colombe était le symbole, et il tient à faire savoir que l'Esprit resta sur Jésus. Il ne resta pas en Jésus, comme lui étant uni, observe un savant commentateur^, mais il resta sur lui, comme dirigé vers lui, agissant sur lui ; d'où il résulte que l'Esprit n'est pas identifié à la colombe, dont l'ajDparition n'a été que momentanée On en conclut aussi que le Verbe ne saurait être en aucune façon compris dans l'Esprit : le Verbe ne peut pas être l'Esprit, puisque le Verbe est devenu chair et qu'il baptise dans l'Esprit. Mais la sul)stitution de l'Esprit au Verbe n'était pas si choquante pour la théologie des anciens que pour la nôtre. On lit dans l'homélie dite seconde Epître de saint Clément : « Le Christ, notre Sauveur, qui était d'abord esprit, est devenu chair ^ » C'est bien la même idée, et, sauf le remplacement du Verbe par l'Esprit, ce sont les mêmes mots que dans la formule johannique : « Le Verbe s'est fait chair. » Jean est tout pénétré de l'idée que « Dieu est esprit ^ » ; le Verbe aussi est esprit, puisqu'il est Dieu. Au seiis impersonnel où l'évangéliste entend ordinairement le mot « esprit », dire que l'Esprit s'est fait chair était une manière un peu moins précise de signifier l'incarnation que si l'on employait le mot (( Verbe » ; mais, s'il pouvait employer le mot Verbe dans le prologue, Jean se serait fait scrupule de s'en servir dans le corps de l'histoire évangélique, parce que ce mot n'avait pas d'attestation traditionnelle. C'était un terme savant, tandis que le mot « esprit » était un terme religieux et populaire. Est-il bien évident que la formule : « l'esprit resta sur lui », ne conviendrait pas pour signifier la relation du Verbe avec l'humanité de Jésus ? Elle convient si bien que l'évangéliste n'en avait pas d'autre à sa disposition pour exprimer en langage commun ce qu'il voulait faire entendre, à savoir l'union permanente du Verbe, esprit divin, avec l'humanité de Jésus, la prise de possession de l'humanité par la divinité, la direction imprimée par la divinité à l'humanité. La permanence de l'Esprit équivaut, dans la pensée de l'évangéliste, à ce que les théo-

Page 1