Quelques Pères, Maldonal, etc
LES PREMIERS DISCIPLES
qui tairait son nom ici, comme il le fera jusqu'à la fin de son livre. Cette hypothèse que beaucoup d'anciens avaient agitée, sans y attacher autrement d'importance, a été reprise par un assez grand nombre de commentateurs, même de critiques modernes, qui vont parfois jusqu'à la présenter comme certaine. La conjecture est pourtant assez fragile, si l'on ne veut pas que tous les traits du tableau soient symboliques. Dans le cas présent, le narrateur ne paraît pas s'intéresser au second disciple, et, à prendre le récit comme historique, on devrait plutôt soutenir qu'il ne Ta pas nommé parce que le disciple en question n'a joué aucun rôle marquant dans l'histoire évangélique Plus tard, quand le disciple bien-aimé entrera en scène '~,il sera introduit d'une manière analogue, et comme s'il n'avait pas encore été question de lui. L'auteur n'a pas voulu raconter la vocation de tous les disciples, pas même celle de tous les apôtres ; avant de supposer qu'il a voulu raconter la sienne, il faudrait trouver quelque indice positit de son intention.
Dans le récit de la résurrection, l'on voit le disciple bien-aimé précéder Pierre au tombeau et figurer la foi parfaite : il pourrait bien aussi avoir précédé Pierre dans sa vocation. Mais il ne peut être question que d'une priorité idéale. S'il s'agissait d'une priorité de fait, rien n'empêcherait l'évangéliste de lui donner plus de relief. La modestie de l'auteur est ici hors de cause. On sait quelles sont, dans les Synoptiques, les conditions de l'appel des premiers disciples : Jésus, ayant déjà commencé à prêcher l'Evangile, rencontre successivement, au bord du lac de Tibériade, non loin de Gapharnaiim, les deux frères Simon et André, puis les deux fîls de Zébédée, tous quatre pêcheurs, et il les appelle à sa suite plus tard se produit l'appel du publicain Lévi ^. Ces cinq vocations réelles, bien déterminées quant aux circonstances de temps et de lieu, font place, dans le quatrième Evangile, à cinq vocations qu'on peut dire idéales^ pàrce qu'il est impossible de les concevoir historiquement. En ce qui concerne Simon et André, le récit johannique, si on doit le prendre à la lettre, contredit et détruit celui des Synoptiques. Mais qui oserait dire que Jean offre en ce point
1. <« In re incerta malo crcdere ignotum aliquem fuisse, (jui (Ihrisli posloa non fuerit apostolus, ideoque non fuisse noniinatum. » Maldonat, II, 442.