Marc, ii, 14; Mattu. ix, 9; Luc, v
LE QUATKIÈME ÉVANGILE
des garanties d'historicité que n'ont pas ses devanciers ? Les Douze n'ont reconnu Jésus comme Messie qu'après l'avoir suivi long"temps. Ici les cinq disciples savent que Jésus est le Christ avant de s'attacher à lui, et Jésus se fait connaître à eux sans la moindre réserve. Une pareille anticipation permet d'en supposer bien d'autres. En réalité, Jean a voulu anticiper et il a transféré, au g-ré de sa théologie symbolique, les cinq vocations de la Synpse : les fils de Zébédée ont disparu complètement parce que ni l'auteur ni ses lecteurs ne prenaient sans doute un intérêt particulier à leur souvenir, et l'on doit tenir compte de cette particularité quand on discute l'origine du quatrième Evangile. Jacques et Jean sont remplacés par l'anonyme et par Philippe ; Nathanaël remplace le publicain Lévi-Matthieu. La mention de Philippe peut s'expliquer par l'identification de Tévangéliste Philippe, bien connu des Eglises d'Asie, avec l'apôtre du même nom Nathanaël, bien qu'il tienne la place de Lévi-Matthieu, n'est pas le publicain, car ce n'est pas ainsi qu'on le présente, mais un type idéal en qui se réunissent des traits empruntés à plusieurs personnages de la tradition. L'anonyme a chance d'être le bien-aimé, c'est-à-dire le disciple parfait, l'idéal de l'évangéliste, et, en ce sens, l'évangéliste lui-même. Sa prééminence est insinuée ici avec une discrétion extrême, pour ne pas choquer de front la tradition historique. D'après cette tradition, Simon et André ont été appelés les premiers. Jean détache Simon et le remplace par l'anonyme, dont on ne dit rien de plus, comme s'il restait en dehors de l'histoire; mais le fait est qu'il précède Simon. Le relief donné au personnage d'André pourrait tenir à la même cause que l'importance attribuée au personnage de Philippe : le souvenir d'André avait une signification spéciale dans le milieu oii l'Evangile fut écrit Quant au rapport, tout idéal au fond, de ces vocations avec le témoignage de Jean-Baptiste, il est dû à la préoccupation théologique et apologétique de l'auteur, soit que celui-ci ait voulu associer dès l'abord Jean et les disciples dans la même foi au Christ, pour relever l'entrée du Sauveur dans l'exercice de son ministère, soit qu'il ait trouvé de plus un avantage particulier à cette combinaison, pour ruiner les objections des Juifs et des
1. .1. Réville, 127. Papias (Eusèbe, Hist. eccl. m, 39) cite au premier rang de ses autorités André, Pierre, Pliilippe, sans parler de Nathanaël. Cf. supr. pp. 8, 29-30.