‹ Le quatrième évangileChapitre 197 sur 857 · Weiss · texte numérisé non relu

Weiss

(( venue » K Mais il ne semble pas que les nuances de la narration soient tellement à négliger dans un Evangile où le symbolisme ne manque pas. S'il n'a pas été dit d'abord que Jean « se tenait » près du Jourdain lorsque Jésus vint à lui, c'est que la pensée du baptême est présente à Fesprit de l'écrivain, et que, dans cette première rencontre, il ne serait pas suffisant de dire que Jean « était là », et que Jésus « marchait », tandis que, pour la seconde description, Jean n'a rien à faire, et Jésus n'a pas à venir. Il est parfaitement superflu de chercher pourquoi Jésus se promène ce jourlà non loin du Précurseur, sans l'aborder. Cette circonstance n'est signalée qu'en vue du témoignage qu'elle provoque, et le témoignage même n'est plus allégué ici comme une nouvelle preuve en faveur de la mission divine de Jésus, mais comme motif de la démarche faite par les disciples auprès du Sauveur. Admettre que Jésus se faisait voir ainsi pour fournir à Jean l'occasion de renouveler ses déclarations, et pour s'attacher à lui-même les personnes-qui en seraient touchées, est transporter dans la réalité de l'histoire l'intention du récit. L'idée que Jésus se serait suffisamment abaissé en venant une fois trouver Jean, et que sa dignité exigeait de lui l'établissement d'une école distincte, peut aussi n'être pas étrangère à l'esprit de l'évangéliste, mais il n'y a pas lieu de la transporter non plus dans le domaine des faits. Dire que le Sauveur n'a plus de rapports personnels avec Jean parce que la coutume des docteurs juifs était de former des écoles séparées, et que la mission de Jean n'était pas la même que celle de Jésus -, est pareillement rencontrer la pensée de l'auteur et se rapprocher davantage de l'histoire ; mais, qu'on le veuille ou non, c'est introduire dans le récit un élément allégorique, puisque la marche de Jésus en vue de Jean, à une certaine distance, signifie beaucoup plus que n'annonce la lettre, et se trouve figurer toute une situation^ ou bien une période plus ou moins longue de prédication évangélique. Quant à supposer, avec Renan, que <( les deux maîtres... luttèrent devant le public de prévenances réciproques », c'est aller bien au delà de ce que les documents permettent même de conjecturer, et ne pas voir ce qu'ils font assez clairement entendre.

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