‹ Le quatrième évangileChapitre 196 sur 857 · Cf. Baldensperger · texte numérisé non relu

Cf. Baldensperger

LES PREMIERS DISCIPLES (Jean, 1, 35-52)

Le témoignage de Jean a rempli deux journées, dont la plus importante est évidemment la seconde, puisque c'est celle-ci qui met le Messie en présence de son précurseur et qui introduit Jésus sur la scène de l'histoire. Maintenant Jésus lui-même va se manifester, et d'abord à ses disciples, soit par les discours qu'il leur tiendra pour les gagner à lui, soit par le premier miracle qu'il fera pour affermir leur foi. Viendra ensuite la manifestation du Messie au peuple juif, en Judée, en Samarie et en Galilée.

1, 35. Le lendemain, Jean était encore là, ainsi que deux de ses disciples,

36. et, regardant Jésus, qui passait, il dit : « Voici l agneau de Dieu. »

37. Et les deux disciples entendirent ses paroles, et ils suivirent Jésus.

38. Et Jésus, s'étant retourné et les voyant à sa suite, leur dit : Que cherchez-vous? » |Et ils lui dirent : « Rabbi, — ce qui signifie maître^ — où demeures-tu? » 39. Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils vinrent donc et virent où il demeurait, et ils restèrent près de lui ce jour-là. Il était environ la dixième heure. 40. André, le frère de Simon-Pierre, était un des deux qui avaient entendu (les paroles) de Jean, et qui l'avaient suivi. 41. Il trouva d'abord son propre frère, Simon, et il lui dit : « Nous avons trouvé le Messie », — ce qui signifie Christ. — 42. Il l'amena près de Jésus. L'ayant regardé, Jésus dit : « Tu es Simon, fils de Jean, tu t'appelleras Géphas », — ce qui signifie Pierre.

L'évangéliste raconte la vocation de cinq disciples, dont quatre seulement sont désignés par leurs noms. Ces disciples se partagent en deux groupes, le premier étant formé par André, Pierre et un disciple anonyme, le second par Philippe et Nathanaël. Aucune autre vocation ne sera signalée plus tard, et, bien que l'auteur mentionne plusieurs fois les Douze, il ne racontera pas l'institution du collège apostolique, comme si lui-même ne voulait connaître que des disciples et s'en remettait k la tradition

LES PREMIERS DISCIPLES

pour ce qui regarde le privilège des apôtres. On remarquera toutefois qu'il s'intéresse particulièrement à Pierre. Le quatrième Evangile ne contient pas la liste des Douze, mais il a, sur la mission de Simon, des textes non moins significatifs que ceux des Synoptiques.

Deux journées se trouvent consacrées à la vocation des disciples. Une troisième journée particulièrement importante pour eux sera celle du miracle de Gana. Gomme il est difficile de croire que Jésus n'ait été accompagné aux noces que par les cinq disciples dont il a été question, et que, non seulement d'autres vocations ne sont pas indiquées entre la seconde et la troisième journée, mais que le temps manque pour de nouvelles conquêtes, lors même qu'on supposerait un jour d'intervalle entre la vocation de Nathanaël et le miracle de l'eau changée en vin, il est au moins probable que l'enchaînement des journées n'a pas la rigueur d'une indication chronologique, mais qu'elle correspond à une préoccupation didactique. On peut donc supposer que le second témoignage du Baptiste se rapporte à la même situation et à la même date que le récit du baptême dans les Synoptiques, sans que le séjour au désert puisse être allégué contre cette combinaison. La chronologie johannique exclurait le séjour au désert, si cette chronologie était historique ; mais si elle a surtout un caractère littéraire et didactique, elle n'exclut pas plus le séjour au désert que le silence de Jean sur le baptême du Sauveur n'exclut la réalité de ce fait.

La première journée, on pourrait dire le premier tableau représente la vocation d'André, du disciple anonyme, et celle de Pierre. " Le lendemain » du jour où le Précurseur avait salué Jésus du titre d'agneau de Dieu, « Jean se tenait encore - » au même endroit que la veille, ayant près dé lui deux de ses disciples, lorsqu'il vit le Sauveur « qui marchait » non loin de là. Les commentateurs observent que l'évangéliste, dans le récit précédent, n'a pas dit que Jean se tînt quelque part, la chose allant de soi 3; de même, le « passage » de Jésus correspondrait à ce qui a été dit sur sa

2. « Quod Alcuinus apud D. Thomam interpretatur, sletisse Joannem, (^hristum vero ambulasse, quia venienti Chrisio cessura stetit lex, quod et Slrabus est imitatus, et hodie in ore versatur omnium, pulchra quidem est allegoria, sed allegoria, quam affîrmare non possumus aut Baptistae aut evangelistae in mentem venisse. » Maldonat, 11, 438.

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